13H30 Pi-èm - Noir. Je l'ai jamais vu aussi noir ce café que je bois depuis deux heures dans ma cuisine. Parfois je regarde aussi les rideaux jaunies de ma fenêtre. Ils sont jaunes à cause des cigarettes que je fume toute la nuit. Pas la journée car la journée, je dors surtout. Enfin, quand les keufs sont pas en train de braquer le commerçant d'en face, toutes sirènes hurlantes.
Il faut que j'arrête Internet. Plus sortir. Oui plus sortir ou en tout cas faire moins d'Internet. En même temps, sortir, c'est pas une fin en soi. L'autre jour, j'ai acheté une baguette dans la rue. J'ai pleuré d'un bout à l'autre du chemin. A un moment, mon visage s'est reflétée dans la flaque d'urine d'un chien. Mon visage puait. Mais j'ai eu ma baguette. Malgré sa tête de post-soixante-huitard sur le retour, mon boulanger les fait bien. Etaler de la confiture sur la mie de son pain est sans doute la plus belle chose au monde après la cigarette.
Ensuite, j'ai mangé. Puis j'ai reçu un coup de fil pour une demande d'interview. Refus catégorique. Je hais leur ligne éditoriale depuis que ça a été racheté. Plutôt crevé.
L'après-midi, plus rien n'avait d'importance sauf les murs qui se fichaient de moi. J'ai donc du taper dessus comme je le fais d'habitude. Avec ma tête. Et en écoutant un CD des "Devil's on the Rock", le live de 1969 à Manhattan. C'est sur, le rock a été inventé par des extra-terrestres, c'est pas possible autrement. Ca a duré quatres heures. J'en ai aussi profité pour relire tout Houellebecq car ca allait de paire. Ce mec, si ca ne tenait qu'à moi, je le violerais. Son dégoût des autres et son ignoble génie m'attirent comme rien ne m'avait jamais attiré avant. Pas comme ces mecs qui se pavannent dans les soirées show-bizz auquel je dois assister pour faire ma promo. Je ne m'y ennuie pas, je plane juste à 10 000 tellement je méprise les gens qui s'y montrent. C'est aussi pour ça que je me méprise.
Hier soir c'était Soirée Green's Day organisé par Nokia. Première partie : interview avec un jeune journaleux du Monde. J'aurais parlé à une poule que cela aurait eu plus d'effet. Il en avait le regard, c'est déjà pas mal. A un moment, il m'a dit qu'il y avait une trahison dans chacun de mes bouquins. Et je me suis suis dit "c'est vrai". Il y a eu un silence. Je l'ai alors embrassé sur la bouche. Avec la langue. Puis je suis parti en courant voir d'autres gens intéressants. Destin Diamond, Felix Hempart, Georges Coualcin. Bref, tout le gratin parisien. Depuis le temps que je voulais rencontrer Félix. Son bouquin "Un crayon sur une mine" m'avait flingué sur place. Lui il est intéressant mais moins que dans ses bouquins. Son visage m'a décu. On a bu cinq bouteilles à nous deux. Jusqu'à 4 heures 30 du matin. Je suis rentré pile pour la deuxième rediffusion de la Star Ac'.
Comme d'habitude, Wendy est passé à 5h15, ça m'a fait plaisir. On a pu regarder l'émission ensemble. C'était tellement prenant que ça m'a permis de déssaouler. Maintenant Sloan se tape Diane. Par contre il a décu le prof de chant qui a dit qu'il chantait comme un train en panne. Du grand art télévisuel pour pas dire de la merde. Ensuite Wendy est parti et j'ai essayé de m'endormir. J'ai repensé à la soirée, à ces journalistes qui utilisent leur appareil photos comme des flingues au lieu d'utiliser leurs questions comme des balles. J'ai mis la radio, ça m'a calmé.
Il faut que j'arrête Internet, ma bécane va finir par prendre feu et mes touchent vont me sauter à la gueule de haine. Mais je dois faire ce blog chaque jour, sinon le pacte ne sera pas rempli . Cassy, tu avais tort concernant le disque, il était bien à sa place.
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Note :
Le blog de Virginie Despentes est ici. Il possède une personnalité à part, celle de son auteur. Le suivre quotidiennement n'est pas un plaisir, c'est une hypnose. Se perdre dans ses lignes aux accents désintéressés s'avère juste expérimentale. Dans notre blog-world à la naïveté dégoulinante, c'est plutôt bien.
Un jour, vous vous rendez compte que vous êtes là, en culotte courte, sentant le vent dans vos cheveux et le goudron irrégulier sous vos pieds. Des personnes beaucoup plus grandes que vous vous entourent et vous les aimez comme le centre du monde.
Vous réfléchissez. Il y a ce rythme sur lequel vous vous câlez et auquel vous ne ne pouvez vous opposer. Il y a ces questions qui reviennent, ces mystères qui restent des mystères et ces découvertes qui vous mènent à l'instant suivant : un peu de terre sur les genoux et les jambes s'allongent. Les frères hurlent, les vêtements, eux, sont trop petits.
La tête est suffisamment vide pour ne pas avoir de souci. Mais le corps est suffisamment fragile pour être écorchés. Comme l'esprit. Vous découvrez la honte scolaire. En grandissant, la souffrance devient votre incontournable compagnon de vie et vous forge, vous dégoûte et vous remplit. Le bonheur, lui, écoule ses instants sans que vous vous en aperceviez.
Un peu plus grand, les désirs naissent. Et votre première peau, si tendre, disparaît à jamais au fond du placard à peluches. Le regard se fait noir, vous avez vécu suffisamment longtemps pour savoir qu'il est de votre devoir que vous sachiez. Vos amis deviennent votre famille, votre famille devient une entité négligeable. Le sexe arrive, les corps et les pensées s'enlassent avec volupté. Chaque mot est une arme et la guerre est déclarée à tout ennemi qui s'interpose. Le désir, lui, transpire par tous vos pores.L'être aimé éxiste et vous le trouverez.
Puis la tempête s'apaise. Votre cadre est fixé et votre messe est dite. Le bonheur se trouve dans la voiture qu'il faut chaque semaine laver, l'appartement dont il faut payer le loyer et les meubles qu'il faut collectionner. Le dimanche vous permet de mettre vos pantoufles après une semaine à penser aux bases de données du réseau du bureau.
Un jour, vos enfants arrivent à vos pieds. Il regardent le bitume mais sont des explorateurs. Chair de votre chair qui vous poussent à penser aux bases de données du réseau et qui, un jour, se mettent à vous haïr comme vous même avez haï.
Vos rides creusent votre foi. Le vin rouge prend de la vigueur avec le temps. Vous fructifiez enfin vos découvertes passées. Vous vous amusez de voir que la mouche qui vous survole en été a les mêmes ailes qu'"au début", et vous chérissez cette période où tout n'était que haine et révolte.
Les soirées s'allongent et les hivers se font de plus en plus froids. La présence des êtres aimés vous rassurent : vous oubliez que votre présence sur Terre n'est finalement rien qu'un peu de vent qui passe dans les cheveux d'un enfant.
Votre verre de vin se fait de plus en plus lourd, vous qui avez tant de fois porter sans peine. Votre moitié vous regarde partir, le visage rempli de tendresse un peu triste. Et voila ce plafond blanc qui ne vous a pas quitté...
Depuis que je suis parisien, c'est à dire depuis toujours, je me demande ce que je fais dans cette ville. Non pas que je ne l'apprécie pas, bien au contraire, mais tout de même nous entretenons moi et elle des rapports pour le moins ambiguës.
Je ne l'apprendrai à personne : vivre à Paris engendre du stress. Les transports en commun sont aussi utiles que fatigants, les gens que l'on croise dans la rue sont au mieux placides et au pire te lancent les crocs à la première occasion (mention spéciale à l'ensemble des automobilistes dont le QI égale en générale celui du petit chien qui bouge la tête à l'arrière de leurs voitures).
Pour résumer : Paris, c'est un rythme de vie à la "marche ou crêve" et résumer ce dernier par Métro-Boulot-Dodo n'est pas si éloigné de la vérité que ça malheureusement. Ainsi quand on rentre le soir, si on est heureux de retrouver son petit appartement douillet, on se dit aussi tout bas que l'on ne serait pas si mal à la campagne, à la montagne ou à la mer, là où les fenêtres donnent sur un peu plus loin que la salle de bain du jeune voisin d'en face.
Mais heureusement, et c'est là toute l'ambiguïté de cette ville aux habitants légèrement déphasés, Paris peut aussi se prendre au creux de la main et être sérré de toute ses forces ! Même pour le parisien le plus aguérri, l'emerveillement lors d'une ballade se fait et se fera par exemple toujours sentir. Des ruelles aux milles saveurs gustatives d'Odéon aux grands axes de la cinéphilie (Grands Boulevards, St Michel, Champs Elysées), des rues ancestrales du Marais aux nouveaux quartiers de verre émergents dans le 13ème arrondissement, du Trocadero à la place de l'Opéra, de la Nation ou de la Bastille : tout nous rappelle que nous sommes plus que jamais ici dans la vie. Tout est là, il n'y a qu'à "cueillir".
Comment ai-je personnellement évolué dans cette ville ? Du fin fond de mon quartier douillet du 16ème arrondissement, j'ai en tout cas eu du mal à apprivoiser cette ville. Issu d'une famille 100% alpine, c'est davantage un sentiment de méfiance, voire de crainte, qui m'envahit d'abord à l'évocation de la "colonisation" de cette ville.
Petit, on ne sort pas de l'appartement. Sauf pour les cours de judo. Donc jusqu'à 13-14 ans, pas question de prendre le métro sous peine de se noyer définitivement dans ses innombrables boyaux. Le terrain de jeu reste le quartier proche, en ce qui me concerne principalement le Trocadéro et les quelques rues me séparant de mon collège puis de mon lycée.
A l'adolescence, l'heure a sonné de se retrousser les manches : le métro doit devenir ton ami sous peine de rester cloitrer chez toi devant lé télévision et d'enlever toute vie sociale. C'est une question de vie ou de mort d'aller de temps en temps voir un film dans un des cinémas Gaumont ou UGC que proposent l'avenue des Champs Elysées. Et tant pis si c'est cher, les actes de révolte à l'adolescence n'ont pas de prix !
Encore vierges de toute saleté métropolitaine, on se fait alors progressivement à la grisaille des visages des voyageurs, aux sons désaccordés en boucle des accordéonistes roumains, et surtout, aux panneaux, finalement pas si compliqués, que nous propose la RATP pour ne pas se perdre définitivement dans les couloirs.
A ce stade, le rempart devient alors le RER. Pas question de lire les écrans bizarres qui se situent sur les quais de RER, trop compliqués pour moi. Je raisonne à l'unité de Direction. Et puis de toute façon, je me contente de Paris Intramuros. Je suis libre comme un papillon, je découvre très progressivement tous les quartiers, certains (Montparnasse, 19ème) étant nettement plus laids que d'autres.
Les années étudiants passent, les cinémas (gaumont Ambassade, Marignan, UGC Georges V, Mk2 Odéon ou Bibliothèques, Cinéma du Panthéon), n'ont plus de secret pour moi, je déniche peu à peu mes restaurants et bars préférés (les frog's et autres firkins, le Chicago Pizza Pie, les restaux chinois du 13ème, les grecs de la rue Saint Michel, la petite vertu). Quelques boites de nuit ponctuent certains évènements (l'Aquarium, le Dupleix, le Tango) mais, décidemment, je ne suis pas très boite...
Au fur et à mesure, à force de prendre le métro, de fêter des évènements, de rencontrer les amis, la ville dévoile ainsi lentement l'immense diveristé de ses quartiers. Et l'on se sent peu à peu moins perdus, les repères naissent et l'on finit enfin par se sentir chez soi à l'interieur de ces immenses mûrs.
Puis vient le temps des premières expériences de boulot. Le choc. Déjà car il faut travailler : y a plus le choix. Et surtout parceque la plupart des entreprises se trouvent à l'extérieur de Paris. Le RER devient ton ami. Plus rapide et confortable que le métro, il t'emmène plus loin, vers cet étrange endroit que l'on appelle la banlieue. Mais cette banlieue n'est plus vraiment Paris... Mon premier long trajet ? La ligne B ! Gare du Nord, Saint Denis, Le Bourget, Drancy, Aubervilliers, La Courneuve, Villepinte... Arrivé Parc des Expositions après des kilomètres de HLMs et quelques bidonvilles que l'on nomme avec pédance les "caravanes des gens du voyage". Le nord de Paris est un ratage complet, c'est définitif. Ces paysages me convainc, dans le train, à baisser le regard sur des livres qui, eux, arrivent à m'évader.
Mon histoire avec Paris n'est pas finie, mais ma présentation, elle, l'est. Je terminerai en disant que je n'ai toujours rien compris à la façon de se repérer dans les stations centrales du RER de la ligne C, que je prends également régulièrement. Comme quoi, on n'a jamais fini de découvrir et de se trouver des repères à Paris !
Javais limpression de lavoir vécu 1000 fois ce samedi soir. Moi assis sur lun des deux lits jumeaux à lire un article sans grand intérêt de « Têtu », mon meilleur pote sur son lit à jouer à la Game Boy comme si le monde autour de lui avait disparu. Dehors, le cliquetis de la pluie avait le mérite de bercer notre soirée.
- Jai réfléchi hier soir, fis-je lair de rien
Pas de réponse. Je levai les yeux de mon journal et le regardais.
- Je disais : jai réfléchi hier soir ! Répétais-je un ton au-dessus.
- Ah
cool
Silence.
Il avait lair con devant ce minuscule écran Son t-shirt était trop court, on voyait son nombril et son caleçon. Vision typique qui éveille les sens de lhomo de base se retrouvant face à lhétéro innocemment exhibitionniste. Il leva les yeux une seconde.
- Arrête de me mâter, pédophile !
- Tu as cinq mois de plus que moi ! Lui rétorquais-je surpris de m'être fait découvrir.
Il nécoutait déjà plus.
-
Et donc, ben je me disais que jen avais marre dêtre seul !
-
Ouais
moi aussi
Mais bon moi je cherche des filles, désolé, ça va pas être possible.
- Nan mais sérieux
On a 18 ans et on est là comme des vieux célibataires à la retraite un samedi soir
-
Bof, moi ça me plait bien
- Ouais, dodelinais-je de la tête. Bof
On se complait trop dans notre petit univers fermé
Il faudrait que je drague plus les mecs !
- Ouais, moi aussi
- Je suis peut-être moche
- Vu le nombre de coups que tu mas cassé en soirées, je pense pas.
- Y a des fois, je me dis que je passe trop de temps à me faire des films qui ne servent à rien, à matter des sites porno sur Internet, à épuiser mon sperme inutilement
Ca a un côté morbide, non
?
- Quest ce que tu racontes ? Répondit-il étonné de mentendre parler comme ça.
- Quoi ?
- Ben, cest dégueu ce que tu dis !
- Non mais cest vrai
Silence. Il me regarda les yeux dubitatifs comme si jétais devenu sa Game Boy.
- Genre tas toujours été sage devant Internet
- Ben non
me dit-il en souriant.
- Et alors ?
- Et alors
? Cest relaxant, voir ces nanas à poils se faire
- Stop !
-
doigter, souria-t-il dun air crétin.
- Stop !
-
lécher, défoncer !
- Arrêtes ! Jai les mêmes en mecs !
- Ben tu vois, et taimes pas ?
- Mmmm
lui répondis-je en faisant mine de réfléchir. Jai passé des soirées entières à rêver de Jake Gyllenhaal, à le prendre dans toutes les positions, à le baiser dans tous les lieux insolites sur Terre, à lui faire subir les trucs les plus bestiales que tu peux imaginer. Bref, je me suis épuisé à fantasmer
- Et ?
- Et lautre jour, il mest arrivé un truc incroyable
- Il est apparu !
- Non, au contraire, il mest sorti de lesprit ! Lui et tous les fantasmes qui laccompagnaient
En fait, jarrivais pas à dormir. Je réfléchissais à tout ça, au fait quon est trop souvent dans des fantasmes hard-core et que ça finissait par nous couper du monde
Et à un moment, il y a eu une image qui est apparue dans ma tête et qui ma fait comprendre quil fallait que jaille voir ailleurs si le prince charmant y était.
- Quelle image ?
- Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer tendrement mon futur copain.
- Qui ? Jack Gulandal ?
- Non !! Mon futur copain
Que je connais pas encore ! Cétait un inconnu
Mais quelquun que jallais aimer et qui menlacer
Jai senti la peau de son torse contre le mien ... Une seconde ! Et cétait fini !
- Ah
- Cétait exactement la sensation charnelle que tu ressens au moment tu enlaces la personne que tu aimes
Tu vois ce que je veux dire ?
- Ca colle aux doigts
- Quoi ?!?
- Ca colle aux doigts ton romantisme ! Cest du sucre
- Oh va te faire voir
fis-je contrarié de constater quil nen avait rien à faire.
Je me replongeai dans larticle nul de « Têtu », coupant nette la conversation.
- Tes marrant quand tu tu ténerves rétorqua-t-il amusé Tu perds 10 ans dun coup !
Je le regardai à nouveau du coin de lil.
- Enlève ton t-shirt ! Lui demandais-je dun ton déterminé.
- Quoi ?
- Enlève ton t-shirt !
- Pourquoi ?
- Je vais texpliquer ce que jai ressenti pendant cet instant
- Nimporte quoi, tas fumé ce soir, cest pas possible
Sans attendre, je commençais à enlever le mien.
- Tu fais quoi ? Me grommela-t-il.
- Je fais pareil
Met toi debout face à moi !
Il se mit debout mais, bien sûr, sans rien enlever. Pas par pudeur, on se connaissait depuis suffisamment longtemps pour quil sen fiche, mais par flemme.
- Allez !! Fis-je en lui ôtant moi-même le vêtement.
Il était franchement mignon quand il prenait son air renfrogné. Son torse fin était parfois tacheté de rousseurs, et légèrement mate. Il savait que jaimais le mater. Il avait à la fois ce côté ange blond (surnom que je lui donnais) et cette puissance juvénile si caractéristique des garçons de 20 ans.
Jéteignais ensuite la lumière principale de la pièce pour créer une ambiance plus intime. Il me regardait le sourcil droit levé, comme pour montrer son incrédulité face à cette situation.
- Mets tes mains le long du corps et ferme les yeux.
- Les enfants, tout va bien ? Questionna une voie agressive de femme à lextérieure de la pièce.
- Cest ma mère, fit-il en restant faussement stoïque.
- Je sais. Dis lui « oui ».
- Oui !
Elle était déjà partie.
- Vas-y mets tes mains le long du corps et ferme les yeux, luis dis-je en accompagnant son mouvement de mes mains.
- Et
- Chht, tais-toi et oublie moi totalement, cest très important, essaye simplement de ressentir ma présence physique
murmurais-je.
Le silence dura trente secondes. Autant dire une éternité pour deux garçons de 18 ans dans une même pièce. On nentendait que la pluie qui sécoulait doucement dans les gouttières de la cours. Trente secondes pendant lesquels il se remémora ce que je lui avais dis : « Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer lêtre aimé ».
Je me suis rapproché de lui. Nos deux torses se sont touchés. Jai simplement mis mes bras autour de son cou. Il ma suivi en mettant les siens autour de mon ventre. Jai posé ma tête. Jimaginais à cet instant que nous pouvions être ensemble et nous aimé physiquement. Il a posé sa tête sur mon épaule. Jai senti sa main parcourir le dos inconnu quil découvrait. Ce nétait pas moi quil enlassait, mais un corps de garçon qui lapprivoisait. Il savait à cet instant ce que javais ressenti. Il me repoussa alors violemment.
- M
Merde, fit-il les yeux remplis de peur.
- Quoi ? Fis-je également un peu apeuré
- Comment tas fait ça ?
- Fais quoi ?
- Je crois que jai ressenti un truc
pour toi
- Je tai juste
montré
- Mais je suis pas homo
Enfin, je crois pas !
Merde
- Cest pas la question, tu as juste ressenti un truc que jai provoqué
- Tu me pousses à être homo ou quoi ?? Maccusa-t-il avec colère.
- Désolé jaurai pas dû
Je pensais pas
- Putain
grommela-t-il en se grattant la tête comme perdu
- Mais
Tas pas aimé
?
- Ben
Si
Mais je veux pas être homo.
- Cest pas un label de toute façon ! Memportais-je. Oublie ce genre de truc, oublie les références sociales, cest pas le sujet
Tu maurais fait la même chose avec une nana, je pense que jaurai réagi pareil
Il mécoutait à moitié. Il était comme perdu dans ses pensées, dépassé par ce quil venait de ressentir. Au contraire, je savais bien ce quil ressentait mais javoue que je navais pas voulu le pousser jusque là.
- Cétait agréable mais super angoissant en fait, on est tous bi.
Il y eut un silence. Cette dernière phrase quil venait de dire, et que beaucoup de gens disent assez naturellement, je naurai jamais pensé quil la pronancerait un jour. Trop « mono-bloc ». Cétait à mon tour de le regarder avec un il étonné. Il renchérit :
- Et moi, comment tu me trouves ?
- Su-per-ban-dant, lui répondis-je en trouvant la solution à cette situation que je ne contrôlais plus vraiment.
- Pouah, éclata-t-il de rire en me repoussant une fois de plus mais plus amicalement. Tu me dégoûtes !
Je me contentais de lui sourire, en ayant la certitude de lui avoir montré un petit bout de lamour, celui quon dit universel. Il allait sans doute rapidement oublier et retrouver sa rassurante Game Boy. Mais quimporte, je lui aurai montré.
Du côté des Alpes du sud, il y a certains endroits où, après avoir fait beaucoup de route en voiture, beaucoup de chemin à pieds, les arbres commencent à se faire rare à cause de l'altitude, et les petites plaines herbeuses prennent le dessus.
Un jour, alors que le soleil ne pouvait pas être plus haut dans le ciel, je me suis retrouvé seul après avoir longuement marché à travers les sentiers balisés. C'était au mois de juin : autant dire qu'en ayant semé mon petit groupe, j'avais semé l'ensemble des promeneurs qui s'était alors aventuré du côté des "Eaux Tortes". L'endroit s'appelle ainsi car le point culminant de la ballade, où je me trouvais alors, était parsemé de ruisseaux tortueux à moitié enfoncés dans une herbe épaisse et chaude.
Je me suis allongé dans l'herbe, à vrai dire sans complexe puisque je savais que je serai tranquille pendant une bonne demi-heure. La Terre était adossée à moi. Je me mis à réfléchir en regardant le ciel, en sentant l'herbe fraîche caresser mon cou, et en écoutant l'écoulement des ruisseaux. Je ne sais pour quelle raison c'est ce mot qui me vint à l'esprit : lapidation... Action qui consiste à tuer à coups de pierre... Et je revois des images diffusées un jour à la télévision : une femme, enterrée jusqu'à la tête, qui se faisait assomer jusqu'à la mort à coup de grosses pierres jetées par la foule haineuse. Son crime était l'adultère.
Malgré la douceur de mon environnement direct, mon coeur s'est emballé, la Terre l'a senti contre elle et je ne crois pas qu'elle ait apprécié. La pauvre... Elle avait tout fait pour me faire oublier ce genre d'idée aujourd'hui, mais voilà que la conscience humaine avait décidé de se manifester à ce moment.
La question était la suivante : que faisais-je là à comtempler la beauté du monde alors même que ce monde était capable du pire ? Y avait-il un lien entre cette émotion pure et la souffrance qui s'aventurait au-delà de toutes les frontière du monde ? Etait-ce de ma faute ?
Oui.
J'aime bien mon boulot. Cela fait 34 ans que je suis sur une chaîne de travail qui fabrique des crèmes anales. Nos postes ont échappé à l'automatisation car les gestes à accomplir pour assembler le tube contenant ces crèmes sont très couteux à faire faire par des machines.
Moi par exemple, je m'occupe de replier les quatres bouts de plastique permettant au "col-en-dur" (partie superieure) du tube de se fixer. Je traîte 30 tubes à la minutes, soit 1 800 tubes par heure, 63 000 tubes par semaine, et plus de 2 500 000 tubes pas an... depuis trente-quatre ans.
Cette manipulation demande une certaine concentration. Il faut insérer son index (préalablement ganté) dans l'orifice du col et replier soigneusement les quatre morceaux de plastiques angulaires afin de permettre le renforcement de ce col. Il est à noter que la sensation de la crème sur le doigt est étonnament douce, même à travers le gant.
C'est grâce à notre cohésion d'équipe que l'ambiance de travail a toujours était très bonne. Mais depuis janvier dernier, rien ne va plus. La Direction a donné des directives à nos managers pour accélerer les cadences, nos journées de 7h00 se sont transformées en journées de 11 voire 13 heures sans que personne ne nous explique rien. A croire que l'irritation anale était devenue le nouveau fléau moderne.
Il était 22H avant-hier lorsqu'un étrange évènement se passa. Nous n'étions plus que trois sur la châine. La climatisation était en panne et, compte tenu des machines à ébullition, la température était monté à 40 degrés. Mes yeux me piquaient, la transpiration coulait le long de ma tempe, je savais que j'étais au bout de mes forces car mes doigts tremblaient à force de répéter les mêmes gestes depuis 14 heures... Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon... Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon...Prise du tube, insertion de l'index, repli des quatres bouts de plastique, vissage du bouchon... etc... Je pris alors un nouveau tube qui me parut plus lourd, j'insérai mon doigt, je découvris que les trois quarts de mon doigt se bloquèrent dans l'objet... Pas moyen de se dégager... Et même pire, le tube devint rapidement beaucoup plus gros et commença à avaler doucement ma main. Je criai. Mes voisins ne me voyaient pas. Mon bras entier fut pris au piège, la crème jouait un rôle de lubrificateur et la progression du tube glouton était terrifiante. L'épaule puis le cou furent bientôt pris au piège. Allai-je mourir étouffé par une crème anale ? Quel triste destin pour un père de deux enfants... Ma tête et mon torse furent alors violemment aspirés à leur tour...
...Et, je ne sais pas comment ni pourquoi, je me mis à tomber dans le vide pendant quelques secondes, ayant juste le temps d'admirer cet étrange ciel noir aux étoiles roses avec le nom de la crème cintillant en énorme : ANADOL !
Je suis ensuite tombé dans une mer à la consistance un peu plus visqueuse que de l'eau et à l'odeur parfumée a la pomme... Je nageai dans la crème qui m'avait nourri pendant 34 ans ! Chaude, douce, apaisante... Un vrai plaisir... Une sensation de sommeil m'envahit soudain. Je m'endormis. Jusqu'à sentir une violente claque sur ma joue. Je découvris mon manager qui tentait de me reveiller. L'odeur puante des vestiaires me rappeler que j'avais malheureusement retrouver le chemin de mon usine.
Accrocher le lecteur... Accrocher le lecteur... Comment arriver à faire en sorte qu'il lise la note en entier et ne zappe pas immédiatement cette page ce satané lecteur !! Parler sexe ? Non, trop facile, il suffit de mettre "bite", "couille" et "gallery" dans la même note pour que trois semaines après, vous soyez au top du référencement Google. Décrire ma vie d'ado (ok je suis plus ado mais imaginons) avec des k à la place des q et trois points d'exclamations ponctuant cinq phrases sans intérêt ? Non plus, trop de concurrence dans ce domaine... Me lancer dans des blogs style édito à la Desproges ? Ca c'est bien, ca marche et il ne faut pas être trop fûté pour y arriver... Le problème c'est que toujours tirer sur les mêmes ambulances (le PSG, le pape, les américains), ca ne m'amuse pas du tout, du tout, du tout, du tout... Je pourrais alors choisir de faire des chroniques philosophico-politico-métaphysiques à la Fulcanelli. Mais pour accrocher le lecteur y a mieux, j'irai même jusqu'à dire que son blog, aussi respectable soit-il, est une véritable arme pour l'endormir. Les choses intellectuelles ne sont pas vendeuses que voulez-vous, sinon Pivot serait millionnaire, et pas Arthur.
Je vais donc rester dans ma logique : écrire pour mon plaisir avant tout et, accessoirement, pour celui des autres... Faire les notes comme elles arrivent. Jouer les poètes incompris quand il le faut, et proposer de jolis histoires quand le coeur m'en dit. Certes la technique est moyennement efficace pour attirer le visiteur, souvent perdu entre deux sites X, mais a priori je n'en vois pas d'autre qui puisse me satisfaire dans la réalisation durable d'un blog !
Comme le disait le défunt magazine : Enjoy or Die ! (pour lui, donc, ca a été Die...)
Note pour plus tard : penser à éviter de faire des notes la nuit, personne ne lit à cette heure, c'est assez crétin...
00h40 # repondre
Dans une cathédrale abandonnée perdue au milieu des plaines desertiques, un enfant court à toutes jambes vers un confessionnal. Il a les genoux en sang et semble terrifié.
Arrivé à la porte du petit édifice en bois sculpté, le gamin reprend son souffle en se tenant les genous. Il regarde d'un oeil sévère cette entrée où deux démons semblent se battre l'un contre l'autre. Le vent souffle à l'intérieur de l'Eglise, et chaque son fait écho.
L'enfant frappe à la petite porte.
- Monsieur, laisser moi entrer, il faut que je vous vois !!!
L'enfant est alors violemment projeté contre l'une des lourdes colonnes en pierre de la cathédrale. Tout en haut, le long de la coursive situé près de la voûte, des gargouilles le regardent.
- Laisse moi entrer !!! hurle furieux le jeune garçon qui se précipite pour démolir la porte.
Celle-ci ne résiste pas. Il découvre que le confessionnal donne en réalité sur une grande pièce couverte de paille. Un vieil homme encapuché et défiguré se tient contre un mur. Ses pieds nus, dont les chevilles sont salis par un sang vieilli et seché, semblent fermement enchainés.
- Que veux-tu ? dit-il nerveusement.
- Rien ne va plus Monsieur ! tout est fini, vous avez perdu, ils sont en train de se massacrer et de gaspiller leurs ressources ! Ils sont plus sauvages que les animaux...
- Qui t'a permis de dire ça ?
- Tous les enfants du village ! Ils m'ont demandé de vous prévenir !
- Vous ne m'apportez rien, bande de fainénants, il faut repartir, ils y arriveront...
- C'est votre faute !
- Non, c'est la tienne, et la leurs !! répond le vieille homme en pointant d'un doigt difforme la lucarne de l'un des murs.
L'enfant s'y précipite, enlassant les lourds barreaux qui empêchent toute sortie. Il voit des hordes d'hommes, de femmes et d'enfants se massacrer de l'autre côté des plaines qui isolent ce lieu sacré. Il ne s'agit pas d'une guerre mais d'une folie perpétuelle et furieuse.
- Qu'avez-vous fait Monsieur ?
- Regarde tes pieds petit...
L'enfant découvre une cire rouge dégoulinante qui remonte doucement le long de ses chevilles. La sensation n'est pas désagréable du tout. La cire atteind la moitié de ces tibias lorsqu'il se rend compte que c'est son corps qui est en réalité en train de se transformer en cire chaude. En tentant de faire un pas, l'un de ses deux pieds reste coller au sol. Il tombe à la renverse et finit sa lente transformation couché sur la paille.
Il se reveille peu de temps à près en ayant eu l'impression de faire un rêve agréable. Autour de lui, des enfants de trois à 6 ans le regarde les yeux ébaillis dans ce qui semble être une tenue de nuit.
Dehors, la furie faisait toujours rage.
Anne et ma mère ont une drôle de relation. Anne est une jeune femme de trente ans qui n'en fait pas vingt. Le genre de femme-enfant qu'une brise ferait vaciller mais dont l'arme la plus puissante est le timide sourire. Elle connaît ma mère depuis très longtemps, depuis qu'elles se sont rencontrer au catéchisme je crois. Toutes les deux tentaient alors de faire part de leur foi respective aux élèves, ma mère en tant que mère de famille bien établie dans la société, Anne en tant que jeune étudiante devant encore faire toutes ses preuves.
Des années plus tard, Anne et ma mère se voient régulièrement, s'écrivent longuement et se téléphonent parfois. Cela demande des efforts car elles n'habitent pas tout à fait au même endroit. Mais cela se fait toujours avec plaisir.
Parfois, quand Anne vient prendre le thé à la maison, elles parlent de sujets de société, des potins du jour, mais surtout de philosophie et de religion. Il faut voir la simplicité et la douceur avec laquelle la conversation se brôde doucement. Il n'est pas question ici d'imposer un propos, il s'agit juste de prendre plaisir à construire l'échange, sans jamais s'opposer. Anne regarde ma mère avec les yeux et le sourire d'un ange, ma mère regarde Anne avec la tendresse d'une mère. Les voix sont volontairement basses laissant à l'horloge le soin de rythmer l'écoulement des secondes.
Quand Anne repart, ma mère vient me voir et me parle d'elle comme d'une jeune fille très attachante avec qui elle partage des moments uniques. J'aime quand elle me parle d'elle. Je partage moi aussi des moments uniques avec ma mère mais je crois qu'il resteront toujours différents. Ma mère rajoute aussi qu'Anne n'a pas été suffisamment gâté par la vie. Elle pense en effet qu'être seule à trente ans est un peu triste. Elle voudrait qu'Anne fonde une famille au lieu de rester, souvent seule, dans son petit appartement du Nord de Paris...
Cette fois-ci, c'était la bonne ! Je refis le lacet de ma basket droite en ne relachant pas du regard l'assistant du prof de gym. Comme à son habitude, il avait attendu que le gymnase soit vidé après le cours pour effectuer quelques sauts sur le grand trampoline. Il voulait être tranquille et se détendre avant de filer aux vestiaires. C'était sans compter ma détermination.
Le regard fixé sur ma proie, je dévalai donc les marches des gradins d'un pas décidé. Tout en continuant de sauter, il me regarda les yeux écarquillés. Qu'importe sa réaction, qu'importe notre différence d'âge. Je grimpai sur le trampoline et commençai à prendre de la hauteur.
- Monsieur ! Fis-je alors que nous n'étions pas du tout synchroniser dans nos sauts
- Ou... Oui ?
- Il faut qu'on parle !
- Ca peut peut-être attendre que j'ai terminé ?
- Non !
J'arrivais progressivement à sa hauteur.
-Monsieur, vous avez remarqué... les marques que j'ai au visage ?
-Oui... Tu t'es fais ça comment ?
- C'est les élèves de Terminal... qui m'ont frappé, répondis-je fièrement.
- Ah bon ?? Pourquoi ? Fit-il surpris de cette réponse.
- Parce que je suis homosexuel, dis-je en arrivant au plus haut de mon saut.
- ...
- ...Et que je vous aime !
Ce furent mes dernier mots. A peine eus-je terminé ma phrase que je manquai le trampoline et arrivai directement sur le sol du gymnase. Je perdis connaissance.
Quelques minutes plus tard, un peu groggy, j'entendais des gouttes d'eau s'écraser au fond d'un lavabo. Tout était noir, ce qui me parut normal à l'instant où je pris conscience que j'avais les deux yeux fermés. Du fait de la conversation qui venait de se produire, j'entrouvis prudemment un oeil. J'étais allongé dans un des vestiaires du lycée. Il n'y avais heureusement rien d'humain dans les parages.
Soudain un visage, le plus charmant de tous, apparut dans mon champ de vision.
- Ca va ? Me demanda-t-il.
- Oui... murmurais-je après un petit sursaut.
- Tu veux pas ouvrir l'autre oeil ?
- Si si... Fis-je en ouvrant l'autre oeil. Qu'est ce qui c'est passé ?
- Tu as loupé le trampoline... Je t'ai amené ici car tu avais perdu connaissance.
- Ah... Désolé...
J'imaginais cette superbe scène qui consistait à être porté par ce que l'on pouvait désormais considérer comme un héros.
- Tu as mal nulle part ?
- Non non...
- C'est sûr ?
- Ben... oui...
C'était faux bien sûr.
- Suis mon doigt sans bouger la tête...
Il alla lentement de droite à gauche et de gauche à droite.
- OK... Et tu es amoureux de moi alors ?
On ne se rend pas compte à quel point les six mots apparemment anodin d'une phrase peuvent avoir des conséquences énormes sur le battement d'un coeur. Je me suis assis sur le rebord du banc sur lequelle il m'avait allonger.
- Ben... Oui ! Fis-je en découvrant une bosse sur ma tête.
Il sourit amusé.
- T'es mignon...
- C'est vrai ? Enfin je veux dire... Vous me trouvez mignon ?
- Oui, mais je ne suis pas amoureux de toi ..
- ...
- Je ne suis pas homo...
- J'ai perdu mon pari alors...
- Quel pari ?
- J'avais parié avec mon meilleur ami que vous êtiez homosexuel...
Il me regardait avec l'air d'un homme faussement atteint dans son amour propre.
- Non mais j'ai l'air d'un homo ?
- Ben... Vous êtes plutôt fin...
- Je te ferai dire que j'ai une copine ! Haussa-t-il le ton...
- Désolé... Je voulais pas dire que vous n'êtiez pas viril... au contraire même... Vous êtes...
- Je ne suis rien du tout... Et certainement pas homo... Et... Et pour être franc, je trouve ce qu'ils font assez dégoutants...
- Ben vous êtes pas obligé de faire comme eux... Et puis il font bien ce qu'ils veulent ! Deux garçons qui s'embrassent, ça ne me gêne pas...
A cette réponse, il écarquilla les yeux pour je ne sais quelles raisons.
- Mais... Tu es bien sûr d'être homo du haut de tes 15 ans ?
- Mais je suis pas homo moi !!
Il me regarda à nouveau étonné, se demandant sans doute à quel phénomène il avait à faire.
- Je veux dire... A part vous, il y a aucun garçon qui m'attire... Je pense que c'est spécifique à vous...
- Spécifique à moi ?
- Oui... Et en plus, ma mère n'acceptera jamais que je sois homo... Et d'ailleurs moi non plus, ca pose beaucoup trop de problèmes...
- On ne choisit pas par qui l'on est attiré de toute façon. Ca s'impose à nous. On choisit simplement d'assumer cette attirance.
Je ne voyais pas trop la différence.
- Dis donc, tu saignes beaucoup du genou... répondit-il en détournant la conversation.
- Oui je sais...
- Tu es plutôt du genre à cacher ta douleur non ?
- ...
- Remonte ton jogging, je vais... je suis obligé de nettoyer ta plaie.
Il semblait très pro dans ses gestes. Je le regardais avec admiration et confiance me soigner. Je profitais de cet instant.
- Aïe....
- Je croyais que tu étais du genre à pas montrer ta douleur.
- Sauf quand ca pique...
- Ecoute, ce que je peux te conseiller, c'est de prendre du recul...
- Non, fis-je en le regardant d'un air renfrogné.
- Si...
- Non. Aïe... gromelais-je en tenant machinalement mon bras.
- Chut... Contente toi de ravaler ta douleur...
- Je vous aime... lui murmurais-je une dernière fois le plus bas possible.
Nos regards se croisèrent une dernière fois. Soudain entra en trombe le professeur de sport, prêt à rentrer chez lui.
- Qu'est ce que vous foutez encore là tout les deux ?
J'appréciais beaucoup le personnage, mélange perpétuelle de colère et de gentillesse. Il s'approcha vers moi, tourna mon menton vers lui et ferma un oeil pour mieux regarder.
- Qu'est-ce que c'est que ces marques ?
- Il est tombé du trampoline.
- Non, je ne parle pas de son genou, je parle de son visage jeune homme. Il faudrait apprendre à parer les coups mon vieux.
- C'est les élèves de Terminal à cause de...
- Je m'en fous ! Tu diras à la bande de bras cassés de Maxime que si je te revois avec des marques, je les prends un par un par les couilles et je les fous dehors.
Comment savait-il que c'était Max ?
- Et la semaine prochaine, tu feras dix tours de gymnase pour apprendre à ne pas faire de trampoline sans mon autorisation, dit-il d'un ton sec en tâtant mon genou.
Il ressortit en claquant la porte. Nous nous regardâmes interloqués avec l'assistant qui finit par le suivre.