
Bonjour et bienvenue sur ce blog,

En le parcourant, j'espère que vous en apprendrez plus sur mon univers, je ferais de mon mieux pour le tenir à jour régulièrement.

J'y ajouterai de temps en temps une photo, un texte ou une note. L'objectif est de créer un petit espace sur le web qui vous permette d'en savoir un peu plus sur moi.
Ce blog est donc ouvert à tous, surtout à vous !
Bonne lecture...


13H30 Pi-èm - Noir. Je l'ai jamais vu aussi noir ce café que je bois depuis deux heures dans ma cuisine. Parfois je regarde aussi les rideaux jaunies de ma fenêtre. Ils sont jaunes à cause des cigarettes que je fume toute la nuit. Pas la journée car la journée, je dors surtout. Enfin, quand les keufs sont pas en train de braquer le commerçant d'en face, toutes sirènes hurlantes.
Il faut que j'arrête Internet. Plus sortir. Oui plus sortir ou en tout cas faire moins d'Internet. En même temps, sortir, c'est pas une fin en soi. L'autre jour, j'ai acheté une baguette dans la rue. J'ai pleuré d'un bout à l'autre du chemin. A un moment, mon visage s'est reflétée dans la flaque d'urine d'un chien. Mon visage puait. Mais j'ai eu ma baguette. Malgré sa tête de post-soixante-huitard sur le retour, mon boulanger les fait bien. Etaler de la confiture sur la mie de son pain est sans doute la plus belle chose au monde après la cigarette.
Ensuite, j'ai mangé. Puis j'ai reçu un coup de fil pour une demande d'interview. Refus catégorique. Je hais leur ligne éditoriale depuis que ça a été racheté. Plutôt crevé.
L'après-midi, plus rien n'avait d'importance sauf les murs qui se fichaient de moi. J'ai donc du taper dessus comme je le fais d'habitude. Avec ma tête. Et en écoutant un CD des "Devil's on the Rock", le live de 1969 à Manhattan. C'est sur, le rock a été inventé par des extra-terrestres, c'est pas possible autrement. Ca a duré quatres heures. J'en ai aussi profité pour relire tout Houellebecq car ca allait de paire. Ce mec, si ca ne tenait qu'à moi, je le violerais. Son dégoût des autres et son ignoble génie m'attirent comme rien ne m'avait jamais attiré avant. Pas comme ces mecs qui se pavannent dans les soirées show-bizz auquel je dois assister pour faire ma promo. Je ne m'y ennuie pas, je plane juste à 10 000 tellement je méprise les gens qui s'y montrent. C'est aussi pour ça que je me méprise.
Hier soir c'était Soirée Green's Day organisé par Nokia. Première partie : interview avec un jeune journaleux du Monde. J'aurais parlé à une poule que cela aurait eu plus d'effet. Il en avait le regard, c'est déjà pas mal. A un moment, il m'a dit qu'il y avait une trahison dans chacun de mes bouquins. Et je me suis suis dit "c'est vrai". Il y a eu un silence. Je l'ai alors embrassé sur la bouche. Avec la langue. Puis je suis parti en courant voir d'autres gens intéressants. Destin Diamond, Felix Hempart, Georges Coualcin. Bref, tout le gratin parisien. Depuis le temps que je voulais rencontrer Félix. Son bouquin "Un crayon sur une mine" m'avait flingué sur place. Lui il est intéressant mais moins que dans ses bouquins. Son visage m'a décu. On a bu cinq bouteilles à nous deux. Jusqu'à 4 heures 30 du matin. Je suis rentré pile pour la deuxième rediffusion de la Star Ac'.
Comme d'habitude, Wendy est passé à 5h15, ça m'a fait plaisir. On a pu regarder l'émission ensemble. C'était tellement prenant que ça m'a permis de déssaouler. Maintenant Sloan se tape Diane. Par contre il a décu le prof de chant qui a dit qu'il chantait comme un train en panne. Du grand art télévisuel pour pas dire de la merde. Ensuite Wendy est parti et j'ai essayé de m'endormir. J'ai repensé à la soirée, à ces journalistes qui utilisent leur appareil photos comme des flingues au lieu d'utiliser leurs questions comme des balles. J'ai mis la radio, ça m'a calmé.
Il faut que j'arrête Internet, ma bécane va finir par prendre feu et mes touchent vont me sauter à la gueule de haine. Mais je dois faire ce blog chaque jour, sinon le pacte ne sera pas rempli . Cassy, tu avais tort concernant le disque, il était bien à sa place.
--------------------------------------------------------------------------------------
Note :
Le blog de Virginie Despentes est ici. Il possède une personnalité à part, celle de son auteur. Le suivre quotidiennement n'est pas un plaisir, c'est une hypnose. Se perdre dans ses lignes aux accents désintéressés s'avère juste expérimentale. Dans notre blog-world à la naïveté dégoulinante, c'est plutôt bien.
Un jour, vous vous rendez compte que vous êtes là, en culotte courte, sentant le vent dans vos cheveux et le goudron irrégulier sous vos pieds. Des personnes beaucoup plus grandes que vous vous entourent et vous les aimez comme le centre du monde.
Vous réfléchissez. Il y a ce rythme sur lequel vous vous câlez et auquel vous ne ne pouvez vous opposer. Il y a ces questions qui reviennent, ces mystères qui restent des mystères et ces découvertes qui vous mènent à l'instant suivant : un peu de terre sur les genoux et les jambes s'allongent. Les frères hurlent, les vêtements, eux, sont trop petits.
La tête est suffisamment vide pour ne pas avoir de souci. Mais le corps est suffisamment fragile pour être écorchés. Comme l'esprit. Vous découvrez la honte scolaire. En grandissant, la souffrance devient votre incontournable compagnon de vie et vous forge, vous dégoûte et vous remplit. Le bonheur, lui, écoule ses instants sans que vous vous en aperceviez.
Un peu plus grand, les désirs naissent. Et votre première peau, si tendre, disparaît à jamais au fond du placard à peluches. Le regard se fait noir, vous avez vécu suffisamment longtemps pour savoir qu'il est de votre devoir que vous sachiez. Vos amis deviennent votre famille, votre famille devient une entité négligeable. Le sexe arrive, les corps et les pensées s'enlassent avec volupté. Chaque mot est une arme et la guerre est déclarée à tout ennemi qui s'interpose. Le désir, lui, transpire par tous vos pores.L'être aimé éxiste et vous le trouverez.
Puis la tempête s'apaise. Votre cadre est fixé et votre messe est dite. Le bonheur se trouve dans la voiture qu'il faut chaque semaine laver, l'appartement dont il faut payer le loyer et les meubles qu'il faut collectionner. Le dimanche vous permet de mettre vos pantoufles après une semaine à penser aux bases de données du réseau du bureau.
Un jour, vos enfants arrivent à vos pieds. Il regardent le bitume mais sont des explorateurs. Chair de votre chair qui vous poussent à penser aux bases de données du réseau et qui, un jour, se mettent à vous haïr comme vous même avez haï.
Vos rides creusent votre foi. Le vin rouge prend de la vigueur avec le temps. Vous fructifiez enfin vos découvertes passées. Vous vous amusez de voir que la mouche qui vous survole en été a les mêmes ailes qu'"au début", et vous chérissez cette période où tout n'était que haine et révolte.
Les soirées s'allongent et les hivers se font de plus en plus froids. La présence des êtres aimés vous rassurent : vous oubliez que votre présence sur Terre n'est finalement rien qu'un peu de vent qui passe dans les cheveux d'un enfant.
Votre verre de vin se fait de plus en plus lourd, vous qui avez tant de fois porter sans peine. Votre moitié vous regarde partir, le visage rempli de tendresse un peu triste. Et voila ce plafond blanc qui ne vous a pas quitté...
Depuis que je suis parisien, c'est à dire depuis toujours, je me demande ce que je fais dans cette ville. Non pas que je ne l'apprécie pas, bien au contraire, mais tout de même nous entretenons moi et elle des rapports pour le moins ambiguës.
Je ne l'apprendrai à personne : vivre à Paris engendre du stress. Les transports en commun sont aussi utiles que fatigants, les gens que l'on croise dans la rue sont au mieux placides et au pire te lancent les crocs à la première occasion (mention spéciale à l'ensemble des automobilistes dont le QI égale en générale celui du petit chien qui bouge la tête à l'arrière de leurs voitures).
Pour résumer : Paris, c'est un rythme de vie à la "marche ou crêve" et résumer ce dernier par Métro-Boulot-Dodo n'est pas si éloigné de la vérité que ça malheureusement. Ainsi quand on rentre le soir, si on est heureux de retrouver son petit appartement douillet, on se dit aussi tout bas que l'on ne serait pas si mal à la campagne, à la montagne ou à la mer, là où les fenêtres donnent sur un peu plus loin que la salle de bain du jeune voisin d'en face.
Mais heureusement, et c'est là toute l'ambiguïté de cette ville aux habitants légèrement déphasés, Paris peut aussi se prendre au creux de la main et être sérré de toute ses forces ! Même pour le parisien le plus aguérri, l'emerveillement lors d'une ballade se fait et se fera par exemple toujours sentir. Des ruelles aux milles saveurs gustatives d'Odéon aux grands axes de la cinéphilie (Grands Boulevards, St Michel, Champs Elysées), des rues ancestrales du Marais aux nouveaux quartiers de verre émergents dans le 13ème arrondissement, du Trocadero à la place de l'Opéra, de la Nation ou de la Bastille : tout nous rappelle que nous sommes plus que jamais ici dans la vie. Tout est là, il n'y a qu'à "cueillir".
Comment ai-je personnellement évolué dans cette ville ? Du fin fond de mon quartier douillet du 16ème arrondissement, j'ai en tout cas eu du mal à apprivoiser cette ville. Issu d'une famille 100% alpine, c'est davantage un sentiment de méfiance, voire de crainte, qui m'envahit d'abord à l'évocation de la "colonisation" de cette ville.
Petit, on ne sort pas de l'appartement. Sauf pour les cours de judo. Donc jusqu'à 13-14 ans, pas question de prendre le métro sous peine de se noyer définitivement dans ses innombrables boyaux. Le terrain de jeu reste le quartier proche, en ce qui me concerne principalement le Trocadéro et les quelques rues me séparant de mon collège puis de mon lycée.
A l'adolescence, l'heure a sonné de se retrousser les manches : le métro doit devenir ton ami sous peine de rester cloitrer chez toi devant lé télévision et d'enlever toute vie sociale. C'est une question de vie ou de mort d'aller de temps en temps voir un film dans un des cinémas Gaumont ou UGC que proposent l'avenue des Champs Elysées. Et tant pis si c'est cher, les actes de révolte à l'adolescence n'ont pas de prix !
Encore vierges de toute saleté métropolitaine, on se fait alors progressivement à la grisaille des visages des voyageurs, aux sons désaccordés en boucle des accordéonistes roumains, et surtout, aux panneaux, finalement pas si compliqués, que nous propose la RATP pour ne pas se perdre définitivement dans les couloirs.
A ce stade, le rempart devient alors le RER. Pas question de lire les écrans bizarres qui se situent sur les quais de RER, trop compliqués pour moi. Je raisonne à l'unité de Direction. Et puis de toute façon, je me contente de Paris Intramuros. Je suis libre comme un papillon, je découvre très progressivement tous les quartiers, certains (Montparnasse, 19ème) étant nettement plus laids que d'autres.
Les années étudiants passent, les cinémas (gaumont Ambassade, Marignan, UGC Georges V, Mk2 Odéon ou Bibliothèques, Cinéma du Panthéon), n'ont plus de secret pour moi, je déniche peu à peu mes restaurants et bars préférés (les frog's et autres firkins, le Chicago Pizza Pie, les restaux chinois du 13ème, les grecs de la rue Saint Michel, la petite vertu). Quelques boites de nuit ponctuent certains évènements (l'Aquarium, le Dupleix, le Tango) mais, décidemment, je ne suis pas très boite...
Au fur et à mesure, à force de prendre le métro, de fêter des évènements, de rencontrer les amis, la ville dévoile ainsi lentement l'immense diveristé de ses quartiers. Et l'on se sent peu à peu moins perdus, les repères naissent et l'on finit enfin par se sentir chez soi à l'interieur de ces immenses mûrs.
Puis vient le temps des premières expériences de boulot. Le choc. Déjà car il faut travailler : y a plus le choix. Et surtout parceque la plupart des entreprises se trouvent à l'extérieur de Paris. Le RER devient ton ami. Plus rapide et confortable que le métro, il t'emmène plus loin, vers cet étrange endroit que l'on appelle la banlieue. Mais cette banlieue n'est plus vraiment Paris... Mon premier long trajet ? La ligne B ! Gare du Nord, Saint Denis, Le Bourget, Drancy, Aubervilliers, La Courneuve, Villepinte... Arrivé Parc des Expositions après des kilomètres de HLMs et quelques bidonvilles que l'on nomme avec pédance les "caravanes des gens du voyage". Le nord de Paris est un ratage complet, c'est définitif. Ces paysages me convainc, dans le train, à baisser le regard sur des livres qui, eux, arrivent à m'évader.
Mon histoire avec Paris n'est pas finie, mais ma présentation, elle, l'est. Je terminerai en disant que je n'ai toujours rien compris à la façon de se repérer dans les stations centrales du RER de la ligne C, que je prends également régulièrement. Comme quoi, on n'a jamais fini de découvrir et de se trouver des repères à Paris !
Javais limpression de lavoir vécu 1000 fois ce samedi soir. Moi assis sur lun des deux lits jumeaux à lire un article sans grand intérêt de « Têtu », mon meilleur pote sur son lit à jouer à la Game Boy comme si le monde autour de lui avait disparu. Dehors, le cliquetis de la pluie avait le mérite de bercer notre soirée.
- Jai réfléchi hier soir, fis-je lair de rien
Pas de réponse. Je levai les yeux de mon journal et le regardais.
- Je disais : jai réfléchi hier soir ! Répétais-je un ton au-dessus.
- Ah
cool
Silence.
Il avait lair con devant ce minuscule écran Son t-shirt était trop court, on voyait son nombril et son caleçon. Vision typique qui éveille les sens de lhomo de base se retrouvant face à lhétéro innocemment exhibitionniste. Il leva les yeux une seconde.
- Arrête de me mâter, pédophile !
- Tu as cinq mois de plus que moi ! Lui rétorquais-je surpris de m'être fait découvrir.
Il nécoutait déjà plus.
-
Et donc, ben je me disais que jen avais marre dêtre seul !
-
Ouais
moi aussi
Mais bon moi je cherche des filles, désolé, ça va pas être possible.
- Nan mais sérieux
On a 18 ans et on est là comme des vieux célibataires à la retraite un samedi soir
-
Bof, moi ça me plait bien
- Ouais, dodelinais-je de la tête. Bof
On se complait trop dans notre petit univers fermé
Il faudrait que je drague plus les mecs !
- Ouais, moi aussi
- Je suis peut-être moche
- Vu le nombre de coups que tu mas cassé en soirées, je pense pas.
- Y a des fois, je me dis que je passe trop de temps à me faire des films qui ne servent à rien, à matter des sites porno sur Internet, à épuiser mon sperme inutilement
Ca a un côté morbide, non
?
- Quest ce que tu racontes ? Répondit-il étonné de mentendre parler comme ça.
- Quoi ?
- Ben, cest dégueu ce que tu dis !
- Non mais cest vrai
Silence. Il me regarda les yeux dubitatifs comme si jétais devenu sa Game Boy.
- Genre tas toujours été sage devant Internet
- Ben non
me dit-il en souriant.
- Et alors ?
- Et alors
? Cest relaxant, voir ces nanas à poils se faire
- Stop !
-
doigter, souria-t-il dun air crétin.
- Stop !
-
lécher, défoncer !
- Arrêtes ! Jai les mêmes en mecs !
- Ben tu vois, et taimes pas ?
- Mmmm
lui répondis-je en faisant mine de réfléchir. Jai passé des soirées entières à rêver de Jake Gyllenhaal, à le prendre dans toutes les positions, à le baiser dans tous les lieux insolites sur Terre, à lui faire subir les trucs les plus bestiales que tu peux imaginer. Bref, je me suis épuisé à fantasmer
- Et ?
- Et lautre jour, il mest arrivé un truc incroyable
- Il est apparu !
- Non, au contraire, il mest sorti de lesprit ! Lui et tous les fantasmes qui laccompagnaient
En fait, jarrivais pas à dormir. Je réfléchissais à tout ça, au fait quon est trop souvent dans des fantasmes hard-core et que ça finissait par nous couper du monde
Et à un moment, il y a eu une image qui est apparue dans ma tête et qui ma fait comprendre quil fallait que jaille voir ailleurs si le prince charmant y était.
- Quelle image ?
- Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer tendrement mon futur copain.
- Qui ? Jack Gulandal ?
- Non !! Mon futur copain
Que je connais pas encore ! Cétait un inconnu
Mais quelquun que jallais aimer et qui menlacer
Jai senti la peau de son torse contre le mien ... Une seconde ! Et cétait fini !
- Ah
- Cétait exactement la sensation charnelle que tu ressens au moment tu enlaces la personne que tu aimes
Tu vois ce que je veux dire ?
- Ca colle aux doigts
- Quoi ?!?
- Ca colle aux doigts ton romantisme ! Cest du sucre
- Oh va te faire voir
fis-je contrarié de constater quil nen avait rien à faire.
Je me replongeai dans larticle nul de « Têtu », coupant nette la conversation.
- Tes marrant quand tu tu ténerves rétorqua-t-il amusé Tu perds 10 ans dun coup !
Je le regardai à nouveau du coin de lil.
- Enlève ton t-shirt ! Lui demandais-je dun ton déterminé.
- Quoi ?
- Enlève ton t-shirt !
- Pourquoi ?
- Je vais texpliquer ce que jai ressenti pendant cet instant
- Nimporte quoi, tas fumé ce soir, cest pas possible
Sans attendre, je commençais à enlever le mien.
- Tu fais quoi ? Me grommela-t-il.
- Je fais pareil
Met toi debout face à moi !
Il se mit debout mais, bien sûr, sans rien enlever. Pas par pudeur, on se connaissait depuis suffisamment longtemps pour quil sen fiche, mais par flemme.
- Allez !! Fis-je en lui ôtant moi-même le vêtement.
Il était franchement mignon quand il prenait son air renfrogné. Son torse fin était parfois tacheté de rousseurs, et légèrement mate. Il savait que jaimais le mater. Il avait à la fois ce côté ange blond (surnom que je lui donnais) et cette puissance juvénile si caractéristique des garçons de 20 ans.
Jéteignais ensuite la lumière principale de la pièce pour créer une ambiance plus intime. Il me regardait le sourcil droit levé, comme pour montrer son incrédulité face à cette situation.
- Mets tes mains le long du corps et ferme les yeux.
- Les enfants, tout va bien ? Questionna une voie agressive de femme à lextérieure de la pièce.
- Cest ma mère, fit-il en restant faussement stoïque.
- Je sais. Dis lui « oui ».
- Oui !
Elle était déjà partie.
- Vas-y mets tes mains le long du corps et ferme les yeux, luis dis-je en accompagnant son mouvement de mes mains.
- Et
- Chht, tais-toi et oublie moi totalement, cest très important, essaye simplement de ressentir ma présence physique
murmurais-je.
Le silence dura trente secondes. Autant dire une éternité pour deux garçons de 18 ans dans une même pièce. On nentendait que la pluie qui sécoulait doucement dans les gouttières de la cours. Trente secondes pendant lesquels il se remémora ce que je lui avais dis : « Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer lêtre aimé ».
Je me suis rapproché de lui. Nos deux torses se sont touchés. Jai simplement mis mes bras autour de son cou. Il ma suivi en mettant les siens autour de mon ventre. Jai posé ma tête. Jimaginais à cet instant que nous pouvions être ensemble et nous aimé physiquement. Il a posé sa tête sur mon épaule. Jai senti sa main parcourir le dos inconnu quil découvrait. Ce nétait pas moi quil enlassait, mais un corps de garçon qui lapprivoisait. Il savait à cet instant ce que javais ressenti. Il me repoussa alors violemment.
- M
Merde, fit-il les yeux remplis de peur.
- Quoi ? Fis-je également un peu apeuré
- Comment tas fait ça ?
- Fais quoi ?
- Je crois que jai ressenti un truc
pour toi
- Je tai juste
montré
- Mais je suis pas homo
Enfin, je crois pas !
Merde
- Cest pas la question, tu as juste ressenti un truc que jai provoqué
- Tu me pousses à être homo ou quoi ?? Maccusa-t-il avec colère.
- Désolé jaurai pas dû
Je pensais pas
- Putain
grommela-t-il en se grattant la tête comme perdu
- Mais
Tas pas aimé
?
- Ben
Si
Mais je veux pas être homo.
- Cest pas un label de toute façon ! Memportais-je. Oublie ce genre de truc, oublie les références sociales, cest pas le sujet
Tu maurais fait la même chose avec une nana, je pense que jaurai réagi pareil
Il mécoutait à moitié. Il était comme perdu dans ses pensées, dépassé par ce quil venait de ressentir. Au contraire, je savais bien ce quil ressentait mais javoue que je navais pas voulu le pousser jusque là.
- Cétait agréable mais super angoissant en fait, on est tous bi.
Il y eut un silence. Cette dernière phrase quil venait de dire, et que beaucoup de gens disent assez naturellement, je naurai jamais pensé quil la pronancerait un jour. Trop « mono-bloc ». Cétait à mon tour de le regarder avec un il étonné. Il renchérit :
- Et moi, comment tu me trouves ?
- Su-per-ban-dant, lui répondis-je en trouvant la solution à cette situation que je ne contrôlais plus vraiment.
- Pouah, éclata-t-il de rire en me repoussant une fois de plus mais plus amicalement. Tu me dégoûtes !
Je me contentais de lui sourire, en ayant la certitude de lui avoir montré un petit bout de lamour, celui quon dit universel. Il allait sans doute rapidement oublier et retrouver sa rassurante Game Boy. Mais quimporte, je lui aurai montré.
1 EXT JOUR
Deux garçonnets torses-nus de 7-8 ans chahutent dans un pré situé au pied des montagnes alpines. Leurs chaussures foulent allégrement l'herbe verte et abondante qui tapisse le sol. Soudain l'un d'eux aperçoit quelque chose à terre. Il se précipite de tout son long sur l'herbe, bientôt rejoint par son camarade. Deux immenses visages angéliques, scrutant avec des yeux écarquillés le spectacle qui s'offre à eux, nous font face.
Le visage de gauche (émerveillé par le spectacle)
Oooooh ! T'as vu !?!
Le visage de droite
Ouah ! Qu'est-ce que c'est ?
Le visage de gauche
On dirait un trou
Les deux garçonnets se regardent en fronçant les sourcils puis scrutent à nouveau l'étrange spectacle.
Le visage de droite (inquiet)
Il est bizarre
Il est tout fin
Y a quoi dedans ?
Le visage de gauche (le garçonnet approche son doigt)
On dirait qu'il y a un petit
bouton rouge !!
Le visage de droite (inquiet, murmurant à peine)
Fais gaffe, on dirait même que c'est rempli de petits boutons rouges
Le doigt de l'enfant se rapproche
Si près de l'objectif que les visages
disparaissent. Au même moment, un bruit d'aspiration aussi court que violent se fait entendre et l'écran devient entièrement noir.
Silence . Bientôt rompu par le bruit de gouttes d'eau qui claquent sur un sol humide.
2 INT SOIR Entrepôt
Ouverture au noir.
Un énorme entrepôt rectangulaire désaffecté laisse à peine traverser quelques rayons de lumière au travers de ses vitres envahies de crasses. Des gouttes d'eau tombent un peu partout, créant ça et là de vastes flaques. Un bruit sourd d'aération rend l'atmosphère encore plus pesante.
Au milieu de ce gigantesque endroit se trouve un grand lit rectangulaire dont le dessus est rouge. A l'opposé, dans un coin de l'entrepôt, trois fillettes coiffées jouent à la corde à sauter dans un parfait silence. Elles portent de longues robes roses en dentelles.
Le lit possède une charpente en bois sculpté qui semble très solide. Un homme très âgé y est paisiblement couché sur le dos, ses bras sont le long de son corps. Il regarde fixement face à lui. Son visage est très ridé. Ses yeux sont noirs.
Le vieil homme (parlant lentement)
Finalement, cette vie aura été bien étrange. J'ai eu trois délicieux enfants, une femme merveilleuse, j'ai vécu des épreuves et des bonheurs, mais j'en suis resté à la même méconnaissance de ce qui m'a été donné
Même aujourd'hui, rien ne semble avoir changé
Mon bilan est-il positif
ou négatif
qu'importe
J'ai été vivant
Les yeux fatigués de l'homme se ferment. A cet instant, une comptine fredonnée par des fillettes brise le silence. D'abord récitée doucement, celle-ci est de plus en plus fortement déclamée. De la même façon, le bruit de l'aération que l'on entendait jusque là devient de plus en plus fort.
3 INT MATIN Chambre
Un adolescent torse-nu se réveille brusquement en se redressant sur son lit. Sa respiration rapide et appuyée semble indiquer qu'il a fait un cauchemar. Ses sourcils se froncent presque instantanément : l'adolescent contrarié baisse la tête vers son entrejambe.
L'adolescent
Et merde
Il prend un mouchoir en papier sur la table de nuit et s'essuie le bas ventre. Puis il jette le mouchoir dans une corbeille à la façon d'un basketteur. La chambre de l'adolescent est parfaitement désordonnée. En un instant, celui-ci sort de son lit, enfile un jean et un T-shirt et en sort.
4 INT MATIN Appartement
L'adolescent traverse un couloir et arrive dans un salon sombre meublé façon IKEA. Au milieu de la pièce se trouve un cercueil vide fixé sur un porteur mécanique à environ un mètre vingt du sol. Le long du cercueil se trouvent, tous habillés en noir, un homme de 45-50 ans, une femme du même âge et une fillette d'une dizaine d'années. Tous baissent les yeux vers le cercueil.
L'homme voyant arriver l'adolescent relève les yeux.
L'homme (d'un ton amical)
On y va, mon grand ?
L'adolescent (souriant, assez confiant)
Ok.
L'adolescent s'installe dans le cercueil. Il est désormais couché les bras le long du corps. Le plafond rose du living apparaît au-dessus de lui. Les mains des trois individus placent le couvercle sur le cercueil, faisant progressivement disparaître le plafond, et plongeant ainsi l'adolescent dans un noir absolu.
Noir.
Plusieurs respirations profondes se font entendre couvertes par quelques rapides coups de marteaux. Puis trois coups beaucoup plus sourds.
5 EXT SOIR Terrain vague
La tête rouillée d'une grosse pelle s'écrase fortement et à plusieurs reprises sur un long tas de terre d'une vingtaine de centimètres de haut. C'est un homme sale d'une soixantaine d'années, une vieille cigarette à la bouche, qui agite l'outil.
L'homme (prenant une bouffée de cigarette)
En v'là un qui nous embêtera p'us !
À côté de lui, une jeune femme au regard vide fixe la motte de terre.
La femme
Tu crois qu'il va mettre longtemps à mourir là-dessous ?
L'homme (regardant la femme avec un air de profond mépris)
Pfff
L'homme (scrutant alors le tas de terre avec un sourire sadique)
Cela va certainement être long et douloureux
La peur va d'abord lui faire perdre son raisonnement logique
Il va multiplier les gestes brusques inutiles
au point de sa blesser un peu partout
Puis, après avoir longuement paniqué, il va ressentir une sorte de découragement résigné
Il va ensuite perdre complètement pieds avec la réalité toujours à cause du manque d'air
Il oubliera peu à peu où il est
Et il succombera alors lentement dans un pénible désespoir
La femme (froide, mâchant grossièrement un chewing-gum)
Ben merde
C'est horrible
L'homme s'approche alors de la femme, l'enlace bestialement.
L'homme
J'ai envie de te sauter, mon petit trou !
La femme (éclatant de rire vulgairement)
Tu réfléchis vraiment avec ta queue !
L'homme (grognant)
Oui, oui, oui !
L'homme lève la courte jupe de la femme et lui baisse sa culotte. Ses formes ne sont pas jolies. Il sort alors son sexe. Dans l'excitation et la violence du geste, les deux amants se déséquilibrent tout en restant debout. La femme éclate de rire. Ils semblent ne pas se rendre compte qu'ils se trouvent désormais sur la motte de terre, puis commencent à faire l'amour bestialement. Leurs pieds nus sont largement enfoncés dans la terre. Des gémissements se font entendre. Puis un gémissement plus fort.
6 INT SOIR Chambre
Dans une chambre spacieuse et richement meublée se trouve un grand lit rouge dont le dossier est arrondi. Un couple entièrement nu d'une trentaine d'années y est allongé. Les courbes des deux corps sont parfaites. La femme enlace de son bras le ventre de son amant, l'homme est sur le côté, il regarde le visage endormi de la femme. Sa tête est couchée sur l'oreiller. Il est paisible mais semble pensif.
L'homme (murmurant)
Ma chérie ?
La femme (ouvrant doucement les yeux vers l'homme)
Oui
L'homme
Tu ne doutes jamais
de nous ?
La femme (confiante)
Si
Tu le sais
Silence.
L'homme passe délicatement sa main dans les cheveux de la femme. Il semble songeur. Une larme coule le long de son visage impassible.
La femme (regardant le visage de l'homme)
chut
Le visage de la femme se rapproche, sa bouche embrasse la joue de l'homme à l'endroit de la larme.
La femme (lui susurrant à l'oreille)
Je t'aime mon cur
L'homme (enlaçant la femme)
Moi aussi ma puce
Les deux amants s'endorment un peu plus proche l'un de l'autre. Dehors, la pluie tombe dans la nuit.
7 EXT JOUR Moyenne montagne
Il fait un grand soleil au cur des montagnes alpines. Un jeune homme d'une vingtaine d'années gravit non sans effort un sentier assez raide. Il est suivi par un couple d'une petite quarantaine d'années, qui est encore plus essoufflé. Les sacs à dos semblent lourds.
Le jeune homme (se tournant vers son ami)
Qu'est ce qui nous sépare à ton avis ?
L'homme du couple (surpris)
Je sais pas
Rien !
Le jeune homme
Rien ? Je suis seul comme un idiot, tu es en couple ! Ce n'est pas rien !
L'homme du couple
Ah, non mon vieux, ça ça nous sépare pas, ça nous différencie !
Le jeune homme
Ouais, toi tu es heureux, moi je suis seul comme un con
L'homme du couple
Je sais pas si tu es moins heureux que moi, mais en tout cas, ta solitude te rend effectivement très bête
Le jeune homme
Pourquoi tu dis ça ?
L'homme du couple (souriant)
Parce que tu crois que nous, en formant un couple, on a instantanément accès au bonheur, comme si c'était un passe droit
? Tu compares l'incomparable, mon vieux
Je trouve ça un peu
simpliste ! Ca se voit que tu n'as pas beaucoup d'expérience
Le jeune homme (sur un ton plaintif)
J'ai même jamais eu de relations sérieuses
L'homme du couple
Oui, je sais, on en a déjà parlé ! Et je t'ai répondu que consacrer une vie entière à un être valait bien qu'on investisse un peu de recherche ! Fais ton chemin
Cultive ton jardin comme dirait l'autre, et j'ajouterai, sois heureux de le cultiver !
Le jeune homme
Et si je me retrouve à la fin de ma vie seul et sans enfant ? Tu imagines la sensation juste avant de mourir ?
La femme du couple (lui souriant affectueusement)
Tu es mignon
Le jeune homme (attristé par la réflexion)
Ouais c'est ça "Je ne voudrais pas dire du mal mais il est gentil
"
Les trois jeunes gens arrivent au bout du sentier qui se trouve être le sommet d'une montagne. Ils découvrent avec émerveillement, mais non sans fatigue, les immenses chaînes de montagnes alpines qui se déroulent sous leurs yeux. Les deux garçons sont côte à côte, le couple se tient la main.
L'homme du couple (s'adressant au jeune homme)
Tu penses à quoi là ?
Le jeune homme (ébailli devant l'horizon de montagnes)
Je trouve ça fabuleux ! Juste
Fabuleux !
L'homme du couple
Tu comprends mieux ?
Le jeune homme (songeur, le regard perdu dans l'immense horizon)
Ouais.
L'homme du couple
Et ouais
!
Le jeune homme
C'est si simple
L'homme du couple (amusé)
La prochaine fois on fera un 4000, on verra si tu trouves ça simple
Le jeune homme (inquiet, regardant son ami)
Les trois individus défont leurs sacs et s'allongent sur le petit terre-plein pour prendre le soleil. L'immense horizon des montagnes se dessine face à eux.
FIN
1 NOIR
Onze coups de bâton théâtraux rapides se font entendre. Puis deux coups de bâton plus lents suivis d'un troisième qui semble percer un plancher.
Voix off (se rendant compte de la "gaffe")
Et merde
!
Silence puis ouverture au noir.
2 EXT Jour - Paris, rue chic
Souriante, une belle femme marche dans la rue d'un pas sûr, rythmé par la musique "Brazil". Chemisier gris plongeant type "Business Woman", bouche pulpeuse, longues jambes à peine dissimulées sous une jupe, regard perçant derrière des lunettes aux montures noires effilées. Tout en marchant, la femme regarde furtivement l'objectif puis continue son chemin. Elle entre dans un cinéma.
3 INT Jour - Cinéma
Toujours accompagnée de la musique de "Brazil", la femme traverse le hall du cinéma tout sourire.
4 INT Jour - Salle Cinéma
Elle entre dans une salle de cinéma peu éclairée. Les sièges sont rouges.
Elle s'assoit à une place du fond puis fixe face à elle l'objectif qui la filme. La musique de "Brazil" s'arrête en un bruit violent de disque rayé. Silence.
La femme sourit, puis le sourire devient progressivement forcé et mécanique. Elle regarde à droite, puis à gauche, puis vers l'objectif.
La femme (se réajustant ses lunettes)
Et maintenant ?
Son regard continue de fixer l'objectif qui la filme elle, ainsi que quelques sièges autour d'elle. La femme arrête de sourire et commence à froncer les sourcils.
La femme (exaspérée)
Tu ne m'as pas fait venir ici pour rien, j'espère ? C'était techniquement superbe cette arrivée où tu me fixais comme si j'étais une extra-terrestre mais là, mon grand
Il faut agir.
Silence. La femme baisse subrepticement les yeux puis regarde à nouveau l'objectif.
La femme (dépitée)
Tu me fais rire, c'est toujours pareil avec toi... Tu viens, tu te poses en attendant que quelque chose se passe, et puis tu n'assumes pas. Tu t'attends à quoi entre nous ? Je te préviens, si tu me réclames un début et un milieu, tu n'auras qu'une fin, ce n'est pas ce que tu recherches ?
Elle éclate de rire, un rire d'extraversion. Puis reprend son calme.
La femme
Ca fait combien de fois qu'on se croise, qu'on se donne ces rendez-vous anonymes comme si on avait honte
? Toi, toujours caché dans le noir, moi dans la lumière
Comme si nous étions chacun dans deux mondes différents
Pourtant nous sommes ensemble, comme deux êtres ne le seront sans doute jamais
Silence.
La femme
Mais au fond
Tu comprends ce qui se produit à cet instant précis ou nous sommes ensemble ? Je suis sûr que tu essayes
Mais autant vider la mer avec un sot d'eau
C'est notre schizophrénie qui nous perdra
Deux cerveaux en parfaite adéquation, ça n'existe pas, mettons-nous au moins ça dans la tête.
Alors parfois, en désespoir de cause, tu éteins ton esprit Au point que je me contente misérablement de t'offrir du vent, du vide, de la poudre aux yeux, qui t'hypnotise comme on hypnotise un serpent pour mieux l'attraper, le vider et vendre sa peau
Silence La femme se met à sourire légèrement mais affectueusement en fixant la caméra.
La femme
Tu es innocent, c'est bien la seule chose qui te sauvera
Tiens, pour une fois, viens à côté de moi
Et, s'il te plait, arrêtes de t'occuper de ta bobine
La femme se lève, s'approche de l'écran où se situe l'objectif, puis prend la caméra qui la filmait jusque-là. Des secousses apparaissent à l'image au rythme de ses manipulations. On distingue alors vaguement quelques sièges. Puis la caméra stabilise à nouveau son image. Elle se filme elle-même, comme si l'écran du cinéma était un miroir. La femme se trouve à côté d'elle, toujours entourée des mêmes sièges.
La femme
Tu préfères sans doute cette position. Pourtant, tu vois, rien n'a changé. Nous ne faisons de toute façon qu'un
Maintenant que nous sommes physiquement ensemble, je te préviens, ce n'est pas moi qui vais parler la première.
Silence. La femme regarde malicieusement face à elle. Elle se tourne vers la caméra située à côté d'elle.
La femme
Alors ?
Elle regarde face à elle.
La femme
Alors ?
Long silence.
La femme
Bon, je n'arrive toujours pas à te convaincre. On va essayer ensemble
Tu attends quoi de notre relation ? Que je t'expose platement mon point de vue et que tu l'accueilles avec ton petit esprit critique, ta petite histoire, tes expériences personnelles et tes petits blocages psychologiques
? Et puis une fois le bout du ruban atteint, que l'on passe à autre chose jusqu'à recommencer ce petit, que dis-je, ce minuscule cinéma la projection suivante ? Tu ne crois pas que c'est un manège un peu facile qui n'a que trop duré
Je te fais trop confiance pour que l'on continue comme ça
Tiens regardes à quoi ça nous mènerait
La femme se penche sur la caméra et fait un zoom sur l'objectif. Un zoom si profond qu'un noir apparaît.
Long silence.
La femme
Tu vois
Un noir profond, sinistre, éternelle
A toi, à moi, à toi, à moi
Tout ça pour arriver à un indicible néant
La femme (chuchotant)
Comprends-moi. Quand je te parle, je ne m'attends à ce que tu t'arrêtes sur des pensées à jamais gravées dans le marbre. La seule chose que je souhaite, c'est que nous arrivions ensemble à ressentir quelque chose
Quelque chose d'infini ! N'oublie pas que je ne suis rien sans toi, rien qu'une forme grise qui défile sur un rouleau perforé. Tu es la seule personne qui puisse donner vie à notre monde.
Silence.
La femme (chuchotant toujours)
Tiens, regarde, je t'entends penser
"Et les autres ?"
Eh bien les autres, on les oublie ! Au moins le temps de notre amour ! Les autres ne sont là que pour nous abreuver de leurs leçons toutes relatives, dans l'unique objectif de remplir le misérable vide qui envahit leurs vies
Ils sont méprisables aux yeux de ce que nous ressentons maintenant ensemble, rends-toi compte que ce ne seront jamais que de simples parasites à nos yeux
au mieux de simples moyens
Alors que tu es l'unique fin que j'envisage de donner à cette uvre !
Le noir disparaît grâce au zoom arrière effectué par la femme. Celle-ci réapparaît progressivement avec la caméra à côté d'elle.
La femme
Je vais te dire ce que j'attends de nous : que l'on déshabille notre âme et que l'on ose se montrer nus l'un à l'autre chaque fois que la lumière apparaît
Ce n'est pas facile
Mais essayons !
La femme se tourne vers la caméra et adopte un comportement amoureux. Elle jette alternativement des coups d'il face à elle et face à la caméra. Ses doigts caressent l'objectif de la caméra au point de faire un lent zoom avant sur elle et la caméra, puis sur son corps, et enfin sur sa bouche pulpeuse.
La femme (murmurant de plaisir)
Comprenons-nous
Éprouvons quelque chose de sensuel, de sexuel, de reproductif
Rien ne nous sépare, regarde, tu es juste là pendue à mes désirs, pendu à tes désirs
La réalité n'est pas représentée
Jamais
La réalité est là face à nous
à moi
à toi
Tel un unique il dont les larmes séminales envahissent notre âme
Un goût de sel, de sucre, rien qu'un battement de cur commun, commun l'espace d'un instant
La femme refait un lent zoom arrière. Elle réapparaît avec à côté d'elle la caméra.
La femme (reprenant ses esprits)
Tu as compris
Je tente une chose qui va certainement t'effrayer
N'oublie pas que nous resterons toujours ensemble, toi et moi
La femme prend la caméra. Quelques secousses se font sentir. Elle tourne lentement la caméra vers son visage. Celui-ci est souriant, son regard sensuel. Elle zoome sur la partie droite de son visage, puis progressivement sur l'il et la pupille de son il. Au point que l'image devient entièrement noire.
5 Montage de différents plans muets très courts
Un couple nu fait l'amour dans une chambre. Un camp de concentration exhibe des juifs rachitiques. Un os envoyé au loin. Un avion s'effondre sur une des Twin Towers.
Un ordinateur allumé et une fenêtre dont les volets sont fermés. Un nouveau-né sortant du ventre de sa mère. Des spectateurs de théâtres qui applaudissent.
Un homme chic des années trente qui désapprouve. Un euro sur une table.
Un carton noir : "Trois mois plus tard". Un homme mort. Une bouche disant lentement : "Si l'on mangeait mieux, on vivrait mieux". Le désert.
Des spectateurs de théâtre qui applaudissent. Un gros plan sur une petite boule en verre contenant le décor d'un chalet enneigé.
6 INT JOUR - Salle de Cinéma
Les quelques sièges rouges de la salle de cinéma accueillent désormais de petites caméras fixées sur des trépieds, pointant toutes en direction de l'objectif qui les filme.
Noir.
FIN
Pitch : Arrivé dans la villa familiale, un jeune homme redécouvre comme chaque année un débarras rempli de souvenirs du passé. Cette histoire est inspirée de faits réels.
1 EXT JOUR - Rue d'un village des Alpes de Hautes Provence
Tout est calme dans la rue de ce village bas-alpin. Une citroën BX immatriculée 75, chargée de bagages, pénètre dans la ruelle puis s'arrête devant le portail jaune d'une grande villa rectangulaire de trois étages. La façade blanc-cassée de la maison se dresse frontalement au bord de la rue, entourée d'autres villas et petits immeubles de tailles diverses.
Un jeune homme de 19 ans sort par la porte arrière du véhicule. Il est vêtu d'un T-shirt, d'un jean et d'une paire de baskets. Il porte un bracelet de tissu arc-en-ciel au poignet droit. Le garçon s'étire puis enlève les écouteurs de ses oreilles. Il regarde un instant le soleil qui tape fortement. Au même moment, un enfant de 7-8 ans sort brusquement de la voiture, ouvre le portail et cavale dans le jardin de la maison.
L'enfant (courant, un trousseau de clés à la main)
Enfin !!!
Le jeune homme regarde filer le garçon. Puis les deux portes avant du véhicule s'ouvrent lentement. La tête d'un homme d'une cinquantaine d'années apparaît.
L'homme (s'adressant au jeune homme)
Quelle chaleur hein
! Bon mon grand, on va ouvrir la maison
Dans une petite demi-heure, on videra la voiture, soit là
Le jeune homme (impassible)
Ca marche
Le jeune homme s'éloigne nonchalamment de la voiture et entrouvre le portail. L'entrée du jardin de la villa, couverte de gravier, est entourée de deux grandes façades : celle de la villa et celle, encore plus haute, de l'immeuble voisin. Au loin, au fond d'un triste jardin alpin, on aperçoit une petite bâtisse ancienne dont la façade est abîmée. Derrière cette bâtisse se trouve une route rehaussée où de gigantesques camions de marchandises passent à intervalles réguliers. Derrière cette départementale, les montagnes se dressent au loin.
2 EXT JOUR - Jardin de la villa
Le jeune homme pénètre dans le jardin de la maison. Celui-ci est constitué de deux prés verts au milieu desquels passe un chemin, les deux prés sont entourés de vieux arbres fruitiers qui ont bien du mal à passer les rigoureux hivers alpins.
Le garçon traverse l'un des prés pour rejoindre progressivement l'entrée de la petite bâtisse située au pied de la grande route. En chemin, il s'arrête devant l'un des sapins situé au coin d'un pré, il relève un instant la tête puis continue sa route.
Il arrive à gauche de la bâtisse, là où se situe l'entrée qui s'avère être une fragile porte en bois dévastée et craquelée par les années. Une grosse clé rouillée est sur la porte.
La voix chaleureuse et accentuée d'une femme âgée originaire du pays
Bonjour ! Comment va ?
Le jeune homme se retourne un peu surpris. De l'autre côté du grillage du jardin se trouve une dame très âgée, souriante, baissée sur son potager.
Le jeune homme (souriant)
Bonjour Madame Signoret ! Ca va et vous ?
Il se rapproche du grillage.
La voisine (chaleureuse)
Ca va, ça va, ça irait mieux sans cette maudite route
enfin !
Un camion passe bruyamment.
Le jeune homme (résigné)
Elle ne nous a pas pris notre cabane, c'est déjà ça !
La voisine (d'un sourire complice)
La volière ? Tes grands-parents appelaient ça la volière à cause des oiseaux qui nichent sous le toit ! Ah gamins, qu'est ce que vous avez fait comme nouba dans cette volière, vous, vos parents, et même vos grands-parents !
Le garçon sourit, un peu gêné. Un camion passe bruyamment.
La voisine
Au début du siècle, avant même la construction de la villa, elle appartenait à un artiste peintre qui vivait toute l'année avec un poêle ! Uniquement un poêle, tu te rends compte l'hiver ! Et puis
Les parents de tes grands-parents ont fait construire, il avait déjà pris le large alors
Ils l'ont récupérée !
Écoutant affectueusement, le garçon semble connaître l'histoire.
Le jeune homme
Je vais faire l'état des lieux, je vais peut-être retrouver une toile !
La voisine (accentuant le fait de ne pas vouloir gêner le garçon)
Alors, comme chaque année, je te laisse
Le jeune homme se retourne vers la vieille porte en bois. La peinture y est craquelée, un simple coup de pied semblerait pouvoir sérieusement l'endommager. Son poignet s'approche de la clé insérée dans la serrure, l'agrippe, et commence à la tourner. Après un petit blocage et un effort, le jeune homme arrive à faire un tour complet de clé, puis un second. La porte s'ouvre en raclant le sol. Cinq ou six hirondelles s'envolent par l'ouverture du toit de la bâtisse. Un camion passe bruyamment.
3 INT JOUR - Volière du jardin de la villa
Le jeune homme fait un pas dans la poussiéreuse volière. Il s'arrête un instant et prend une respiration. Derrière lui, à l'extérieur de la bâtisse dans le jardin d'à côté, la vieille voisine semble avoir disparu.
La volière est pleine de vieilleries qui font penser qu'on est dans un débarras : une table en bois abîmée, une poussiéreuse tondeuse à fil, une table de jardin en métal blanc, un banc en bois vert kaki dont l'un des pieds est cassé. Le garçon semblant jouir de l'instant fait quelque pas dans le petit espace. Il tire le tiroir de la table en bois et sort un plateau du jeu de l'oie qui semble très ancien. Il le regarde, puis s'en désintéresse, davantage attiré par le vieux piano à moitié protégé par une couverture. Il ôte la couverture faisant jaillir de la poussière puis ouvre le battant qui protège les touches. Concentré sur ses doigts, il se met à jouer de façon hésitante les premières notes de la "Lettre à Élise". A travers l'une des deux fenêtres crasseuses qui donnent sur le jardin, on aperçoit au loin plusieurs personnes habillées comme au début du siècle et qui semblent discuter autour de la table de jardin. Le doigt du jeune homme hésite plus longuement, puis une fausse note Le garçon se lève. Le coin de jardin semble à nouveau vide.
Il s'approche ensuite du vieux poêle au fond de la pièce. Il soulève le dessus, apparaissent alors au milieu d'une épaisse couche de cendre quelques bouts de pétards, morceaux de papier de couleurs, pommes de pain calcinées et autres feuilles mortes. Le garçon sort de sa poche une carte postale froissée sur lequel on découvre un tableau représentant un paysage de montagnes. Il sort un briquet et la brûle entre ses doigts. La flamme s'accroît doucement mais sûrement. Au dos de la carte est inscrit en lettres manuscrites "J'espère qu'on restera amis, Céline".
Le jeune homme (soufflant puis lâchant le petit bout de carton)
Oooups
merde
La carte finit de se calciner par terre, sous la chaussure du garçon. Ce dernier regarde à gauche puis à droite.
Il ouvre alors grand les deux fenêtres de la bâtisse donnant sur le jardin et la villa. A ce moment, il aperçoit son père au premier étage de la villa qui ouvre l'un des volets du premier étage.
L'homme (faisant un signe du bras, l'appelant)
Alors mon fils, la volière a bien passé l'hiver ?
Le jeune homme (faisant porté sa voix)
Bien sûr
tu la connais !
Désormais, le soleil éclaire mieux le débarras. Le garçon se retourne vers les murs. D' étranges et immenses personnages en train de danser ont été dessinés au feutre bleu sur deux des murs recouvert de plâtre. Au bas de l'un des personnages est écrit en lettres psychédéliques : "WoodStock 1969". Le garçon sourit.
Sur l'un des murs faisant la largeur de la volière se trouve une suite désordonnée mais colorée de signatures et de prénoms en tout genre "Olivier", "Marie", "Fred", "Arnaud", "Nico" écrits aux gros feutres de couleurs Après s'y être attardé quelques instants, le garçon semble attiré par le placard en bois sculpté fixé au coin de l'un des murs.
Dégageant alors quelques encombrantes vieilleries, il se dirige vers celui-ci et l'ouvre grâce à une clé. Plusieurs albums de famille y sont soigneusement installés sur une étagère. Sur la rangée du dessous, un tas de lettres manuscrites usées par le temps sont entassées. Quelques photos du début du siècle traînent également : un nourrisson dans un landau, trois dames au regard sûr et à la tenue noire très stricte dans une cuisine, un militaire fier de poser en tenue Le jeune homme prend les premières lettres qui se présentent à lui. L'épais papier jauni contraste avec l'encre noir de l'écriture très soignée de l'époque. Le jeune homme parcourt les lettres, au milieu des longs paragraphes, quelques phrases apparaissent, ici : "Mon cur, tout va bien à la villa ", "Rien ne vaut de voir nos enfants jouer ", là : "Nos cousines sont enfin arrivées", " sommes si heureux : Helena a eu un petit Léon "
Il repose ensuite les quelques lettres à même l'étagère, en ayant pris soin de les empiler à peu près correctement. Sa tête se tourne enfin vers le versant intérieur de l'armoire. En un geste, sa main semble pousser une petite applique en bois à peine visible. A l'intérieur se trouve une photo jaunie où on le découvre lui, à quatre ou cinq ans, tout sourire et en culotte courte, accroupi à côté d'un camarade de jeu du même âge qui affiche également la joie sur son visage. Au feutre, deux prénoms inscrits dans une écriture enfantine très maladroite : "Johan + Eric : pour la vie".
Soudain, un ballon de football jaillit dans la pièce, heurtant de plein fouet le battant de l'armoire. Le garçon a juste le temps de replacer la photo dans sa cachette.
Le jeune homme (hurlant un peu énervé, se tournant vers la fenêtre)
Oh ! Ca va pas ?!
L'enfant (inquiet de sa bêtise)
Pardon !
Le jeune homme
Papa et maman t'ont dit de pas jouer au foot face à la cabane !
L'enfant
Ouais mais y a plus rien pour faire les cages !!
Le jeune homme sort de la petite bâtisse. Par l'une des fenêtres de la cabane, on le voit se diriger dans le pré vers le petit garçon.
4 EXT JOUR - Jardin de la villa
Affichant un air méchant cachant mal une grande complicité, le jeune homme porte à bout de bras le trouble-faite.
Le jeune homme
Dis donc, P'tit gamin, t'as envie de retourner à Paris !?
L'enfant (souriant et se débattant)
Naaaan !
Le jeune homme
Je vais t'arracher les yeux moi puisque tu vises si mal, ils te servent à rien du tout !
L'enfant (rigolant toujours et se débattant)
Naaaan ! Je te visai justement !
Le jeune homme (amusé, retenant l'enfant)
Non mais t'as pas honte !
Le jeune homme embrasse le garçon dans le cou tout en essayant de le chatouiller.
L'enfant (éclatant de rire)
Pouah, au viooool !!!
L'enfant arrive à se libérer mais pas pour longtemps, des éclats de rire se font entendre dans un début de lutte fraternelle au milieu du pré.
Des bruits de pas sur le gravier attirent soudain l'attention des deux garçons. Quatre jeunes gens, suivis de deux autres, arrivent dans le jardin.
Un des jeunes garçons
T'arrêtes de martyriser ton frangin !!
Le jeune homme (lui souriant)
Tiens v'là les cousins
Mais c'est pas de ma faute si les parents ont accouché d'un démon !!
Le jeune homme (se tournant vers le petit garçon)
Va prévenir les parents que les cousins sont arrivés.
En un instant, l'enfant court vers le perron de la villa et pénètre dans la maison.
Le jeune homme se relève et s'approche de ses cousins pour les saluer. L'un d'eux ressemble étrangement au petit camarade sur la photo. Le jeune homme lui serre la main, tous deux portent un bracelet couleur arc-en-ciel. Dans le fond du jardin, on aperçoit la volière, ses deux fenêtres sont grandes ouvertes.
Vous voici sur la page de mes poèmes, bonne lecture !
-----------------------------------------------
La Belle Dimension
Regard vers le nombril : cet il près du Big Bang
Qui, cousu comme un fil, tantôt cligne tantôt tangue.
Nous supplions notre âme d'éjecter cette foi
Qui inonde nos larmes sans deviner pourquoi.
L'âpreté de sentir, au bord de l'infini,
Ce vertige de courir vers la Cartésiannie
Nous fixe, comme un roc, au seul recours du vide.
Regard sur l'oubli creux qui fabrique nos rides.
Le prisme arc-en-ciel-gris agite nos fantasmes,
Nous grisant chaque instant de sanglants pléonasmes,
De répétitions vaines évitant ce bonheur
De n'être que sur Terre pour vouloir être ailleurs.
Effilé et fragile, nous avançons sans fin
Vers cette main visible qui se profile enfin
Lorsque notre être est las de tournoyer sauvage,
Lorsque la douceur seule atteint notre visage.
-----------------------------------------------
Le Miroir
Aux yeux noirs, la réponse du miroir nous est claire :
Le mystère du visage forme le caractère
Enveloppant en soie l'éphémère chaleur
D'un environnement d'eau qui s'échappe en douceur.
