-Julius, Julius... Je suis là...! fit le psychiatre un peu désarçonné de voir que son patient détournait par reflexe son attention lorsqu'on tentait de lui parler.
Julius avait 31 ans. Un homme assez fort avec des lunettes épaisses qui devint l'objet de toutes les convoitises lorsqu'on découvrit un jour que son Q.I atteignait les 188. Une contre-expertise avait même était faite concluant que l'individu dépassait "probablement" les 190.
Mais Julius n'était jamais arrivé à exploiter ce don car la plupart des médecins le catégorisaient parmi les asociables chroniques. Tout juste était-on fasciné par son extrême facilité à produire des écrits de toutes sortes : journal, nouvelles, oeuvres de fiction, il allait même jusqu'à reformuler par plaisir des modes d'emploi complets. Son appétit pour l'écriture n'avait d'égal que le désintérêt qu'il manifestait à l'égard de ce qu'il venait de produire.
En outre, on avait vainement tenter de mettre fin au bégaiment incompréhensible de Julius, mais ce bégaiement revenait systèmatiquement quelques jours après les traitements successifs qu'on lui faisait subir.
Julius émettait ainsi des phrases courtes, sans tonalité, et dont le début trainait systèmatiquement en longueur.
Le psychiatre travaillait depuis plusieurs mois avec Julius. Ce dernier ne lui portait que peu d'attention et n'avait pour le médecin aucune affection. La plupart du temps, le psychiatre se contentait de l'observer et de prendre des notes, parfois il se risquait à lui poser des questions.
Comme tout les citoyens du monde, les deux individus portaient au creux de la main la fameuse pastille bleue. Cette pastille, mise en place à l'automne 6054, permettait notamment à la police d'avoir une cartographie précise de la personnalité de chaque citoyen. Sa consultation était très règlementée et nombre d'ONG s'étaient opposées en vain à son innoculation, jugeant le procédé contraire au respect de la personne humaine.
En pleine scéance, le psychiatre écarquilla les yeux après avoir veinement tenté d'attirer le regard de Julius vers le sien. Dépité, il posa dans le vide une question parmi tant d'autre :
- Qu'est ce qu'il peut bien y avoir dans cette tête...?
- ...Ffffaaaisons poignée commune !
Le médecin devint blème. Il savait qu'elle était la portée de ce que lui demandait Julius. La "poignée commune" était strictement interdite par la loi, surtout dans le cadre du traitement d'un patient.
Le médecin regarda Julius, hésita un peu, et finit par se lancer.
- Tu es sûr ?
- Oui.
Le médecin prit la main du patient assis à côté de lui et la serra dans la sienne. Tout deux fermèrent les yeux. Une puissante décharge électrique parcourut les deux corps au moment où les deux pastilles bleues rentrèrent en contact. Le psychiatre entra physiquement dans la conscience de Julius.
Il découvrit à cette occasion qu'il ne portait plus sa blouse blanche mais une longue toge qui lui donnait un air d'empereur. Un habit qu'il considérait comme étant un peu léger aux vues de l'univers incroyablement riche qui l'entourait. A l'instant où il serra la main de Julius, il se retrouva en effet dans un grand hangar rempli à ras-bord d'être et d'objets en mouvement.
Cela allait des trois bateaux volants régulièrement au dessus de sa tête à la minuscule sorcière qui tantôt lui sussurrait des choses incompréhensibles à l'oreille, tantôt lui écrasait rageusement le pied droit. Le médecin avait beau la chasser avec hargne d'un geste de la main, celle-ci revenait sans raison le harceler. Cela aurait pu être supportable si à ce chahut ne s'ajoutait pas une pluie battante qui inondait l'exacte moitié du hangar, une ribambelle de maçons qui construisaient des escaliers sens dessus-dessous par le seul empilement de gros grimoires, et des bras bleues d'hommes qui, régulièrement, sortait du vide pour happer ce qui se trouvait à proximité. La petite sorcière elle-même se trouva kidnappée par l'un d'eux et emmenée dans une dimension que seul Julius pouvait connaître.
Justement, Julius apparut soudain dans ce monde qui etait sien. Il ne bégayait plus, ne portait plus de lunettes, et semblait apaisé.
- Voici donc l'univers que je cultive.
Le psychiatre resta sans voix...
- Mais, tu t'y retrouves ?
- Non je ne m'y retrouve pas... répondit-il alors qu'un banc immense de papillons traversa leurs champs de vision respectifs. Mais je m'y plais.
- Alors que peut-on y faire ?
- Rien.
- Tu ne veux pas en sortir pour découvrir l'extérieur ?
- Ce monde là est composé des éléments de l'extérieur. Je m'y plais. Et si j'ai besoin du monde extérieur, j'en sortirais.
Le médecin comprit alors qu'il avait terminé son traitement. Ou plutôt que le traitement n'avait plus lieu d'être puisque le patient n'avait pas de véritable pathologie. Il serra alors à nouveau la main de Julius, pu sortir de cette univers fatigant et retrouver un homme qu'il ne fallait plus déranger
Vous voici sur la page de mes poèmes, bonne lecture !
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La Belle Dimension
Regard vers le nombril : cet il près du Big Bang
Qui, cousu comme un fil, tantôt cligne tantôt tangue.
Nous supplions notre âme d'éjecter cette foi
Qui inonde nos larmes sans deviner pourquoi.
L'âpreté de sentir, au bord de l'infini,
Ce vertige de courir vers la Cartésiannie
Nous fixe, comme un roc, au seul recours du vide.
Regard sur l'oubli creux qui fabrique nos rides.
Le prisme arc-en-ciel-gris agite nos fantasmes,
Nous grisant chaque instant de sanglants pléonasmes,
De répétitions vaines évitant ce bonheur
De n'être que sur Terre pour vouloir être ailleurs.
Effilé et fragile, nous avançons sans fin
Vers cette main visible qui se profile enfin
Lorsque notre être est las de tournoyer sauvage,
Lorsque la douceur seule atteint notre visage.
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Le Miroir
Aux yeux noirs, la réponse du miroir nous est claire :
Le mystère du visage forme le caractère
Enveloppant en soie l'éphémère chaleur
D'un environnement d'eau qui s'échappe en douceur.
La nudité de l'âme nourrit ce bel état
D'être en duel face à soi, en tenu de combat :
Dégainant d'une main le flou de cette glace,
L'image ainsi s'affole grisée d'une si belle place.
La pupille dilattée, nourrie de milles sûretées,
s'amenuise peu à peu face à l'éternité.
Le duel se trouve échoué, l'ombre à nouveau se perd :
L'addiction clot sans fin son si bel univers.
Et l'Etre lui s'égare dans un monde exigu
qui, par sa crasse nouvelle, le salira à vue.
Le prochain face à face effacera l'ether
d'un savon de gel souple qui traverse le verre.
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Jusqu'au bout d'être soi
Bout de carreau perdu montre enfin son image :
Aux bords creux d'une rue, ce trottoir de partage
Nous mène en plein orage de jouissances acrobates.
En ce temps de vers plaines où quelques troncs s'abattent
Et nous laissent entrevoir une coulée de sciure fraîche
Qui glisse sur la peau comme d'autres ont la prêche !
Morne période d'avant où la suée qui s'endort
Nous faussait nos pensées nous poussant vers la mort.
"La semence est aqueuse et nous récolterons
De beaux fruits hivernaux dont nous profiterons."
Le carré dans le pré nous suffit amplement :
l'automne de nos pensées nous ôtaient nos tourments.
Ceux d'être face à face tout ouverts, vert le vent.
Le risque bleu du seul s'effondre sous nos pieds,
alourdis par le rouge de nos piètres "en-fait-pas"
Perdus de verte orange, dolorie de couleurs.
Ils s'eveillent en sous-sol
d'un éternel
bonheur
De Pareil en Jamais.
Méfiez-vous ! Le point noir décisif vous regarde !
Celui qui fit de vous cet être par mégarde
Fait danser sans vergogne le balais plat des ondes
Par qui vous terminerez comme au début ce monde.
Expansion de toutes chairs constituant les idées,
Le réel éphémère s'amuse à jouer les dés
Pour fixer le carbone tout autant que l'amour
Et régler, en Sorbonne, les coups d'état du jour.
Ce trou noir explosif au creux de votre paume,
Qui semble à l'origine de l'innocence des mômes,
Concentre l'univers en un point subversif
Reliant pensée cryptée et matière-nerf-à-vif.
Le Destin est idiot puisqu'il guide le point noir
Vers une destination tendant au désespoir.
L'Occasion, elle, est belle car, se régénérant,
A chaque seconde du monde, fusionne les aimants.
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Silence d'un temps
De la fenêtre orange, les deux sapins admirent
Un enfant sous sa couette dont les membres s'étirent
Et se rendorment heureux de sentir sur leur peau
Le pyjama de soie traçant des animaux.
A la place des Alpes, le gamin imagine
La Savane en biscuit peuplée de figurines
Qui dansent la fanfarole sur un air de violon
Face à une armada d'étranges accordéons.
Quand le fruité parfum d'une maman délicate
Envahit la pièce chaude d'une douceur qui fait hâte,
L'oreille entend le bois craquer sur le battement
D'un cur qui redémarre, c'est celui de l'enfant.
Un baiser sur la joue Deux arbres un peu bancals
Les jouets éparpillés près de mes vêtements sales
Ma maman les ramasse Je veux me rendormir
Mais il faut me lever puisqu'il me faut grandir
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Le paysage vital
Sous ses airs naturels, l'énorme masse informe
Que son ombre éternelle restera en énorme,
Sur le Manoir dressée, aux volets sales et clos
Dont la charpente brisée écrase un lierre éclos.
Un verre blanc les observe saffronter violemment
Dun sourire complice calmant leurs sentiments.
La Montagne, elle, rougit de ce regard candide
Alors que le Manoir claque dun volet rigide.
Il nen reste pas moins que le combat demeure
La réconciliation, comme un affreux labeur,
Relève de limpossible pour ces deux éléments
Représentant confort et tentante évasion.
Et puis
Un jour, un regard apparaît à travers une fissure,
Sa vie, enfermée là, remplie de meurtrissures.
Après de longues années, Il ose ressortir
Souhaitant un soleil chaud offrant un avenir
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Chaos schizophrénique
A vingt et un ans, il sombra dans la folie.
Sans agression ni heurt, charmé par un ennemi
Qui ne laissait comme choix que celui de la chute
Sur un matelas de fer abominant sa lutte.
A vingt et un ans, il se jeta sous un train.
Jugeant que ces froids sons savéraient être un frein
Au développement de ses capacités
De jeune homme prometteur à qui tout souriait.
A vingt et un ans, il devenait schizophrène.
Par de petits indices qui amènent la peine
Et lincompréhension dêtre trahi du monde,
Il comprit quil mutait en être aux traits immondes.
A vingt et un ans, il dormait un matin
Quand il fut réveillé par un réveil éteint
Qui ne sarrêtait pas pour mieux lui indiquer
Que le jour de sa mort allait être avancé.
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Depuis déjà 80 ans, la Terre était vidée de toute ses âmes. Comme lieu dhabitation, jaurais choisi ce château de Bourgogne comme nimporte quel autre studio de banlieue puisque, de toute façon, je ne ressentais plus rien. Ni amour, ni haine, ni joie, ni plaisir, je nétais plus quun jeune homme gris errant sur une planète envahie par le feu.
Comme chaque matin, je métais levé, habillé, lavé et rasé. Puis je métais installé dans le grand fauteuil de la salle des fêtes qui donnait sur limmensité de lhorizon. Au loin, derrière les lignées de hêtres, derrières les centaines dhectars de vignes, je voyais une masse informe et fumante qui fut un temps nommée Paris mais qui nabritait désormais plus personne et, même, plus grand chose.
Comme dhabitude, je sentais une main venir caresser mon épaule au moment où, à demi-inconscient, jimaginais ce qui pouvait encore lêtre. Mais je fus vite sorti de ma torpeur. Ce matin ne ressemblait pas aux autres. Dans lencart de la fenêtre apparut en effet au loin une masse informe et gigantesque. Je pensai tout dabord à des nuages menaçants. En réalité, il sagissait dun raz-de-marée. Ou plutôt dun débordement de locéan sur ce qui furent jadis les Terres Françaises.
Doucement, je me levai de mon fauteuil et me retournai vers la cheminée. Je connaissais au détail près la tapisserie arborant le sceau bourguignon qui la surplombait. Ainsi que cette tête de cerf qui, tout comme moi, ne semblait pas avoir apprécié quon limmortalise ici. Le grondement du raz-de-marée augmentait doucement. La partie déchec que javais commençais avec moi-même était en passe de se terminer. Le vainqueur naura fait quexploiter les faiblesses et les étourderies de lautre, comme dhabitude.
Jaurais tant aimé que cela se passe différemment. Tout est allé trop vite et, malgré mes efforts, jaurai été incapable de retrouver un être humain. Ni en Bourgogne, ni ailleurs. A ce sujet, javais un temps adopté le même raisonnement que les gens de la belle époque évoquant les extra-terrestres : « je suis convaincu quils existent, mais je ne sais pas où ils sont ». Puis cela mavait passé. Vivre seul nest pas à proprement parlé humain.
Le froid envahit le bout de mes doigts. La plus belle des pièces de mon château, ornée de lustres sur plus de 25 mètres, dune belle tapisserie, et dune tête de cerf, sétaient soudain transformée en une pièce cubique dont les murs, reflétant mon image, étaient constitués uniquement deau. Ce sas, si lon peut lappeler ainsi, se mouvait ainsi au cur des océans vides à une vitesse folle.
Je me voyais refléter indéfiniment dans ces murs. Josai toucher lun deux du bout de mon index, ce qui créa des auréoles qui déformèrent mon visage. Il sagissait bien deau. Nous nous enfonçâmes dans les profondeurs des océans au point que les rayons du soleil ne passèrent plus. Dans lobscurité totale, je sentis que le cube diminuait en volume. A nouveau, une main bienfaitrice me rassurait.
Je mendormis un peu puis me réveillait entourés détoiles. Comme si le raz-de-marée sétait poursuivi bien au-delà de la surface de la Terre, dont javais dailleurs perdu toute trace visuelle. Le soleil chaud me réchauffait un peu. Les dimensions du cube sétaient cependant rétrécies de façon dangereuse. Leau me compressait fortement au point que je ne pouvais plus men défaire. Je sentis une ouverture minuscule contre ma tête. Il fallait sy glisser. Ce que je fis.
Du reste, je ne me souviens plus.
Les féculents asthmatiques
Quelques part dans un ruisseau,
poussent des algues enrhumées,
qui passent, groggys, leurs belles journées
à voir le monde couleur crapaud.
Un jour clos seront les rideaux,
Les vestiaires couleront la suée,
Les océans plus assez chauds
Embraseront un ciel idéalisé.
Un gamin sage lèvera le doigt,
Sourire moqueur, fille de joie,
"Quel est donc ce merveilleux atout ?",
Une contrescarpe, et puis c'est tout !
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Le dératé (poème Minuscule)
Il était une fois un petit rat,
Moustache grise soignant grimace,
Qui grignotait, telle une limace,
De la saine Cène le bon Gouda.
Il dansait ivre pour ses parents,
Quitte à se faire bien mal aux dents,
Applaudissements ou maugréments
Ponctuaient ses nuits fragiles d'enfant.
Une nuit il prit son chausson doux,
Usage charnel, plaisir ardent,
Un autre chant plut à ses goûts,
Celui du vice naïf des grands.
Sens interdit
Les fortifications assombries
par de la roche endurcie
couvrent la mer de leurs pétales
et ouvrent le champs à un bal.
Plus rien n'arrête les mystères
d'une vieille terre qui s'embourbe,
La presse, elle, est unanime : la mode est désormais à la courbe.
Les marins, eux, sont éphémères.
Les doigts glissent sur le plastique
Et les visages se dressent
dans un délire électronique
Où naissent proses et caresses.
A deux à l'heure
Lorsque l'orchestre philarmonique
Essuie son traditionnel échec,
Le spectateur sceptique
sort son lot d'épithètes grecs.
Ah les étonnantes figures ! Qu'elles sont jolies bien qu'à peine mûres
"- Un radiateur siffle, émettant sa chaleur."
"- Un train persifle, imposant sa lourdeur."
Une honorable sagesse s'éprend alors de lui
Quand un avion s'écrase, emmenant avec lui quelques gouttes de pluie.
Les yeux de l'assurance regardent alors leurs mains,
Des charnements d'autrui se découvrant câlins,
Et, d'un réflexe simple, s'abstiennent de toute idée.
Il n'est de chose que l'on ne peut conter
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Le Génie et l'Orteil
"Hamlet" se joue mais l'orteil me gratte,
La scène est belle mais cette gêne à la patte
M'occupe l'esprit depuis tout à l'heure,
Au point de transpercer d'une larme mon cur
S'époumonant l'esprit, l'acteur, lui, épate,
A croire qu'il n'a pas vu ma blessure de pirate
Priorité au doigt face au génie d'auteur :
Osons une offensive pour ce précieux bonheur !
"- Monsieur, maintenant (moi aussi) je suis seul !
Pourriez vous arrêter et utiliser votre épée
A venir soulager cette chair esseulée
Qui ne demande qu'à jouir d'un ongle performant !"
Oups Apparurent alors des yeux rougis de sang
Stoppant net mon sourire et me brisant les dents.
Tous mes pieds apeurés s'en allèrent en pensées,
Et mon orteil, lui, restait insatisfait !
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Le voyage
"Entre poèmes et poètes, un thé de différence
nous apprend bien qu'en langue, la main est à la France,
malgré l'idée anglaise qui veut qu'un raffinement
se cache près la Manche plutôt que chez les Francs."
C'est alors qu'un éclair sur deux mois s'abattit :
La comparaison faite, je perdais ce pari
de chanter comme un coq car, m'arrosant de Rhum,
je fus lancé en mer comme viennent les hommes
Le chemin fut bien long mais au bout d'icelui,
se trouvait poster là un garde-branche de gui,
portant colliers de fleurs inondées de safrans,
qui me sourit, moqueur, voyant mon teint céfran
Dans un silence cassé par le chant de l'aisance,
Nous nous comprîmes vite, aimant nos différences,
Au delà du miroir, croire en divers cités
Nous fait nous émouvoir de toute sagacité.
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Le Temps (saisie d'instants)
Tel un torrent de braises à la source de feu,
Le Temps déshabillé s'écoule peu à peu
Vers une mer lumière nourrie d'événements
Qui comblent notre vie mais vident nos instants.
Baignant nus dans ce lit, figeant ce qui arrive,
Nous ne levons les yeux que pour y voir des rives
Peuplées d'inssentiments et de sombres éclats
Qui sont à l'opposé d'aveuglements béats.
Là,
Les yeux vers les étoiles nous offrent un court moment,
L'éternité est là et elle-même se méprend :
"- Qu'est-il donc arrivé pour m'être dévoilée ?
- Comme tu te cachais bien, Maintenant t'est trouvé "
Alors nous poursuivons cet étrange passant
Qui nous fut présenté mais qui fuit le présent,
Futures impatientés qui arrivent en tournant,
Et ne nous satisfait qu'en être se noyant.
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Poème inachevé...
Dans son donjon d'argent, le peintre, seul, dessine
Quelques caméléons en cage près du jeune Louis.
Ce dernier semble inquiet, pointant de sa noire mine,
Un parchemin d'Afrique crayonnant l'infini.
Dans sa paume abîmée, le blanc cassé l'inspire :
Se reflète sur la toile une servante courbée
qui cache sous un voile le visage du désir
Le regard du jeune Louis semble se redresser.
(Note de l'auteur : ce poème a donné naissance au poème suivant)
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Près d'une forêt de pins
Un immense donjon donnait sur l'atelier
Où peignait un artiste les deux chaînes aux pieds.
Les murs épais et froids cerclaient le prisonnier
Près d'un tas de pailles fraîches et d'un vieux tisonnier.
Un rayon de soleil pointait les jeunes amants
Qui, sur la toile épaisse, s'enlaçaient tendrement.
Sur leur couche se trouvait une charmante gravure
Dessinant un jeune homme aux traits presque matures.
La tête dans les étoiles, il regardait son torse
Qu'un bout de soleil chaud caressait avec force,
Se tournant un instant vers la source au plaisir,
Il croisa le regard du peintre aux milles désirs.
Tels deux colosses de Rhode, les amoureux se lièrent.
Debouchonnant l'émeraude, la plaçant dans un verre,
Le peintre sourit un peu, saisissant le doux ventre
D'une couleur de vie dont lui seul était centre.
A cet instant
Aux frontières de l'univers gravitent quelques poussières
n'ayant rien d'autres à faire qu'à revenir sur Terre
carresser le visage d'un enfant sur la plage
qui construit son château, perdu au Petit-Age.
A deux pas d'un cimetière, les poussières s'enchantent
de voir quelques amies gentilles mais peu causantes.
Par l'un des nombreux vents qui font tourner le globe,
les poussières filent en ville évitant les microbes.
La chaleur est intense : un volcan écarlate
déverse sur le bitume l'orangé de sa pâte.
Les poussières, furieuses, s'envolent en un clin d'il
quittant le sol brûlant pour celui des écueils.
Pour les humains point d'ailes, le moteur de l'osmose
nuirait à ceux sans qui la Terre serait plus rose.
En peu de temps les hommes, n'écoutant que leur sang
briseront cette frontière, celle de l'emportement.
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Désir apprivoisé
A la tendresse de l'âge, les lames sèches s'aiguisent
Entaillant la peau neuve de marques indécises :
Le garçon se regarde d'un air un peu inquiet
découvrant des attraits à traits particuliers.
L'entourage, toujours là, provoque l'asphyxie
d'un être "aux idées noires" qui les trouvent sexy
Des injures intérieures font s'exalter la Mort,
Qui distingue une proie prête à offrir son corps.
Les désirs se transforment en démons inavouables,
La solitude pèse : s'éviter est souhaitable
"De toute façon d'aimer, j'en suis bien incapable,
Pénétré de fantasmes pour le moins reprochables"
Et puis un jour arrive l'âge de la Raison,
En un moment précoce... ou tardif, c'est selon
Accepter l'Amour vrai comme ultime guérison
A un mal infondé : l'attrait des beaux garçons !
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Pense-bête :
Prenez une seconde nourrie de l'infini,
Placez-y une sonde reliée à votre vie,
Ecoutez cet instant auquel vous croyez
Qui ne se reproduit qu'en des moments sacrés.
Ce moment si propice que personne n'évite,
Placez-le en vos âmes afin qu'il ne s'effrite,
Et découvrez, sans hâte, l'espace d'un moment
cette lumière d'argent au travers du torrent.
Cette pensée volatile caressant l'atmosphère,
Vous informera, seule, que vous êtes sur Terre,
Non pour vous assommer de regards ascétiques,
Mais pour être aspirant des astres esthétiques.
Non pour comprendre en vain le pourquoi du comment,
Non par peur d'un passé s'arrangeant du présent,
Mais, en toute quiétude, par fusion des systèmes,
Et par mathématiques décrivant ceux qui aiment.
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Hérratique.
Des nénuphars géants surplombant l'atmosphère
Irritent les yeux des gens en répandant l'éther
Tout autour de mon cur qui bat à rompre l'Homme.
Les nénuphars géants crèvent les yeux des hommes.
Le sang traçant le trône inonde les orchidées.
Plus aucune solution malgré quelques essais.
Arrivées à ces guerres, ils n'en deviennent que morts,
Les orchidées s'en vont, éventés par la mort
Les soldats de Terre cuite, ridicules en costumes,
Guidés d'un Roi guignol les concluant posthume,
Se dirigeront, ensemble, vers le froid et la crève,
Éparpillant doucement l'ensemble de leurs rêves.
Les erreurs se répètent, l'action est un échec,
Seule l'attente est belle, d'un bout de bois tout sec,
Ils ouvriront nos chairs, nourris par leurs sarcasmes.
On en viendra à bout Au bout de quelques spasmes
Comme tout les matins, je me suis rendu au boulot, du côté du Bourget près de l'aéroport. Comme d'habitude, je suis sorti de mon bus, le 152. J'avais déjà dans la tête la réunion de 8h30. Machinalement, j'ai contourné le bus. J'ai vu que le feu était rouge, j'ai traversé. Une voiture a grillé le feu et m'a heurté. J'ai entendu un crissement épouvantable de pneu. Puis une dizaine de craquements osseux lorsque mes jambes et mon bassin se sont broyés contre le pare-brise et le capot de la voiture. J'ai senti ma boite cranienne s'enfoncer au moment du choc de ma tête contre le pare-brise. A cet instant, je n'étais plus qu'un violent coup de vent qui allait disparaître. Puis je me suis éffondré, d'abord sur le capot, sentant le sang couler abondamment sur mon corps, puis sur la chaussée, mes jambes dans un sens, mon torse dans l'autre. Je ne sentais plus rien. A demi conscient, je tentais instinctivement de respirer mais ma cage thoracique était totalement écrasée. Une douleur insupportable, un coeur qui ne battait plus mais coulait. Des talons sur la chaussée. Des picotement dans la tête. Une tentative de faire bouger deux doigts. L'impression d'être un bloc de pierre. La douleur. L'affreuse résistance. La réunion de 8h30 auquel je n'assiterai pas. Le relachement. Le sommeil. La mort.
Heureusement que je suis là maintenant...
Pourquoi déplacer les montagnes alors qu'il est si simple de les admirer ?
Respirant l'air de Paris depuis ma plus tendre enfance, mon coeur balance entre la ville et la montagne. C'est lorsque les rames de métro sont bondées que j'ai parfois une pensée fugace mais infiniment réconfortante pour la montagne. Mais pas n'importe quelle montagne, Ma montagne, celle de mes racines et de mon enfance, celle des deux maisons familiales de mes grands-parents, celle des torrents glissants à n'en plus finir sur les flancs de ma vallée, celle des nuits étoilés éblouissantes, celle des cousins, des ballades... Celles qui dominent la vallée de l'Ubaye !
J'ai passé tous mes étés à Barcelonnette. Mon coeur balançait entre la "Marsa" et les "Genevriers". La Marsa est une maison perdue au milieu d'une rue souvent déserte et qui fait face au magnifique sommet du Chapeau de gendarme. Il y a quelques années, son jardin aux arbres abîmés par les hivers glacées offrait son plus bel aspect au début de l'été. Nous arrivions épuisés de Paris après 800 km de voiture, et c'est elle que nous retrouvions en premier. Ces vieux parquets grincaient enfin à nouveau avec notre arrivée, après un hiver ou elle restait inhabitée. Nous redécouvrions avec une immense joie ces multiples pièces aux tapisseries pourtant lourdement fleuries et accolées les unes aux autres ou encore son grenier froid et poussiéreux dans lequel nous passions tant d'heures.
Mais il y avait surtout un lieu magique dans lequel nous passions le plus clair de notre liberté estivale d'enfant : la cabane en pierre situé dans le fond du jardin. Le quartier général de 11 cousins déchainés, qui voulaient tenter toutes les bêtises possibles et imaginables avant d'avoir atteint l'âge adulte. C'est aussi là qu'apparurent les premières amours de certains d'entre nous lors de soirées animées. Et la nuit, lorsque nous nous couchions, nous entendions toujours l'inlassable écoulement de l'Ubaye qui passait juste devant la maison.
La seconde partie de l'été se passait souvent dans l'immense maison de la famille de mon père. Une émigration intrépide de mes ancêtres au Mexique avait permis à ma famille, vers 1910, de se préserver enfin de la misère qui touchait tant de générations. Cubique, frontale, accessible par une terrasse gigantesque au premier étage, "Les Genévriers" était un endroit de rêve pour un enfant en vacance. Nageant dans le bonheur, je ne me rendais pas compte de la beauté du terrain de jeu qui m'était proposé. Je me contentais innocemment de jouer avec mon cousin dans l'immense jardin parfaitement entretenu qui était mis à notre disposition. Un jardin tel qu'il nous permettait d'avoir "notre monde", nos cachettes, nos terrains de jeu, notre croquet. Et lorsque l'on commençait à s'ennuyer, l'intérieur de la maison, qui s'apparentait davantage à un manoir qu'à un chalet alpin, nous permettaient d'alimenter nos envies, toujours plus grandes, d'exploration. La maison s'étendait sur quatre hauts niveaux, avec environ 350 mètres carré par étage. Un univers à part entière.
Mon amour des montagnes ne s'est pourtant fait que plus tard, vers 16 ou 17 ans, alors que nous avions décidé de grimper en VTT les cols sinueux de la vallée. Effort intense, plaisir maximal. Notre vision des choses fut marqué à jamais : pour profiter de la montagne, il fallait faire des efforts. Alors que mon enfance fut parsemée de diverses balades vers des lacs et autres forts militaires, j'ai réellement commencé à apprécier les paysages de la vallée dès l'instant où je me suis décidé, accompagné de quelques amis, à gravir quelques uns de ses sommets les plus hauts. Là encore, un effort intense... Mais du haut du Mont Pelat, du col de Vautreuil, ou du Mont Scaletta, la vision de la vie et du monde change... Profondément... Rarement, je me suis senti aussi humain, minuscule et immense, que durant ces instants où nous avions à nos pieds torrents, lacs, fôrêts, routes, hameaux et habitants.