Accrocher le lecteur... Accrocher le lecteur... Comment arriver à faire en sorte qu'il lise la note en entier et ne zappe pas immédiatement cette page ce satané lecteur !! Parler sexe ? Non, trop facile, il suffit de mettre "bite", "couille" et "gallery" dans la même note pour que trois semaines après, vous soyez au top du référencement Google. Décrire ma vie d'ado (ok je suis plus ado mais imaginons) avec des k à la place des q et trois points d'exclamations ponctuant cinq phrases sans intérêt ? Non plus, trop de concurrence dans ce domaine... Me lancer dans des blogs style édito à la Desproges ? Ca c'est bien, ca marche et il ne faut pas être trop fûté pour y arriver... Le problème c'est que toujours tirer sur les mêmes ambulances (le PSG, le pape, les américains), ca ne m'amuse pas du tout, du tout, du tout, du tout... Je pourrais alors choisir de faire des chroniques philosophico-politico-métaphysiques à la Fulcanelli. Mais pour accrocher le lecteur y a mieux, j'irai même jusqu'à dire que son blog, aussi respectable soit-il, est une véritable arme pour l'endormir. Les choses intellectuelles ne sont pas vendeuses que voulez-vous, sinon Pivot serait millionnaire, et pas Arthur.
Je vais donc rester dans ma logique : écrire pour mon plaisir avant tout et, accessoirement, pour celui des autres... Faire les notes comme elles arrivent. Jouer les poètes incompris quand il le faut, et proposer de jolis histoires quand le coeur m'en dit. Certes la technique est moyennement efficace pour attirer le visiteur, souvent perdu entre deux sites X, mais a priori je n'en vois pas d'autre qui puisse me satisfaire dans la réalisation durable d'un blog !
Comme le disait le défunt magazine : Enjoy or Die ! (pour lui, donc, ca a été Die...)
Note pour plus tard : penser à éviter de faire des notes la nuit, personne ne lit à cette heure, c'est assez crétin...
00h40 # repondre
Du côté des Alpes du sud, il y a certains endroits où, après avoir fait beaucoup de route en voiture, beaucoup de chemin à pieds, les arbres commencent à se faire rare à cause de l'altitude, et les petites plaines herbeuses prennent le dessus.
Un jour, alors que le soleil ne pouvait pas être plus haut dans le ciel, je me suis retrouvé seul après avoir longuement marché à travers les sentiers balisés. C'était au mois de juin : autant dire qu'en ayant semé mon petit groupe, j'avais semé l'ensemble des promeneurs qui s'était alors aventuré du côté des "Eaux Tortes". L'endroit s'appelle ainsi car le point culminant de la ballade, où je me trouvais alors, était parsemé de ruisseaux tortueux à moitié enfoncés dans une herbe épaisse et chaude.
Je me suis allongé dans l'herbe, à vrai dire sans complexe puisque je savais que je serai tranquille pendant une bonne demi-heure. La Terre était adossée à moi. Je me mis à réfléchir en regardant le ciel, en sentant l'herbe fraîche caresser mon cou, et en écoutant l'écoulement des ruisseaux. Je ne sais pour quelle raison c'est ce mot qui me vint à l'esprit : lapidation... Action qui consiste à tuer à coups de pierre... Et je revois des images diffusées un jour à la télévision : une femme, enterrée jusqu'à la tête, qui se faisait assomer jusqu'à la mort à coup de grosses pierres jetées par la foule haineuse. Son crime était l'adultère.
Malgré la douceur de mon environnement direct, mon coeur s'est emballé, la Terre l'a senti contre elle et je ne crois pas qu'elle ait apprécié. La pauvre... Elle avait tout fait pour me faire oublier ce genre d'idée aujourd'hui, mais voilà que la conscience humaine avait décidé de se manifester à ce moment.
La question était la suivante : que faisais-je là à comtempler la beauté du monde alors même que ce monde était capable du pire ? Y avait-il un lien entre cette émotion pure et la souffrance qui s'aventurait au-delà de toutes les frontière du monde ? Etait-ce de ma faute ?
Oui.
Un élève interrogé, un professeur amusé, et une classe bouche bée.
- Ecoutez Monsieur le professeur, si je vous dis que "Le Petit Prince" a été écrit par Baudelaire, c'est que j'en sais quelque chose...
- Alors du haut de tes 9 ans, comment vas-tu pouvoir m'argumenter une telle ânerie ?
- Les historiens se sont trompés, à cela s'ajoute un complot car, ne nous voilons pas la face, Baudelaire dérangeait beaucoup de monde avec son histoire de mouton... dit l'élève en oscillant la tête de droite à gauche, les yeux fermés.
- Mais tu as consience que les deux auteurs n'ont pas vécu à la même époque, et n'ont pas le même style litérraire ?
- Bien sûr mais cela ne change rien à l'affaire. Ecoutez, si vous ne me croyez pas, allez donc enquêter du côté du gouvernement. Vous verrez qu'ils en savent bien plus que ce qu'ils ne montrent au grand public.
- J'irai enquêter alors, en attendant, de Saint-Exupéry ou Baudelaire, j'attends toujours que tu nous récites cette partie du "Petit Prince" qu'il y avait à apprendre pour aujourd'hui...
- Monsieur, je vous parle de complot, et vous me demandez une récitation... Je suis vraiment un incompris...
L'élève commença alors à balbutier quelques mots en se tordant les mains...
Dans une cathédrale abandonnée perdue au milieu des plaines desertiques, un enfant court à toutes jambes vers un confessionnal. Il a les genoux en sang et semble terrifié.
Arrivé à la porte du petit édifice en bois sculpté, le gamin reprend son souffle en se tenant les genous. Il regarde d'un oeil sévère cette entrée où deux démons semblent se battre l'un contre l'autre. Le vent souffle à l'intérieur de l'Eglise, et chaque son fait écho.
L'enfant frappe à la petite porte.
- Monsieur, laisser moi entrer, il faut que je vous vois !!!
L'enfant est alors violemment projeté contre l'une des lourdes colonnes en pierre de la cathédrale. Tout en haut, le long de la coursive situé près de la voûte, des gargouilles le regardent.
- Laisse moi entrer !!! hurle furieux le jeune garçon qui se précipite pour démolir la porte.
Celle-ci ne résiste pas. Il découvre que le confessionnal donne en réalité sur une grande pièce couverte de paille. Un vieil homme encapuché et défiguré se tient contre un mur. Ses pieds nus, dont les chevilles sont salis par un sang vieilli et seché, semblent fermement enchainés.
- Que veux-tu ? dit-il nerveusement.
- Rien ne va plus Monsieur ! tout est fini, vous avez perdu, ils sont en train de se massacrer et de gaspiller leurs ressources ! Ils sont plus sauvages que les animaux...
- Qui t'a permis de dire ça ?
- Tous les enfants du village ! Ils m'ont demandé de vous prévenir !
- Vous ne m'apportez rien, bande de fainénants, il faut repartir, ils y arriveront...
- C'est votre faute !
- Non, c'est la tienne, et la leurs !! répond le vieille homme en pointant d'un doigt difforme la lucarne de l'un des murs.
L'enfant s'y précipite, enlassant les lourds barreaux qui empêchent toute sortie. Il voit des hordes d'hommes, de femmes et d'enfants se massacrer de l'autre côté des plaines qui isolent ce lieu sacré. Il ne s'agit pas d'une guerre mais d'une folie perpétuelle et furieuse.
- Qu'avez-vous fait Monsieur ?
- Regarde tes pieds petit...
L'enfant découvre une cire rouge dégoulinante qui remonte doucement le long de ses chevilles. La sensation n'est pas désagréable du tout. La cire atteind la moitié de ces tibias lorsqu'il se rend compte que c'est son corps qui est en réalité en train de se transformer en cire chaude. En tentant de faire un pas, l'un de ses deux pieds reste coller au sol. Il tombe à la renverse et finit sa lente transformation couché sur la paille.
Il se reveille peu de temps à près en ayant eu l'impression de faire un rêve agréable. Autour de lui, des enfants de trois à 6 ans le regarde les yeux ébaillis dans ce qui semble être une tenue de nuit.
Dehors, la furie faisait toujours rage.
Anne et ma mère ont une drôle de relation. Anne est une jeune femme de trente ans qui n'en fait pas vingt. Le genre de femme-enfant qu'une brise ferait vaciller mais dont l'arme la plus puissante est le timide sourire. Elle connaît ma mère depuis très longtemps, depuis qu'elles se sont rencontrer au catéchisme je crois. Toutes les deux tentaient alors de faire part de leur foi respective aux élèves, ma mère en tant que mère de famille bien établie dans la société, Anne en tant que jeune étudiante devant encore faire toutes ses preuves.
Des années plus tard, Anne et ma mère se voient régulièrement, s'écrivent longuement et se téléphonent parfois. Cela demande des efforts car elles n'habitent pas tout à fait au même endroit. Mais cela se fait toujours avec plaisir.
Parfois, quand Anne vient prendre le thé à la maison, elles parlent de sujets de société, des potins du jour, mais surtout de philosophie et de religion. Il faut voir la simplicité et la douceur avec laquelle la conversation se brôde doucement. Il n'est pas question ici d'imposer un propos, il s'agit juste de prendre plaisir à construire l'échange, sans jamais s'opposer. Anne regarde ma mère avec les yeux et le sourire d'un ange, ma mère regarde Anne avec la tendresse d'une mère. Les voix sont volontairement basses laissant à l'horloge le soin de rythmer l'écoulement des secondes.
Quand Anne repart, ma mère vient me voir et me parle d'elle comme d'une jeune fille très attachante avec qui elle partage des moments uniques. J'aime quand elle me parle d'elle. Je partage moi aussi des moments uniques avec ma mère mais je crois qu'il resteront toujours différents. Ma mère rajoute aussi qu'Anne n'a pas été suffisamment gâté par la vie. Elle pense en effet qu'être seule à trente ans est un peu triste. Elle voudrait qu'Anne fonde une famille au lieu de rester, souvent seule, dans son petit appartement du Nord de Paris...
Le soleil ne se lève plus. Il devient impossible de courir malgré les obstacles. Il devient insupportable d'avancer en gardant les yeux grands fermés. Mais faites l'erreur de relever la tête une seconde, par dignité ou par envie, et vous vous faites immédiatement lyncher. L'arme de destruction massive est devenue le mépris de l'autre. Toujours plus fort, toujours plus efficace. Chacun ne pense plus qu'à imposer son égo, il dégouline dans la rue, au travail, à l'école, à la télévision, dans les journaux, en pleine forêt, sur la Lune. Et avec lui la bêtise de celui qui ne voit que son intérêt exclusif. Comment oser continuer ? En acceptant les concessions les plus déshonorantes, en se laissant charmer par un système vicié, en se vautrant dans une paresse qui nous sert de fil d'ariane jusqu'à la mort, en nous gavant de ce que l'on nous force à avaler, en n'osant plus la moindre incartade, le bras droit fièrement tendu vers le ciel. La castration pour les jeunes garçons, la stérilité pour les jeunes filles. Même l'amour est devenu le plus vendeur et le plus répugnant des produits marketing. Haïr chaque main tendue, sourire aux coups les plus bas portées aux gens les plus faibles, violer les règles les plus simples, ne plus laisser de place à la confiance, ne plus accepter les idées de l'autre, haïr l'autre, haïr ses proches en silence, se haïr en silence, tenter de mettre fin à cette erreur.
Cette fois-ci, c'était la bonne ! Je refis le lacet de ma basket droite en ne relachant pas du regard l'assistant du prof de gym. Comme à son habitude, il avait attendu que le gymnase soit vidé après le cours pour effectuer quelques sauts sur le grand trampoline. Il voulait être tranquille et se détendre avant de filer aux vestiaires. C'était sans compter ma détermination.
Le regard fixé sur ma proie, je dévalai donc les marches des gradins d'un pas décidé. Tout en continuant de sauter, il me regarda les yeux écarquillés. Qu'importe sa réaction, qu'importe notre différence d'âge. Je grimpai sur le trampoline et commençai à prendre de la hauteur.
- Monsieur ! Fis-je alors que nous n'étions pas du tout synchroniser dans nos sauts
- Ou... Oui ?
- Il faut qu'on parle !
- Ca peut peut-être attendre que j'ai terminé ?
- Non !
J'arrivais progressivement à sa hauteur.
-Monsieur, vous avez remarqué... les marques que j'ai au visage ?
-Oui... Tu t'es fais ça comment ?
- C'est les élèves de Terminal... qui m'ont frappé, répondis-je fièrement.
- Ah bon ?? Pourquoi ? Fit-il surpris de cette réponse.
- Parce que je suis homosexuel, dis-je en arrivant au plus haut de mon saut.
- ...
- ...Et que je vous aime !
Ce furent mes dernier mots. A peine eus-je terminé ma phrase que je manquai le trampoline et arrivai directement sur le sol du gymnase. Je perdis connaissance.
Quelques minutes plus tard, un peu groggy, j'entendais des gouttes d'eau s'écraser au fond d'un lavabo. Tout était noir, ce qui me parut normal à l'instant où je pris conscience que j'avais les deux yeux fermés. Du fait de la conversation qui venait de se produire, j'entrouvis prudemment un oeil. J'étais allongé dans un des vestiaires du lycée. Il n'y avais heureusement rien d'humain dans les parages.
Soudain un visage, le plus charmant de tous, apparut dans mon champ de vision.
- Ca va ? Me demanda-t-il.
- Oui... murmurais-je après un petit sursaut.
- Tu veux pas ouvrir l'autre oeil ?
- Si si... Fis-je en ouvrant l'autre oeil. Qu'est ce qui c'est passé ?
- Tu as loupé le trampoline... Je t'ai amené ici car tu avais perdu connaissance.
- Ah... Désolé...
J'imaginais cette superbe scène qui consistait à être porté par ce que l'on pouvait désormais considérer comme un héros.
- Tu as mal nulle part ?
- Non non...
- C'est sûr ?
- Ben... oui...
C'était faux bien sûr.
- Suis mon doigt sans bouger la tête...
Il alla lentement de droite à gauche et de gauche à droite.
- OK... Et tu es amoureux de moi alors ?
On ne se rend pas compte à quel point les six mots apparemment anodin d'une phrase peuvent avoir des conséquences énormes sur le battement d'un coeur. Je me suis assis sur le rebord du banc sur lequelle il m'avait allonger.
- Ben... Oui ! Fis-je en découvrant une bosse sur ma tête.
Il sourit amusé.
- T'es mignon...
- C'est vrai ? Enfin je veux dire... Vous me trouvez mignon ?
- Oui, mais je ne suis pas amoureux de toi ..
- ...
- Je ne suis pas homo...
- J'ai perdu mon pari alors...
- Quel pari ?
- J'avais parié avec mon meilleur ami que vous êtiez homosexuel...
Il me regardait avec l'air d'un homme faussement atteint dans son amour propre.
- Non mais j'ai l'air d'un homo ?
- Ben... Vous êtes plutôt fin...
- Je te ferai dire que j'ai une copine ! Haussa-t-il le ton...
- Désolé... Je voulais pas dire que vous n'êtiez pas viril... au contraire même... Vous êtes...
- Je ne suis rien du tout... Et certainement pas homo... Et... Et pour être franc, je trouve ce qu'ils font assez dégoutants...
- Ben vous êtes pas obligé de faire comme eux... Et puis il font bien ce qu'ils veulent ! Deux garçons qui s'embrassent, ça ne me gêne pas...
A cette réponse, il écarquilla les yeux pour je ne sais quelles raisons.
- Mais... Tu es bien sûr d'être homo du haut de tes 15 ans ?
- Mais je suis pas homo moi !!
Il me regarda à nouveau étonné, se demandant sans doute à quel phénomène il avait à faire.
- Je veux dire... A part vous, il y a aucun garçon qui m'attire... Je pense que c'est spécifique à vous...
- Spécifique à moi ?
- Oui... Et en plus, ma mère n'acceptera jamais que je sois homo... Et d'ailleurs moi non plus, ca pose beaucoup trop de problèmes...
- On ne choisit pas par qui l'on est attiré de toute façon. Ca s'impose à nous. On choisit simplement d'assumer cette attirance.
Je ne voyais pas trop la différence.
- Dis donc, tu saignes beaucoup du genou... répondit-il en détournant la conversation.
- Oui je sais...
- Tu es plutôt du genre à cacher ta douleur non ?
- ...
- Remonte ton jogging, je vais... je suis obligé de nettoyer ta plaie.
Il semblait très pro dans ses gestes. Je le regardais avec admiration et confiance me soigner. Je profitais de cet instant.
- Aïe....
- Je croyais que tu étais du genre à pas montrer ta douleur.
- Sauf quand ca pique...
- Ecoute, ce que je peux te conseiller, c'est de prendre du recul...
- Non, fis-je en le regardant d'un air renfrogné.
- Si...
- Non. Aïe... gromelais-je en tenant machinalement mon bras.
- Chut... Contente toi de ravaler ta douleur...
- Je vous aime... lui murmurais-je une dernière fois le plus bas possible.
Nos regards se croisèrent une dernière fois. Soudain entra en trombe le professeur de sport, prêt à rentrer chez lui.
- Qu'est ce que vous foutez encore là tout les deux ?
J'appréciais beaucoup le personnage, mélange perpétuelle de colère et de gentillesse. Il s'approcha vers moi, tourna mon menton vers lui et ferma un oeil pour mieux regarder.
- Qu'est-ce que c'est que ces marques ?
- Il est tombé du trampoline.
- Non, je ne parle pas de son genou, je parle de son visage jeune homme. Il faudrait apprendre à parer les coups mon vieux.
- C'est les élèves de Terminal à cause de...
- Je m'en fous ! Tu diras à la bande de bras cassés de Maxime que si je te revois avec des marques, je les prends un par un par les couilles et je les fous dehors.
Comment savait-il que c'était Max ?
- Et la semaine prochaine, tu feras dix tours de gymnase pour apprendre à ne pas faire de trampoline sans mon autorisation, dit-il d'un ton sec en tâtant mon genou.
Il ressortit en claquant la porte. Nous nous regardâmes interloqués avec l'assistant qui finit par le suivre.
"La lecture est un coît entre deux cerveaux : le mien et le tien".
Voila ce qu'avait retenu et affiché l'énorme machine publique à traiter la lecture. Autrement dit, une phrase sur les quatre mille qu'elle avait ingurgitée. Face à elle, l'auteur, dégoulinant de transpiration et mal rasé, attendait le verdict les yeux exhorbités. Il savait que ses chances étaient minces, comme toutes celles des auteurs débutants qui devaient se soumettre à l'examinateur automatique.
Après un long silence, la machine commenca à s'emballer. La réponse était proche. De la fumée sortit de ses tubes et envahit le grand hangar industriel qui acceuillait les auteurs. Les cinq gros boutons du panneau avant (bleu, vert, jaune, orange, rouge, noir) clignotèrent à tout rompre. Les vibrations émises par le moteur du monstre d'acier devinrent de plus en plus fortes. Apeuré par ces réactions, l'auteur fit un pas en arrière, solidement agrippé à son unique manuscrit.
Soudain, une énorme sirène retentit. Un bras articulé sortit d'une petite ouverture prévue à cet effet. Il brandit violemment un panneau inscrit "LIVRE INVENDABLE, MERCI DE RECOMMENCER". L'auteur en tomba à la renverse, éparpillant maladroitement toutes les pages de son unique exemplaire.
Après avoir tenté de rassembler les feuilles, l'homme s'écarta de la machine, se dirigeant bouleversé vers l'immense porte du hangar. Au-dessus de celle-ci, une bâche mal entretenue indiquait "EXAMINATEURS AUTOMATIQUES D'OEUVRE LITTERAIRE, TOUS LES AUTEURS D'OEUVRE S'OPPOSANT AUX INTERETS DU GOUVERNEMENT SERA PUNI".
Il était 17 heures en plein mois d'août lorsque la climatisation a décidé de s'arrêter. Dans le grand open-space, la quasi-totalité des bureaux étaient vides. Malgré une chaleur qui devint très rapidement étouffante, je tentais de me concentrer sur mon tableau Excel. 17 colonnnes, 13 000 lignes, tous les stocks de nos trois entrepôts. De l'autre côté, un de mes collègue s'était carrément endormi sur sa feuille.
Soudain, j'entendis la sonnette de l'ascenceur qui arrivait à l'étage. Par curiosité, je me suis retourné. Un cheval du Moyen-Age, revêtu d'une couverture tressée de lys jaunes et guidé par un chevalier en armure, entra alors lentement dans nos bureaux. Je restai bouche bée à le regarder.
Le chevalier manoeuvra sa monture pour la faire circuler dans nos couloirs. Il se dirigeai vers moi. Je remarquai que la seule personne qui pouvait réagir à part moi s'était endormi il y a cinq minutes. Le pas du cheval mêlé au bruit de grincement de l'armure créait un drôle de bruit. Ils s'arrêtèrent net face à moi.
- Monsieur Joël Lentier, gestionnaire des stocks à Lenics Production ? me demanda-t-il d'un ton monocorde après avoir remonté la visière en fer du casque de son armure.
-... (l'étonnement était trop grand pour répondre quoi que ce soit)
- Je suis le Chevalier du Val d'Artois.
- Et... Vous... désirez ?
- Nous devons attendre l'Unité Artificielle codifié AR-X121-427-003. Je vous propose de poursuivre votre travail.
- Ou.. Oui... répondis en me retournant prudemment vers l'écran de mon vieux PC. Je lançais parfois timidement un regard vers l'individu. Pour passer le temps, il désatela son cheval puis regarda nos fichiers "Grands Comptes".
- Celui là n'est pas un bon client, résiliez le contrat, me fit-il.
- D'accord, je demanderai... à la Direction...
Vingt secondes se produisirent lorsqu'une sorte de petite navette traversa violemment la façade de notre immeuble, créant un énorme nuage de fumée. La navette avait bien évidemment attéri à l'étage de mon service.
- Le voila.
J'hochai la tête d'un sourire crispé.
- J'enclenche l'écoulement artificielle si vous êtes d'accord...
- M... Mais faites... Messire... répondis-je sans comprendre ce qu'il m'avait demandé.
Le chevalier se contenta de taper du pieds et une eau très clair et froide s''écoula progressivement à la surface de notre moquette. Pas désagréable par cette chaleur.
De la navette sorti une sorte de cyborg qui avait quelques aspects humains malgré une certaine difformité dans le visage mais qui surtout était constitué d'un corps largement métallique. Ses pas étaient d'ailleurs extrêmement lourds et lents et des tubes lui sortaient de partout.
Il s'approcha de nous. Son regard croisa le mien, il m'analysa immédiatement puis se détourna vers le chevalier. Les deux être se saluèrent.
- Il est temps. Monsieur Lentier levez-vous s'il vous plait, me demanda le chevalier.
Il sortit un parchemin rempli de termes incompréhensible.
- Nous cellons nos deux époques, Monsieur Lentier. Soyez notre témoin en signant ici.
Je m'executai. Le chevalier signa également. Et le cyborg se contenta de poser le plat de sa main sur le parchemin. Il se tourna ensuite vers le chevalier. Les deux individus se lancèrent dans une conversation où ils ne semblaient pas s'entendre.
- Que se passe-t-il, demandai-je ?
- Il veut que nous soyons plus proches du soleil pour conclure ce pacte.
- Pl... Plus proche du soleil ?
- Oui.
- ...
- Prenez ma main monsieur Lentier.
Je serrai le lourd gant en fer sans vraiment réfléchir. Le chevalier fit de même avec l'énorme gant d'acier de l'Unité Artificielle. Nous avons décollé directement à la verticale en défoncant un à un les plafonds du bureau puis en nous élevant dans les airs. Tout en haut, une sorte de plate forme nous attendait d'où l'on voyait une bonne partie de la ville. Il faisait beaucoup plus chaud.
- J'enclenche à nouveau l'écoulement artificielle Monsieur Lentier si vous êtes d'accord...
- B... Bien sur...
Une fine nappe d'eau glissa à nouveau sous nos pieds, ce qui nous isola du monde.
- Enterinez-vous notre accord, Monsieur Lentier.
- Ou... oui... Très bien...
- Merci. Divisons l'approbation en trois avant de pouvoir poursuivre notre route.
J'eus droit à la partie inférieure du document.
- Gardez-la précisieusement.
- Pourquoi ?
- Pour votre prochaine fusion d'époque, dans 17 ans.
A ces mots, le chevalier disparut vers le bas, le cyborg disparut vers le haut et je me retrouver seul au milieu de cette rivière. Je clignai des yeux un instant. Puis le chevalier réapparut.
- Pardon Monsieur Lentier.
Il me toucha alors le front et je me retrouvai à mon poste de bureau. Mon collègue me regarda.
- Alors ?
- ... Alors quoi ?
- Tu as les dossiers 1616 A et B ou pas, on a un méga litige et la Direction les veut à jour pour ce soir.
Je ne répondis rien et vérifiai simplement si j'avais bien le bout de manuscrit. Je l'avais. Que diable s'était-il passé ?
J'aime bien mon boulot. Cela fait 34 ans que je suis sur une chaîne de travail qui fabrique des crèmes anales. Nos postes ont échappé à l'automatisation car les gestes à accomplir pour assembler le tube contenant ces crèmes sont très couteux à faire faire par des machines.
Moi par exemple, je m'occupe de replier les quatres bouts de plastique permettant au "col-en-dur" (partie superieure) du tube de se fixer. Je traîte 30 tubes à la minutes, soit 1 800 tubes par heure, 63 000 tubes par semaine, et plus de 2 500 000 tubes pas an... depuis trente-quatre ans.
Cette manipulation demande une certaine concentration. Il faut insérer son index (préalablement ganté) dans l'orifice du col et replier soigneusement les quatre morceaux de plastiques angulaires afin de permettre le renforcement de ce col. Il est à noter que la sensation de la crème sur le doigt est étonnament douce, même à travers le gant.
C'est grâce à notre cohésion d'équipe que l'ambiance de travail a toujours était très bonne. Mais depuis janvier dernier, rien ne va plus. La Direction a donné des directives à nos managers pour accélerer les cadences, nos journées de 7h00 se sont transformées en journées de 11 voire 13 heures sans que personne ne nous explique rien. A croire que l'irritation anale était devenue le nouveau fléau moderne.
Il était 22H avant-hier lorsqu'un étrange évènement se passa. Nous n'étions plus que trois sur la châine. La climatisation était en panne et, compte tenu des machines à ébullition, la température était monté à 40 degrés. Mes yeux me piquaient, la transpiration coulait le long de ma tempe, je savais que j'étais au bout de mes forces car mes doigts tremblaient à force de répéter les mêmes gestes depuis 14 heures... Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon... Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon...Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon... etc... Je pris alors un nouveau tube qui me parut plus lourd, j'insérai mon doigt, je découvris que les trois quarts de mon doigt se bloquèrent dans l'objet... Pas moyen de se dégager... Et même pire, le tube devint rapidement beaucoup plus gros et commença à avaler doucement ma main. Je criai. Mes voisins ne me voyaient pas. Mon bras entier fut pris au piège, la crème jouait un rôle de lubrificateur et la progression du tube glouton était terrifiante. L'épaule puis le cou furent bientôt pris au piège. Allai-je mourir étouffé par une crème anale ? Quel triste destin pour un père de deux enfants... Ma tête et mon torse furent alors violemment aspirés à leur tour...
...Et, je ne sais pas comment ni pourquoi, je me mis à tomber dans le vide pendant quelques secondes, ayant juste le temps d'admirer cet étrange ciel noir aux étoiles roses avec le nom de la crème cintillant en énorme : ANADOL !
Je suis ensuite tombé dans une mer à la consistance un peu plus visqueuse que de l'eau et à l'odeur parfumée a la pomme... Je nageai dans la crème qui m'avait nourri pendant 34 ans ! Chaude, douce, apaisante... Un vrai plaisir... Une sensation de sommeil m'envahit soudain. Je m'endormis. Jusqu'à sentir une violente claque sur ma joue. Je découvris mon manager qui tentait de me reveiller. L'odeur puante des vestiaires me rappeler que j'avais malheureusement retrouver le chemin de mon usine.