Dimanche 24 avril 2005

                                                                   

                               Bonjour et bienvenue sur ce blog,

 

En le parcourant, j'espère que vous en apprendrez plus sur mon univers, je ferais de mon mieux pour le tenir à jour régulièrement.

 

                                                                                               

J'y ajouterai de temps en temps une photo, un texte ou une note. L'objectif est de créer un petit espace sur   le   web   qui   vous permette d'en savoir un peu plus sur moi.                                                                        

 

                                                                                            

 

Ce blog est donc ouvert à tous, surtout à vous !

     

            

 

Bonne lecture... 

     

                                                                              

 

                                                                     

                                                                                      

                                                                 

Dimanche 24 avril 2005

13H30 Pi-èm - Noir. Je l'ai jamais vu aussi noir ce café que je bois depuis deux heures dans ma cuisine. Parfois je regarde aussi les rideaux jaunies de ma fenêtre. Ils sont jaunes à cause des cigarettes que je fume toute la nuit. Pas la journée car la journée, je dors surtout. Enfin, quand les keufs sont pas en train de braquer le commerçant d'en face, toutes sirènes hurlantes.

Il faut que j'arrête Internet. Plus sortir. Oui plus sortir ou en tout cas faire moins d'Internet. En même temps, sortir, c'est pas une fin en soi. L'autre jour, j'ai acheté une baguette dans la rue. J'ai pleuré d'un bout à l'autre du chemin. A un moment, mon visage s'est reflétée dans la flaque d'urine d'un chien. Mon visage puait. Mais j'ai eu ma baguette. Malgré sa tête de post-soixante-huitard sur le retour, mon boulanger les fait bien. Etaler de la confiture sur la mie de son pain est sans doute la plus belle chose au monde après la cigarette.

Ensuite, j'ai mangé. Puis j'ai reçu un coup de fil pour une demande d'interview. Refus catégorique. Je hais leur ligne éditoriale depuis que ça a été racheté. Plutôt crevé.

L'après-midi, plus rien n'avait d'importance sauf les murs qui se fichaient de moi. J'ai donc du taper dessus comme je le fais d'habitude. Avec ma tête. Et en écoutant un CD des "Devil's on the Rock", le live de 1969 à Manhattan. C'est sur, le rock a été inventé par des extra-terrestres, c'est pas possible autrement. Ca a duré quatres heures. J'en ai aussi profité pour relire tout Houellebecq car ca allait de paire. Ce mec, si ca ne tenait qu'à moi, je le violerais. Son dégoût des autres et son ignoble génie m'attirent comme rien ne m'avait jamais attiré avant. Pas comme ces mecs qui se pavannent dans les soirées show-bizz auquel je dois assister pour faire ma promo. Je ne m'y ennuie pas, je plane juste à 10 000 tellement je méprise les gens qui s'y montrent. C'est aussi pour ça que je me méprise.

Hier soir c'était Soirée Green's Day organisé par Nokia. Première partie : interview avec un jeune journaleux du Monde. J'aurais parlé à une poule que cela aurait eu plus d'effet. Il en avait le regard, c'est déjà pas mal. A un moment, il m'a dit qu'il y avait une trahison dans chacun de mes bouquins. Et je me suis suis dit "c'est vrai". Il y a eu un silence. Je l'ai alors embrassé sur la bouche. Avec la langue. Puis je suis parti en courant voir d'autres gens intéressants. Destin Diamond, Felix Hempart, Georges Coualcin. Bref, tout le gratin parisien. Depuis le temps que je voulais rencontrer Félix. Son bouquin "Un crayon sur une mine" m'avait flingué sur place. Lui il est intéressant mais moins que dans ses bouquins. Son visage m'a décu. On a bu cinq bouteilles à nous deux. Jusqu'à 4 heures 30 du matin. Je suis rentré pile pour la deuxième rediffusion de la Star Ac'.

Comme d'habitude, Wendy est passé à 5h15, ça m'a fait plaisir. On a pu regarder l'émission ensemble. C'était tellement prenant que ça m'a permis de déssaouler. Maintenant Sloan se tape Diane. Par contre il a décu le prof de chant qui a dit qu'il chantait comme un train en panne. Du grand art télévisuel pour pas dire de la merde. Ensuite Wendy est parti et j'ai essayé de m'endormir. J'ai repensé à la soirée, à ces journalistes qui utilisent leur appareil photos comme des flingues au lieu d'utiliser leurs questions comme des balles. J'ai mis la radio, ça m'a calmé.

Il faut que j'arrête Internet, ma bécane va finir par prendre feu et mes touchent vont me sauter à la gueule de haine. Mais je dois faire ce blog chaque jour, sinon le pacte ne sera pas rempli . Cassy, tu avais tort concernant le disque, il était bien à sa place.

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Note :

Le blog de Virginie Despentes est ici. Il possède une personnalité à part, celle de son auteur. Le suivre quotidiennement n'est pas un plaisir, c'est une hypnose. Se perdre dans ses lignes aux accents désintéressés s'avère juste expérimentale. Dans notre blog-world à la naïveté dégoulinante, c'est plutôt bien.

Dimanche 24 avril 2005

Un jour, vous vous rendez compte que vous êtes là, en culotte courte, sentant le vent dans vos cheveux et le goudron irrégulier sous vos pieds. Des personnes beaucoup plus grandes que vous vous entourent et vous les aimez comme le centre du monde.

Vous réfléchissez. Il y a ce rythme sur lequel vous vous câlez et auquel vous ne ne pouvez vous opposer. Il y a ces questions qui reviennent, ces mystères qui restent des mystères et ces découvertes qui vous mènent à l'instant suivant : un peu de terre sur les genoux et les jambes s'allongent. Les frères hurlent, les vêtements, eux, sont trop petits.

La tête est suffisamment vide pour ne pas avoir de souci. Mais le corps est suffisamment fragile pour être écorchés. Comme l'esprit. Vous découvrez la honte scolaire. En grandissant, la souffrance devient votre incontournable compagnon de vie et vous forge, vous dégoûte et vous remplit. Le bonheur, lui,  écoule ses instants sans que vous vous en aperceviez.

Un peu plus grand, les désirs naissent. Et votre première peau, si tendre, disparaît à jamais au fond du placard à peluches. Le regard se fait noir, vous avez vécu suffisamment longtemps pour savoir qu'il est de votre devoir que vous sachiez. Vos amis deviennent votre famille, votre famille devient une entité négligeable. Le sexe arrive, les corps et les pensées s'enlassent avec volupté. Chaque mot est une arme et la guerre est déclarée à tout ennemi qui s'interpose. Le désir, lui, transpire par tous vos pores.L'être aimé éxiste et vous le trouverez.

Puis la tempête s'apaise. Votre cadre est fixé et votre messe est dite. Le bonheur se trouve dans la voiture qu'il faut chaque semaine laver, l'appartement dont il faut payer le loyer et les meubles qu'il faut collectionner. Le dimanche vous permet de mettre vos pantoufles après une semaine à penser aux bases de données du réseau du bureau.

Un jour, vos enfants arrivent à vos pieds. Il regardent le bitume mais sont des explorateurs. Chair de votre chair qui vous poussent à penser aux bases de données du réseau et qui, un jour, se mettent à vous haïr comme vous même avez haï.

Vos rides creusent votre foi. Le vin rouge prend de la vigueur avec le temps. Vous fructifiez enfin vos découvertes passées. Vous vous amusez de voir que la mouche qui vous survole en été a les mêmes ailes qu'"au début", et vous chérissez cette période où tout n'était que haine et révolte.

Les soirées s'allongent et les hivers se font de plus en plus froids. La présence des êtres aimés vous rassurent : vous oubliez que votre présence sur Terre n'est finalement rien qu'un peu de vent qui passe dans les cheveux d'un enfant.

Votre verre de vin se fait de plus en plus lourd, vous qui avez tant de fois porter sans peine. Votre moitié vous regarde partir, le visage rempli de tendresse un peu triste. Et voila ce plafond blanc qui ne vous a pas quitté...

Dimanche 24 avril 2005

Depuis que je suis parisien, c'est à dire depuis toujours, je me demande ce que je fais dans cette ville. Non pas que je ne l'apprécie pas, bien au contraire, mais tout de même nous entretenons moi et elle des rapports pour le moins ambiguës.

Je ne l'apprendrai à personne : vivre à Paris engendre du stress. Les transports en commun sont aussi utiles que fatigants, les gens que l'on croise dans la rue sont au mieux placides et au pire te lancent les crocs à la première occasion (mention spéciale à l'ensemble des automobilistes dont le QI égale en générale celui du petit chien qui bouge la tête à l'arrière de leurs voitures).

Pour résumer : Paris, c'est un rythme de vie à la "marche ou crêve" et résumer ce dernier par Métro-Boulot-Dodo n'est pas si éloigné de la vérité que ça malheureusement. Ainsi quand on rentre le soir, si on est heureux de retrouver son petit appartement douillet, on se dit aussi tout bas que l'on ne serait pas si mal à la campagne, à la montagne ou à la mer, là où les fenêtres donnent sur un peu plus loin que la salle de bain du jeune voisin d'en face.

Mais heureusement, et c'est là toute l'ambiguïté de cette ville aux habitants légèrement déphasés, Paris peut aussi se prendre au creux de la main et être sérré de toute ses forces ! Même pour le parisien le plus aguérri, l'emerveillement lors d'une ballade se fait et se fera par exemple toujours sentir. Des ruelles aux milles saveurs gustatives d'Odéon aux grands axes de la cinéphilie (Grands Boulevards, St Michel, Champs Elysées), des rues ancestrales du Marais aux nouveaux quartiers de verre émergents dans le 13ème arrondissement, du Trocadero à la place de l'Opéra, de la Nation ou de la Bastille : tout nous rappelle que nous sommes plus que jamais ici dans la vie. Tout est là, il n'y a qu'à "cueillir".

Comment ai-je personnellement évolué dans cette ville ? Du fin fond de mon quartier douillet du 16ème arrondissement, j'ai en tout cas eu du mal à apprivoiser cette ville. Issu d'une famille 100% alpine, c'est davantage un sentiment de méfiance, voire de crainte, qui m'envahit d'abord à l'évocation de la "colonisation" de cette ville.

Petit, on ne sort pas de l'appartement. Sauf pour les cours de judo. Donc jusqu'à 13-14 ans, pas question de prendre le métro sous peine de se noyer définitivement dans ses innombrables boyaux. Le terrain de jeu reste le quartier proche, en ce qui me concerne principalement le Trocadéro et les quelques rues me séparant de mon collège puis de mon lycée.

A l'adolescence, l'heure a sonné de se retrousser les manches : le métro doit devenir ton ami sous peine de rester cloitrer chez toi devant lé télévision et d'enlever toute vie sociale. C'est une question de vie ou de mort d'aller de temps en temps voir un film dans un des cinémas Gaumont ou UGC que proposent l'avenue des Champs Elysées. Et tant pis si c'est cher, les actes de révolte à l'adolescence n'ont pas de prix !

Encore vierges de toute saleté métropolitaine, on se fait alors progressivement à la grisaille des visages des voyageurs, aux sons désaccordés en boucle des accordéonistes roumains, et surtout, aux panneaux, finalement pas si compliqués, que nous propose la RATP pour ne pas se perdre définitivement dans les couloirs.

A ce stade, le rempart devient alors le RER. Pas question de lire les écrans bizarres qui se situent sur les quais de RER, trop compliqués pour moi. Je raisonne à l'unité de Direction. Et puis de  toute façon, je me contente de Paris Intramuros. Je suis libre comme un papillon, je découvre très progressivement tous les quartiers, certains (Montparnasse, 19ème) étant nettement plus laids que d'autres.

Les années étudiants passent, les cinémas (gaumont Ambassade, Marignan, UGC Georges V, Mk2 Odéon ou Bibliothèques, Cinéma du Panthéon), n'ont plus de secret pour moi, je déniche peu à peu mes restaurants et bars préférés (les frog's et autres firkins, le Chicago Pizza Pie, les restaux chinois du 13ème, les grecs de la rue Saint Michel, la petite vertu). Quelques boites de nuit ponctuent certains évènements (l'Aquarium, le Dupleix, le Tango) mais, décidemment, je ne suis pas très boite...

Au fur et à mesure, à force de prendre le métro, de fêter des évènements, de rencontrer les amis, la ville dévoile ainsi lentement l'immense diveristé de ses quartiers. Et l'on se sent peu à peu moins perdus, les repères naissent et l'on finit enfin par se sentir chez soi à l'interieur de ces immenses mûrs.

Puis vient le temps des premières expériences de boulot. Le choc. Déjà car il faut travailler : y a plus le choix. Et surtout parceque la plupart des entreprises se trouvent à l'extérieur de Paris. Le RER devient ton ami. Plus rapide et confortable que le métro, il t'emmène plus loin, vers cet étrange endroit que l'on appelle la banlieue. Mais cette banlieue n'est plus vraiment Paris... Mon premier long trajet ? La ligne B ! Gare du Nord, Saint Denis, Le Bourget, Drancy, Aubervilliers, La Courneuve, Villepinte... Arrivé Parc des Expositions après des kilomètres de HLMs et quelques bidonvilles que l'on nomme avec pédance les "caravanes des gens du voyage". Le nord de Paris est un ratage complet, c'est définitif. Ces paysages me convainc, dans le train, à baisser le regard sur des livres qui, eux, arrivent à m'évader.

Mon histoire avec Paris n'est pas finie, mais ma présentation, elle, l'est. Je terminerai en disant que je n'ai toujours rien compris à la façon de se repérer dans les stations centrales du RER de la ligne C, que je prends également régulièrement. Comme quoi, on n'a jamais fini de découvrir et de se trouver des repères à Paris !

Dimanche 24 avril 2005

J’avais l’impression de l’avoir vécu 1000 fois ce samedi soir. Moi assis sur l’un des deux lits jumeaux à lire un article sans grand intérêt de « Têtu », mon meilleur pote sur son lit à jouer à la Game Boy comme si le monde autour de lui avait disparu. Dehors, le cliquetis de la pluie avait le mérite de bercer notre soirée.

- J’ai réfléchi hier soir, fis-je l‘air de rien…

Pas de réponse. Je levai les yeux de mon journal et le regardais.

- Je disais : j’ai réfléchi hier soir ! Répétais-je un ton au-dessus.
- Ah… cool…

Silence.

Il avait l’air con devant ce minuscule écran… Son t-shirt était trop court, on voyait son nombril et son caleçon. Vision typique qui éveille les sens de l’homo de base se retrouvant face à l‘hétéro innocemment exhibitionniste. Il leva les yeux une seconde.

- Arrête de me mâter, pédophile !
- Tu as cinq mois de plus que moi ! Lui rétorquais-je surpris de m'être fait découvrir.

Il n’écoutait déjà plus.

- … Et donc, ben je me disais que j’en avais marre d’être seul !
- … Ouais… moi aussi… Mais bon moi je cherche des filles, désolé, ça va pas être possible.
-  Nan mais sérieux… On a 18 ans et on est là comme des vieux célibataires à la retraite un samedi soir…
- … Bof, moi ça me plait bien…
- Ouais, dodelinais-je de la tête. Bof… On se complait trop dans notre petit univers fermé… Il faudrait que je drague plus les mecs !
- Ouais, moi aussi…
- Je suis peut-être moche…
- Vu le nombre de coups que tu m’as cassé en soirées, je pense pas.
- Y a des fois, je me dis que je passe trop de temps à me faire des films qui ne servent à rien, à matter des sites porno sur Internet, à épuiser mon sperme inutilement… Ca a un côté morbide, non…?
- Qu’est ce que tu racontes ? Répondit-il étonné de m‘entendre parler comme ça.
- Quoi ?
- Ben, c’est dégueu ce que tu dis !
- Non mais c’est vrai…

Silence. Il me regarda les yeux dubitatifs comme si j’étais devenu sa Game Boy.

- Genre t‘as toujours été sage devant Internet…
- Ben non… me dit-il en souriant.
- Et alors ?…
- Et alors …? C’est relaxant, voir ces nanas à poils se faire…
- Stop !
- …doigter, souria-t-il d’un air crétin.
- Stop !
- …lécher, défoncer !
- Arrêtes ! J’ai les mêmes en mecs !
- Ben tu vois, et t’aimes pas ?
- Mmmm… lui répondis-je en faisant mine de réfléchir. J’ai passé des soirées entières à rêver de Jake Gyllenhaal, à le prendre dans toutes les positions, à le baiser dans tous les lieux insolites sur Terre, à lui faire subir les trucs les plus bestiales que tu peux imaginer. Bref, je me suis épuisé à fantasmer…
- Et ?
- Et l’autre jour, il m’est arrivé un truc incroyable…
- Il est apparu !
- Non, au contraire, il m‘est sorti de l‘esprit ! Lui et tous les fantasmes qui l’accompagnaient… En fait, j’arrivais pas à dormir.  Je réfléchissais à tout ça, au fait qu’on est trop souvent dans  des fantasmes hard-core et que ça finissait par nous couper du monde… Et à un moment, il y a eu une image qui est apparue dans ma tête et qui m‘a fait comprendre qu‘il fallait que j‘aille voir ailleurs si le prince charmant y était.
- Quelle image ?
- Pendant l’espace d’une seconde, j’ai imaginé enlacer tendrement mon futur copain.
- Qui ? Jack Gulandal ?
- Non !! Mon futur copain… Que je connais pas encore ! C’était un inconnu… Mais quelqu’un que j’allais aimer et qui m‘enlacer … J’ai senti la peau de son torse contre le mien ... Une seconde ! Et c’était fini !
- Ah…
- C’était exactement la sensation charnelle que tu ressens au moment tu enlaces la personne que tu aimes…Tu vois ce que je veux dire ?
- Ca colle aux doigts…
- Quoi ?!?
- Ca colle aux doigts ton romantisme ! C’est du sucre…
- Oh va te faire voir… fis-je contrarié de constater qu’il n’en avait rien à faire.

Je me replongeai dans l‘article nul de « Têtu », coupant nette la conversation.

- T’es marrant quand tu tu t’énerves… rétorqua-t-il amusé… Tu perds 10 ans d‘un coup !

Je le regardai à nouveau du coin de l’œil.

- Enlève ton t-shirt ! Lui demandais-je d’un ton déterminé.
- Quoi ?
- Enlève ton t-shirt !
- Pourquoi ?
- Je vais t’expliquer ce que j’ai ressenti pendant cet instant…
- N’importe quoi, t’as fumé ce soir, c’est pas possible…

Sans attendre, je commençais à enlever le mien.

- Tu fais quoi ? Me grommela-t-il.
- Je fais pareil… Met toi debout face à moi !

Il se mit debout mais, bien sûr, sans rien enlever. Pas par pudeur, on se connaissait depuis suffisamment longtemps pour qu’il s’en fiche, mais par flemme.

- Allez !! Fis-je en lui ôtant moi-même le vêtement.

Il était franchement mignon quand il prenait son air renfrogné. Son torse fin était parfois tacheté de rousseurs, et légèrement mate. Il savait que j‘aimais le mater. Il avait à la fois ce côté ange blond (surnom que je lui donnais) et cette puissance juvénile si caractéristique des garçons de 20 ans.

J’éteignais ensuite la lumière principale de la pièce pour créer une ambiance plus intime. Il me regardait le sourcil droit levé, comme pour montrer son incrédulité face à cette situation.

- Mets tes mains le long du corps et ferme les yeux.
- Les enfants, tout va bien ? Questionna une voie agressive de femme à l’extérieure de la pièce.
- C’est ma mère, fit-il en restant faussement stoïque.
- Je sais. Dis lui « oui ».
- Oui !

Elle était déjà partie.

- Vas-y mets tes mains le long du corps et ferme les yeux, luis dis-je en accompagnant son mouvement de mes mains.
- Et…
- Chht, tais-toi et oublie moi totalement, c’est très important, essaye simplement de ressentir ma présence physique… murmurais-je.

Le silence dura trente secondes. Autant dire une éternité pour deux garçons de 18 ans dans une même pièce. On n’entendait que la pluie qui s’écoulait doucement dans les gouttières de la cours. Trente secondes pendant lesquels il se remémora ce que je lui avais dis : « Pendant l’espace d’une seconde, j’ai imaginé enlacer l’être aimé ».

Je me suis rapproché de lui. Nos deux torses se sont touchés. J’ai simplement mis mes bras autour de son cou. Il m’a suivi en mettant les siens autour de mon ventre. J’ai posé ma tête. J’imaginais à cet instant que nous pouvions être ensemble et nous aimé physiquement. Il a posé sa tête sur mon épaule. J’ai senti sa main parcourir le dos inconnu qu’il découvrait. Ce n‘était pas moi qu‘il enlassait, mais un corps de garçon qui l‘apprivoisait. Il savait à cet instant ce que j’avais ressenti. Il me repoussa alors violemment.

- M… Merde, fit-il les yeux remplis de peur.
- Quoi ? Fis-je également un peu apeuré
- Comment t’as fait ça ?
- Fais quoi ?
- Je crois que j’ai ressenti un truc… pour toi…
- Je t’ai juste… montré…
- Mais je suis pas homo… Enfin, je crois pas !…Merde…
- C’est pas la question, tu as juste ressenti un truc que j’ai provoqué…
- Tu me pousses à être homo ou quoi ?? M’accusa-t-il avec colère.
- Désolé j’aurai pas dû… Je pensais pas…
- Putain… grommela-t-il en se grattant la tête comme perdu…
- Mais… T’as pas aimé… ?
- Ben… Si… Mais je veux pas être homo.
- C’est pas un label de toute façon ! M’emportais-je. Oublie ce genre de truc, oublie les références sociales, c‘est pas le sujet… Tu m’aurais fait la même chose avec une nana, je pense que j’aurai réagi pareil…

Il m’écoutait à moitié. Il était comme perdu dans ses pensées, dépassé par ce qu’il venait de ressentir. Au contraire, je savais bien ce qu’il ressentait mais j’avoue que je n’avais pas voulu le pousser jusque là.

- C’était agréable mais… super angoissant… en fait, on est tous bi.

Il y eut un silence. Cette dernière phrase qu’il venait de dire, et que beaucoup de gens disent assez naturellement, je n’aurai jamais pensé qu’il la pronancerait un jour. Trop « mono-bloc ». C’était à mon tour de le regarder avec un œil étonné. Il renchérit :

- Et moi, comment tu me trouves ?
- Su-per-ban-dant, lui répondis-je en trouvant la solution à cette situation que je ne contrôlais plus vraiment.
- Pouah, éclata-t-il de rire en me repoussant une fois de plus mais plus amicalement. Tu me dégoûtes !

Je me contentais de lui sourire, en ayant la certitude de lui avoir montré un petit bout de l’amour, celui qu‘on dit universel. Il allait sans doute rapidement oublier et retrouver sa rassurante Game Boy. Mais qu’importe, je lui aurai montré.

Dimanche 24 avril 2005

1 EXT JOUR

Deux garçonnets torses-nus de 7-8 ans chahutent dans un pré situé au pied des montagnes alpines. Leurs chaussures foulent allégrement l'herbe verte et abondante qui tapisse le sol. Soudain l'un d'eux aperçoit quelque chose à terre. Il se précipite de tout son long sur l'herbe, bientôt rejoint par son camarade. Deux immenses visages angéliques, scrutant avec des yeux écarquillés le spectacle qui s'offre à eux, nous font face.

Le visage de gauche (émerveillé par le spectacle)
Oooooh ! T'as vu !?!

Le visage de droite
Ouah ! Qu'est-ce que c'est ?

Le visage de gauche
On dirait un trou…

Les deux garçonnets se regardent en fronçant les sourcils puis scrutent à nouveau l'étrange spectacle.

Le visage de droite (inquiet)
Il est bizarre… Il est tout fin… Y a quoi dedans ?

Le visage de gauche (le garçonnet approche son doigt)
On dirait qu'il y a un petit… bouton rouge !!

Le visage de droite (inquiet, murmurant à peine)
Fais gaffe, on dirait même que c'est rempli de petits boutons rouges…

Le doigt de l'enfant se rapproche… Si près de l'objectif que les visages
disparaissent. Au même moment, un bruit d'aspiration aussi court que violent se fait entendre et l'écran devient entièrement noir.

Silence…. Bientôt rompu par le bruit de gouttes d'eau qui claquent sur un sol humide.

2 INT SOIR Entrepôt

Ouverture au noir.

Un énorme entrepôt rectangulaire désaffecté laisse à peine traverser quelques rayons de lumière au travers de ses vitres envahies de crasses. Des gouttes d'eau tombent un peu partout, créant ça et là de vastes flaques. Un bruit sourd d'aération rend l'atmosphère encore plus pesante.

Au milieu de ce gigantesque endroit se trouve un grand lit rectangulaire dont le dessus est rouge. A l'opposé, dans un coin de l'entrepôt, trois fillettes coiffées jouent à la corde à sauter dans un parfait silence. Elles portent de longues robes roses en dentelles.

Le lit possède une charpente en bois sculpté qui semble très solide. Un homme très âgé y est paisiblement couché sur le dos, ses bras sont le long de son corps. Il regarde fixement face à lui. Son visage est très ridé. Ses yeux sont noirs.

Le vieil homme (parlant lentement)
Finalement, cette vie aura été bien étrange. J'ai eu trois délicieux enfants, une femme merveilleuse, j'ai vécu des épreuves et des bonheurs, mais j'en suis resté à la même méconnaissance de ce qui m'a été donné … Même aujourd'hui, rien ne semble avoir changé… Mon bilan est-il positif… ou négatif… qu'importe… J'ai été vivant…

Les yeux fatigués de l'homme se ferment. A cet instant, une comptine fredonnée par des fillettes brise le silence. D'abord récitée doucement, celle-ci est de plus en plus fortement déclamée. De la même façon, le bruit de l'aération que l'on entendait jusque là devient de plus en plus fort.

3 INT MATIN Chambre

Un adolescent torse-nu se réveille brusquement en se redressant sur son lit. Sa respiration rapide et appuyée semble indiquer qu'il a fait un cauchemar. Ses sourcils se froncent presque instantanément : l'adolescent contrarié baisse la tête vers son entrejambe.

L'adolescent
Et merde…

Il prend un mouchoir en papier sur la table de nuit et s'essuie le bas ventre. Puis il  jette le mouchoir dans une corbeille à la façon d'un basketteur. La chambre de l'adolescent est parfaitement désordonnée. En un instant, celui-ci sort de son lit, enfile un jean et un T-shirt et en sort.

4 INT MATIN Appartement

L'adolescent traverse un couloir et arrive dans un salon sombre meublé façon IKEA. Au milieu de la pièce se trouve un cercueil vide fixé sur un porteur mécanique à environ un mètre vingt du sol. Le long du cercueil se trouvent, tous habillés en noir, un homme de 45-50 ans, une femme du même âge et une fillette d'une dizaine d'années. Tous baissent les yeux vers le cercueil.

L'homme voyant arriver l'adolescent relève les yeux.

L'homme (d'un ton amical)
On y va, mon grand ?

L'adolescent (souriant, assez confiant)
Ok.

L'adolescent s'installe dans le cercueil. Il est désormais couché les bras le long du corps. Le plafond rose du living apparaît au-dessus de lui. Les mains des trois individus placent le couvercle sur le cercueil, faisant progressivement disparaître le plafond, et plongeant ainsi l'adolescent dans un noir absolu.

Noir.

Plusieurs respirations profondes se font entendre couvertes par quelques rapides coups de marteaux. Puis trois coups beaucoup plus sourds.

5 EXT SOIR Terrain vague

La tête rouillée d'une grosse pelle s'écrase fortement et à plusieurs reprises sur un long tas de terre d'une vingtaine de centimètres de haut. C'est un homme sale d'une soixantaine d'années, une vieille cigarette à la bouche, qui agite l'outil.

L'homme (prenant une bouffée de cigarette)
En v'là un qui nous embêtera p'us !

À côté de lui, une jeune femme au regard vide fixe la motte de terre.

La femme
Tu crois qu'il va mettre longtemps à mourir là-dessous ?

L'homme (regardant la femme avec un air de profond mépris)
Pfff…

L'homme (scrutant alors le tas de terre avec un sourire sadique)
Cela va certainement être long et douloureux… La peur va d'abord lui faire perdre son raisonnement logique… Il va multiplier les gestes brusques inutiles… au point de sa blesser un peu partout… Puis, après avoir longuement paniqué, il va ressentir une sorte de découragement résigné… Il va ensuite perdre complètement pieds avec la réalité toujours à cause du manque d'air… Il oubliera peu à peu où il est… Et il succombera alors lentement dans un pénible désespoir…

La femme (froide, mâchant grossièrement un chewing-gum)
Ben merde… C'est horrible…

L'homme s'approche alors de la femme, l'enlace bestialement.

L'homme
J'ai envie de te sauter, mon petit trou !

La femme (éclatant de rire vulgairement)
Tu réfléchis vraiment avec ta queue !

L'homme (grognant)
Oui, oui, oui !

L'homme lève la courte jupe de la femme et lui baisse sa culotte. Ses formes ne sont pas jolies. Il sort alors son sexe. Dans l'excitation et la violence du geste, les deux amants se déséquilibrent tout en restant debout. La femme éclate de rire. Ils semblent ne pas se rendre compte qu'ils se trouvent désormais sur la motte de terre, puis commencent à faire l'amour bestialement. Leurs pieds nus sont largement enfoncés dans la terre. Des gémissements se font entendre. Puis un gémissement plus fort.

6 INT SOIR Chambre

Dans une chambre spacieuse et richement meublée se trouve un grand lit rouge dont le dossier est arrondi. Un couple entièrement nu d'une trentaine d'années y est allongé. Les courbes des deux corps sont parfaites. La femme enlace de son bras le ventre de son amant, l'homme est sur le côté, il regarde le visage endormi de la femme. Sa tête est couchée sur l'oreiller. Il est paisible mais semble pensif.

L'homme (murmurant)
Ma chérie ?

La femme (ouvrant doucement les yeux vers l'homme)
Oui…

L'homme
Tu ne doutes jamais… de nous ?

La femme (confiante)
Si… Tu le sais…

Silence.

L'homme passe délicatement sa main dans les cheveux de la femme. Il semble songeur. Une larme coule le long de son visage impassible.

La femme (regardant le visage de l'homme)
chut…

Le visage de la femme se rapproche, sa bouche embrasse la joue de l'homme à l'endroit de la larme.

La femme (lui susurrant à l'oreille)
Je t'aime mon cœur…

   L'homme (enlaçant la femme)
 Moi aussi ma puce…

Les deux amants s'endorment un peu plus proche l'un de l'autre. Dehors, la pluie tombe dans la nuit.

7 EXT JOUR Moyenne montagne

Il fait un grand soleil au cœur des montagnes alpines. Un jeune homme d'une vingtaine d'années gravit non sans effort un sentier assez raide. Il est suivi par un couple d'une petite quarantaine d'années, qui est encore plus essoufflé. Les sacs à dos semblent lourds.

Le jeune homme (se tournant vers son ami)
Qu'est ce qui nous sépare à ton avis ?

L'homme du couple (surpris)
Je sais pas… Rien !

Le jeune homme
Rien ? Je suis seul comme un idiot, tu es en couple ! Ce n'est pas rien !

L'homme du couple
Ah, non mon vieux, ça ça nous sépare pas, ça nous différencie !

Le jeune homme
Ouais, toi tu es heureux, moi je suis seul comme un con…

L'homme du couple
Je sais pas si tu es moins heureux que moi, mais en tout cas, ta solitude te rend effectivement très bête…

Le jeune homme
Pourquoi tu dis ça ?

L'homme du couple (souriant)
Parce que tu crois que nous, en formant un couple, on a instantanément accès au bonheur, comme si c'était un passe droit …? Tu compares l'incomparable, mon vieux… Je trouve ça un peu… simpliste ! Ca se voit que tu n'as pas beaucoup d'expérience…

Le jeune homme (sur un ton plaintif)
J'ai même jamais eu de relations sérieuses …

L'homme du couple
Oui, je sais, on en a déjà parlé ! Et je t'ai répondu que consacrer une vie entière à un être  valait bien qu'on investisse un peu de recherche ! Fais ton chemin… Cultive ton jardin comme dirait l'autre, et j'ajouterai, sois heureux de le cultiver !

Le jeune homme
Et si je me retrouve à la fin de ma vie seul et sans enfant ? Tu imagines la sensation juste avant de mourir ?

La femme du couple (lui souriant affectueusement)
Tu es mignon…

Le jeune homme (attristé par la réflexion)
Ouais c'est ça  "Je ne voudrais pas dire du mal mais il est gentil…"

Les trois jeunes gens arrivent au bout du sentier qui se trouve être le sommet d'une montagne. Ils découvrent avec émerveillement, mais non sans fatigue, les immenses chaînes de montagnes alpines qui se déroulent sous leurs yeux. Les deux garçons sont côte à côte, le couple se tient la main.

L'homme du couple (s'adressant au jeune homme)
Tu penses à quoi là ?

Le jeune homme (ébailli devant l'horizon de montagnes)
Je trouve ça fabuleux ! Juste… Fabuleux !

L'homme du couple
Tu comprends mieux ?

Le jeune homme (songeur, le regard perdu dans l'immense horizon)
…Ouais.

L'homme du couple
Et ouais…!

Le jeune homme
C'est si simple…

L'homme du couple (amusé)
La prochaine fois on fera un 4000, on verra si tu trouves ça simple…

Le jeune homme (inquiet, regardant son ami)
…

Les trois individus défont leurs sacs et s'allongent sur le petit terre-plein pour prendre le soleil. L'immense horizon des montagnes se dessine face à eux.

 

                                                            FIN

 

Dimanche 24 avril 2005

1 NOIR

Onze coups de bâton théâtraux rapides se font entendre. Puis deux coups de bâton plus lents suivis d'un troisième qui semble percer un plancher.

Voix off (se rendant compte de la "gaffe")
Et merde…!

Silence puis ouverture au noir.

2 EXT Jour - Paris, rue chic

Souriante, une belle femme marche dans la rue d'un pas sûr, rythmé par la musique "Brazil". Chemisier gris plongeant type "Business Woman", bouche pulpeuse, longues jambes à peine dissimulées sous une jupe, regard perçant derrière des lunettes aux montures noires effilées. Tout en marchant, la femme regarde furtivement l'objectif puis continue son chemin. Elle entre dans un cinéma.

3 INT Jour - Cinéma

Toujours accompagnée de la musique de "Brazil", la femme traverse le hall du cinéma tout sourire.

4 INT Jour - Salle Cinéma

Elle  entre dans une salle de cinéma peu éclairée. Les sièges sont rouges.

Elle s'assoit à une place du fond puis fixe face à elle l'objectif qui la filme. La musique de "Brazil" s'arrête en un bruit violent de disque rayé. Silence.

La femme sourit, puis le sourire devient progressivement forcé et mécanique. Elle regarde à droite, puis à gauche, puis vers l'objectif.

La femme (se réajustant ses lunettes)
Et maintenant ?

Son regard continue de fixer l'objectif qui la filme elle, ainsi que quelques sièges autour d'elle. La femme arrête de sourire et commence à froncer les sourcils.

La femme (exaspérée)
Tu ne m'as pas fait venir ici pour rien, j'espère ? C'était techniquement superbe cette arrivée où tu me fixais comme si j'étais une extra-terrestre mais là, mon grand… Il faut agir.

Silence. La femme baisse subrepticement les yeux puis regarde à nouveau l'objectif.

La femme (dépitée)
Tu me fais rire, c'est toujours pareil avec toi... Tu viens, tu te poses en attendant que quelque chose se passe, et puis tu n'assumes pas. Tu t'attends à quoi entre nous ? Je te préviens, si tu me réclames un début et un milieu, tu n'auras qu'une fin, ce n'est pas ce que tu recherches ?

Elle éclate de rire, un rire d'extraversion. Puis reprend son calme.

La femme
Ca fait combien de fois qu'on se croise, qu'on se donne ces rendez-vous anonymes comme si on avait honte…? Toi, toujours caché dans le noir, moi dans la lumière… Comme si nous étions chacun dans deux mondes différents… Pourtant nous sommes ensemble, comme deux êtres ne le seront sans doute jamais…

Silence.

La femme
Mais au fond…Tu comprends ce qui se produit à cet instant précis ou nous sommes ensemble ? Je suis sûr que tu essayes… Mais autant vider la mer avec un sot d'eau… C'est notre schizophrénie qui nous perdra… Deux cerveaux en parfaite adéquation, ça n'existe pas, mettons-nous au moins ça dans la tête.

Alors parfois, en désespoir de cause,  tu éteins ton esprit… Au point que je me contente misérablement de t'offrir du vent, du vide, de la poudre aux yeux, qui t'hypnotise comme on hypnotise un serpent pour mieux l'attraper, le vider et vendre sa peau…

Silence… La femme se met à sourire légèrement mais  affectueusement en fixant la caméra.

La femme
Tu es innocent, c'est bien la seule chose qui te sauvera… Tiens, pour une fois, viens à côté de moi… Et, s'il te plait, arrêtes de t'occuper de ta bobine…

La femme se lève, s'approche de l'écran où se situe l'objectif, puis prend la caméra qui la filmait jusque-là. Des secousses apparaissent à l'image au rythme de ses manipulations. On distingue alors vaguement quelques sièges. Puis la caméra stabilise à nouveau son image. Elle se filme elle-même, comme si l'écran du cinéma était un miroir. La femme se trouve à côté d'elle, toujours entourée des mêmes sièges.

La femme
Tu préfères sans doute cette position. Pourtant, tu vois, rien n'a changé. Nous ne faisons de toute façon qu'un… Maintenant que nous sommes physiquement ensemble, je te préviens, ce n'est pas moi qui vais parler la première.

Silence. La femme regarde malicieusement face à elle. Elle se tourne vers la caméra située à côté d'elle.

La femme
Alors ?

Elle regarde face à elle.

La femme
Alors ?…

Long silence.

La femme
Bon, je n'arrive toujours pas à te convaincre. On va essayer ensemble… Tu attends quoi de notre relation ? Que je t'expose platement mon point de vue et que tu l'accueilles avec ton petit esprit critique, ta petite histoire, tes expériences personnelles et tes petits blocages psychologiques …? Et puis une fois le bout du ruban atteint, que l'on passe à autre chose jusqu'à recommencer ce petit, que dis-je, ce minuscule cinéma la projection suivante ? Tu ne crois pas que c'est un manège un peu facile qui n'a que trop duré… Je te fais trop confiance pour que l'on continue comme ça… Tiens regardes à quoi ça nous mènerait…

La femme se penche sur la caméra et fait un zoom sur l'objectif. Un zoom si profond qu'un noir apparaît.

Long silence.

La femme
Tu vois… Un noir profond, sinistre, éternelle… A toi, à moi, à toi, à moi… Tout ça pour arriver à un indicible néant…


La femme (chuchotant)
Comprends-moi. Quand je te parle, je ne m'attends à ce que tu t'arrêtes sur des pensées à jamais gravées dans le marbre. La seule chose que je souhaite, c'est que nous arrivions ensemble à ressentir quelque chose… Quelque chose d'infini ! N'oublie pas que je ne suis rien sans toi, rien qu'une forme grise qui défile sur un rouleau perforé. Tu es la seule personne qui puisse donner vie à notre monde.

Silence.

La femme (chuchotant toujours)
Tiens, regarde, je t'entends penser… "Et les autres ?"… Eh bien les autres, on les oublie ! Au moins le temps de notre amour ! Les autres ne sont là que pour nous abreuver de leurs leçons toutes relatives, dans l'unique objectif de remplir le misérable vide qui envahit leurs vies… Ils sont méprisables aux yeux de ce que nous ressentons maintenant ensemble, rends-toi compte que ce ne seront jamais que de simples parasites à nos yeux… au mieux de simples moyens… Alors que tu es l'unique fin que j'envisage de donner à cette  œuvre !

Le noir disparaît grâce au zoom arrière effectué par la femme. Celle-ci réapparaît progressivement avec la caméra à côté d'elle.

La femme
Je vais te dire ce que j'attends de nous : que l'on déshabille notre âme et que l'on ose se montrer nus l'un à l'autre chaque fois que la lumière apparaît… Ce n'est pas facile… Mais essayons !

La femme se tourne vers la caméra et adopte un comportement amoureux. Elle jette alternativement des  coups d'œil face à elle et face à la caméra. Ses doigts caressent l'objectif de la caméra au point de faire un lent zoom avant sur elle et la caméra, puis sur son corps, et enfin sur  sa bouche pulpeuse.

La femme (murmurant de plaisir)
Comprenons-nous… Éprouvons quelque chose de sensuel, de sexuel, de reproductif… Rien ne nous sépare, regarde, tu es juste là pendue à mes désirs, pendu à tes désirs…La réalité n'est pas représentée… Jamais… La réalité est là face à nous… à moi… à toi… Tel un unique œil dont les larmes séminales envahissent notre âme… Un goût de sel, de sucre, rien qu'un battement de cœur commun, commun l'espace d'un instant …

La femme refait un lent zoom arrière. Elle réapparaît avec à côté d'elle la caméra.

La femme (reprenant ses esprits)
Tu as compris… Je tente une chose qui va certainement t'effrayer… N'oublie pas que nous resterons toujours ensemble, toi et moi…

La femme prend la caméra. Quelques secousses se font sentir. Elle tourne lentement la caméra vers son visage. Celui-ci est souriant, son regard sensuel. Elle zoome sur la partie droite de son visage, puis progressivement sur l'œil et la pupille de son œil. Au point que l'image devient entièrement noire.

5 Montage de différents plans muets très courts

Un couple nu fait l'amour dans une chambre. Un camp de concentration exhibe des juifs rachitiques. Un os envoyé au loin. Un avion s'effondre sur une des Twin Towers.
Un ordinateur allumé et une fenêtre dont les volets sont fermés. Un nouveau-né sortant du ventre de sa mère. Des spectateurs de théâtres qui applaudissent.
Un homme chic des années trente qui désapprouve. Un euro sur une table.
Un carton noir : "Trois mois plus tard". Un homme mort. Une bouche disant lentement : "Si l'on mangeait mieux, on vivrait mieux". Le désert.
Des spectateurs de théâtre qui applaudissent. Un gros plan sur une petite boule en verre contenant le décor d'un chalet enneigé.

 

6 INT JOUR - Salle de Cinéma

Les quelques sièges rouges de la salle de cinéma accueillent désormais de petites caméras fixées sur des trépieds, pointant toutes en direction de l'objectif qui les filme.

Noir.

                                                                     FIN

Dimanche 24 avril 2005

Pitch : Arrivé dans la villa familiale, un jeune homme redécouvre comme chaque année un débarras rempli de souvenirs du passé. Cette histoire est inspirée de faits réels.

 

1 EXT JOUR - Rue d'un village des Alpes de Hautes Provence

Tout est calme dans la rue de ce village bas-alpin. Une citroën BX immatriculée 75, chargée de bagages, pénètre dans la ruelle puis s'arrête devant le portail jaune d'une grande villa rectangulaire de trois étages. La façade blanc-cassée de la maison se dresse frontalement au bord de la rue, entourée d'autres villas et petits immeubles de tailles diverses.

Un jeune homme de 19 ans sort par la porte arrière du véhicule. Il est vêtu d'un T-shirt, d'un jean et d'une paire de baskets. Il porte un bracelet de tissu arc-en-ciel au poignet droit. Le garçon s'étire puis enlève les écouteurs de ses oreilles. Il regarde un instant le soleil qui tape fortement. Au même moment, un enfant de 7-8 ans sort brusquement de la voiture, ouvre le portail et cavale dans le jardin de la maison.

L'enfant (courant, un trousseau de clés à la main)
Enfin !!!

Le jeune homme regarde filer le garçon. Puis les deux portes avant du véhicule s'ouvrent lentement. La tête d'un homme d'une cinquantaine d'années apparaît.

L'homme (s'adressant au jeune homme)
Quelle chaleur hein …! Bon mon grand, on va ouvrir la maison … Dans une petite demi-heure, on videra la voiture, soit là…

Le jeune homme (impassible)
Ca marche…

Le jeune homme s'éloigne nonchalamment de la voiture et entrouvre le portail. L'entrée du jardin de la villa, couverte de gravier, est entourée de deux grandes façades : celle de la villa et celle, encore plus haute, de l'immeuble voisin. Au loin, au fond d'un triste jardin alpin, on aperçoit une petite bâtisse ancienne dont la façade est abîmée. Derrière cette bâtisse se trouve une route rehaussée où de gigantesques camions de marchandises passent à intervalles réguliers. Derrière cette départementale, les montagnes se dressent au loin.

2 EXT JOUR - Jardin de la villa

Le jeune homme pénètre dans le jardin de la maison. Celui-ci est constitué de deux prés verts au milieu desquels passe un chemin, les deux prés sont entourés de vieux arbres fruitiers qui ont bien du mal à passer les rigoureux hivers alpins.

Le garçon traverse l'un des prés pour rejoindre progressivement l'entrée de la petite bâtisse située au pied de la grande route. En chemin, il s'arrête devant l'un des sapins situé au coin d'un pré, il relève un instant la tête puis continue sa route.

Il arrive à gauche de la bâtisse, là où se situe l'entrée qui s'avère être une fragile porte en bois dévastée et craquelée par les années. Une grosse clé rouillée est sur la porte.

La voix chaleureuse et accentuée d'une femme âgée originaire du pays
Bonjour ! Comment va ?

Le jeune homme se retourne un peu surpris. De l'autre côté du grillage du jardin se trouve une dame très âgée, souriante, baissée sur son potager.

Le jeune homme (souriant)
Bonjour Madame Signoret ! Ca va et vous ?

Il se rapproche du grillage.

La voisine (chaleureuse)
Ca va, ça va, ça irait mieux sans cette maudite route… enfin !

Un camion passe bruyamment.

Le jeune homme (résigné)
Elle ne nous a pas pris notre cabane, c'est déjà ça !

La voisine (d'un sourire complice)
La volière ? Tes grands-parents appelaient ça la volière à cause des oiseaux qui nichent sous le toit ! Ah gamins, qu'est ce que vous avez fait comme nouba dans cette volière, vous, vos parents, et  même vos grands-parents !

Le garçon sourit, un peu gêné. Un camion passe bruyamment.

La voisine
Au début du siècle, avant même la construction de la villa, elle appartenait à un artiste peintre qui vivait toute l'année avec un poêle ! Uniquement un poêle, tu te rends compte l'hiver ! Et puis… Les parents de tes grands-parents ont fait construire, il avait déjà pris le large alors… Ils l'ont récupérée !

Écoutant affectueusement, le garçon semble connaître l'histoire.

Le jeune homme
Je vais faire l'état des lieux, je vais peut-être retrouver une toile !

 

La voisine (accentuant le fait de ne pas vouloir gêner le garçon)
Alors, comme chaque année, je te laisse…

Le jeune homme se retourne vers la vieille porte en bois. La peinture y est craquelée, un simple coup de pied semblerait pouvoir sérieusement l'endommager. Son poignet s'approche de la clé insérée dans la serrure, l'agrippe, et commence à la tourner. Après un petit blocage et un effort, le jeune homme arrive à faire un tour complet de clé, puis un second. La porte s'ouvre en raclant le sol. Cinq ou six hirondelles s'envolent par l'ouverture du toit de la bâtisse. Un camion passe bruyamment.

3 INT JOUR - Volière du jardin de la villa

Le jeune homme fait un pas dans la poussiéreuse volière. Il s'arrête un instant et prend une respiration. Derrière lui, à l'extérieur de la bâtisse dans le jardin d'à côté, la vieille voisine semble avoir disparu.

La volière est pleine de vieilleries qui font penser qu'on est dans un débarras : une table en bois abîmée, une poussiéreuse tondeuse à fil, une table de jardin en métal blanc, un banc en bois vert kaki dont l'un des pieds est cassé. Le garçon semblant jouir de l'instant fait quelque pas dans le petit espace. Il tire le tiroir de la table en bois et sort un plateau du jeu de l'oie qui semble très ancien. Il le regarde, puis s'en désintéresse, davantage attiré par le vieux piano à moitié protégé par une couverture. Il ôte la couverture faisant jaillir de la poussière puis ouvre le battant qui protège les touches. Concentré sur ses doigts, il se met à jouer de façon hésitante les premières notes de la "Lettre à Élise". A travers l'une des deux fenêtres crasseuses qui donnent sur le jardin, on aperçoit au loin plusieurs personnes habillées comme au début du siècle et qui semblent discuter autour de la table de jardin. Le doigt du jeune homme hésite plus longuement, puis une fausse note… Le garçon se lève. Le coin de jardin semble à nouveau vide.

Il s'approche ensuite du vieux poêle au fond de la pièce. Il soulève le dessus, apparaissent alors au milieu d'une épaisse couche de cendre quelques bouts de pétards, morceaux de papier de couleurs, pommes de pain calcinées et autres feuilles mortes. Le garçon sort de sa poche une carte postale froissée sur lequel on découvre un tableau représentant un paysage de montagnes. Il sort un briquet et la brûle entre ses doigts. La flamme s'accroît doucement mais sûrement. Au dos de la carte est inscrit en lettres manuscrites "J'espère qu'on restera amis, Céline".

Le jeune homme (soufflant puis lâchant le petit bout de carton)
Oooups… merde…

La carte finit de se calciner par terre, sous la chaussure du garçon. Ce dernier regarde à gauche puis à droite.

Il ouvre alors grand les deux fenêtres de la bâtisse donnant sur le jardin et la villa. A ce moment, il aperçoit son père au premier étage de la villa qui ouvre l'un des volets du premier étage.

L'homme  (faisant un signe du bras, l'appelant)
Alors mon fils, la volière a bien passé l'hiver ?

Le jeune homme (faisant porté sa voix)
Bien sûr… tu la connais !

Désormais, le soleil éclaire mieux le débarras. Le garçon se retourne vers les murs. D' étranges et immenses personnages en train de danser ont été dessinés au feutre bleu sur deux des murs recouvert de plâtre. Au bas de l'un des personnages est écrit en lettres psychédéliques : "WoodStock 1969". Le garçon sourit.

Sur l'un des murs faisant la largeur de la volière se trouve une suite désordonnée mais colorée de signatures et de prénoms en tout genre "Olivier", "Marie", "Fred", "Arnaud", "Nico" écrits aux gros feutres de couleurs… Après s'y être attardé quelques instants, le garçon semble attiré par le placard en bois sculpté fixé au coin de l'un des murs.

Dégageant alors quelques encombrantes vieilleries, il se dirige vers celui-ci et l'ouvre grâce à une clé. Plusieurs albums de famille y sont soigneusement installés sur une étagère. Sur la rangée du dessous, un tas de lettres manuscrites usées par le temps sont entassées. Quelques photos du début du siècle traînent également : un nourrisson dans un landau, trois dames au regard sûr et à la tenue noire très stricte dans une cuisine, un militaire fier de poser en tenue… Le jeune homme prend les premières lettres qui se présentent à lui. L'épais papier jauni contraste avec l'encre noir de l'écriture très soignée de l'époque. Le jeune homme parcourt les lettres, au milieu des longs paragraphes, quelques phrases apparaissent, ici : "Mon cœur, tout va bien à la villa…", "Rien ne vaut de voir nos enfants jouer…", là : "Nos cousines sont enfin arrivées", "…sommes si heureux : Helena a eu un petit Léon…"…

Il repose ensuite les quelques lettres à même l'étagère, en ayant pris soin de les empiler à peu près correctement. Sa tête se tourne enfin vers le versant intérieur de l'armoire. En un geste, sa main semble pousser une petite applique en bois à peine visible. A l'intérieur se trouve une photo jaunie où on le découvre lui, à quatre ou cinq ans, tout sourire et en culotte courte, accroupi à côté d'un camarade de jeu du même âge qui affiche également la joie sur son visage. Au feutre, deux prénoms inscrits dans une écriture enfantine très maladroite : "Johan + Eric : pour la vie".

Soudain, un ballon de football jaillit dans la pièce, heurtant de plein fouet le battant de l'armoire. Le garçon a juste le temps de replacer la photo dans sa cachette.


Le jeune homme (hurlant un peu énervé, se tournant vers la fenêtre)
  Oh ! Ca va pas ?!

L'enfant (inquiet de sa bêtise)
Pardon !

Le jeune homme
Papa et maman t'ont dit de pas jouer au foot face à la cabane !

L'enfant
Ouais mais y a plus rien pour faire les cages !!

Le jeune homme sort de la petite bâtisse. Par l'une des fenêtres de la cabane, on le voit se diriger dans le pré vers le petit garçon.

4 EXT JOUR - Jardin de la villa

Affichant un air méchant cachant mal une grande complicité, le jeune homme porte à bout de bras le trouble-faite.

Le jeune homme
Dis donc, P'tit gamin, t'as envie de retourner à Paris !?

L'enfant (souriant et se débattant)
Naaaan !

Le jeune homme
Je vais t'arracher les yeux moi  puisque tu vises si mal, ils te servent à rien du tout !


L'enfant (rigolant toujours et se débattant)
Naaaan ! Je te visai justement !


Le jeune homme (amusé, retenant l'enfant)
Non mais t'as pas honte !

Le jeune homme embrasse le garçon dans le cou tout en essayant de le chatouiller.

L'enfant (éclatant de rire)
Pouah, au viooool !!!

L'enfant arrive à se libérer mais pas pour longtemps, des éclats de rire se font entendre dans un début de lutte fraternelle au milieu du pré.

Des bruits de pas sur le gravier attirent soudain l'attention des deux garçons. Quatre jeunes gens, suivis de deux autres, arrivent dans le jardin.

Un des jeunes garçons
T'arrêtes de martyriser ton frangin !!

Le jeune homme (lui souriant)
Tiens v'là les cousins… Mais c'est pas de ma faute si les parents ont accouché d'un démon !!

Le jeune homme (se tournant vers le petit garçon)
Va prévenir les parents que les cousins sont arrivés.

En un instant, l'enfant court vers le perron de la villa et pénètre dans la maison.

Le jeune homme se relève et s'approche de ses cousins pour les saluer. L'un d'eux ressemble étrangement au petit camarade sur la photo. Le jeune homme lui serre la main, tous deux portent un bracelet couleur arc-en-ciel. Dans le fond du jardin, on aperçoit la volière, ses deux fenêtres sont grandes ouvertes.

Dimanche 24 avril 2005

Vous voici sur la page de mes poèmes, bonne lecture !

 

 

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La Belle Dimension

 

Regard vers le nombril : cet œil près du Big Bang

Qui, cousu comme un fil, tantôt cligne tantôt tangue.

Nous supplions notre âme d'éjecter cette foi

Qui inonde nos larmes sans deviner pourquoi.

 

L'âpreté de sentir, au bord de l'infini,

Ce vertige de courir vers la Cartésiannie

Nous fixe, comme un roc, au seul recours du vide.

Regard sur l'oubli creux qui fabrique nos rides.

 

Le prisme arc-en-ciel-gris agite nos fantasmes,

Nous grisant  chaque instant de sanglants pléonasmes,

De répétitions vaines  évitant ce bonheur

De n'être que sur Terre pour vouloir être ailleurs.

 

Effilé et fragile, nous avançons sans fin

Vers cette main visible qui se profile enfin

Lorsque notre être est las de tournoyer sauvage,

Lorsque la douceur seule atteint notre visage. 

 

 

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Le Miroir

 

Aux yeux noirs, la réponse du miroir nous est claire :

Le mystère du visage forme le caractère

Enveloppant en soie l'éphémère chaleur

D'un environnement d'eau qui s'échappe en douceur.