Pitch : Une famille excentrique passe une soirée d'hiver tranquille. Quand soudain, les gentils et vieux voisins du dessous sonnent à la porte pour lui offrir des chocolats à l'occasion de Noël. Erreur !
1 INT SOIR - Entrée puis séjour de l'appartement du couple
La façade grise d'un immeuble parisien est parsemée de fenêtres parfois allumées, parfois éteintes. A un étage, on aperçoit un couple de deux personnes âgées : l'homme lit un livre, et la femme, emmitouflée dans un chandail, tricote à côté d'un sapin de Noël.
Juste au-dessus, une autre fenêtre s'ouvre sur un séjour où se trouve une femme assise qui semble figée dans une drôle de position.
En se rapprochant, on s'aperçoit qu'il s'agit d'une femme d'une quarantaine d'années assise sur un divan vert pomme qui discute sur son téléphone portable. Dans l'autre main, elle tient fermement une télécommande qu'elle oriente vers une télévision éteinte. Sa robe, vert-pomme elle aussi, se marie parfaitement avec la couleur du divan.
La femme
eh oui
Oui
bien sûr
eh oui
oui
bien sûr
Soudain, un homme en costume violet d'une quarantaine d'années ouvre la porte de l'entrée de l'appartement et entre. Dans sa main gauche, il tient un ordinateur portable et dans sa main droite un téléphone cellulaire collé à son oreille. L'homme enlève alors son imperméable non sans mal.
L'homme (inquiet, constamment coupé)
Non bien sû
Non mais vous pouvez être certain
Oui
Non, non, non non, bien sûr Monsieur le Directeur
Non
L'homme s'assied à côté de la femme sur le divan, l'ordinateur portable sur les genoux. Chacun suit sa conversation téléphonique.
L'homme (tourmenté)
Je sais que je suis l'un de vos plus mauvais éléments
La femme (approuvant, parlant toujours à son téléphone)
eh oui
L'homme (s'expliquant au téléphone)
J'ai fait de mon mieux pourtant ce mois-ci
La femme (dubitative, parlant toujours à son téléphone)
ah oui ?? Sacrés performances dis-moi
A ce moment, l'homme force la femme à lui céder la télécommande et dresse à son tour le bras vers la télévision, adoptant à son tour une position étrange. Rien ne s'allume.
L'homme (s'expliquant au téléphone)
Vous savez bien que la conjoncture du marché de la litière pour chat est en recul en ce moment et je
La femme (blasée, parlant toujours à son téléphone)
Oh, ne sois pas ridicule une fois de plus
L'homme (concluant)
Non, vous avez raison, j'arrête
En tout cas, je vous souhaite de passer une bonne soirée, Madame la directrice
La femme (blasée, concluant elle aussi)
Oui ben c'est pas grâce à toi que ça risque d'arriver
.
L'homme
Au revoir Madame
La femme (blasée)
C'est ça au revoir
Les deux individus raccrochent.
L'homme (se parlant à lui même)
Sale conne
La femme
(à elle-même) Quel boulet
(Silence, puis d'un ton antipathique, sans regarder l'homme) Pose cette télécommande, on passe à table. Ca va être froid
Les deux individus se lèvent, traversent le salon et la salle à manger et disparaissent dans un couloir. Ils reviennent une seconde après. Chacun porte à la main une assiette sur lequel est déposé un verre. La femme apporte également un plat sur lequel est placée une montagne de pains briochés utilisés pour les hamburgers. Tout est déposé sur la table à manger sur laquelle se trouve aussi un chronomètre mécanique. Les époux prennent place à table. Ils se regardent un instant. Le mari s'apprête à prendre un des pains. La femme le réprime d'un sursaut rageur.
La femme (tendu)
Tu es sûr que nous n'avons rien oublié ?!?
L'homme (inquiet, réfléchissant)
La femme (d'un ton exagérément désespéré)
Notre fils !!!
L'homme
Ah !
(appelant)
Édouard ?
Silence. La femme regarde son mari atterrée. Silence gêné.
L'homme (regardant la femme puis appelant à nouveau d'une voix moins assuré)
Léo ?
Nouveau silence.
L'homme (appelant toujours)
Pierre ?
Fabien ?
André ?
La femme (très inquiète, appelant à son tour)
Stéphane ?
Maxime ?
.
Le couple se regarde très inquiet. Puis semble avoir retrouvé au même moment le prénom.
La femme et l'homme (appelant d'une même voix franche et massive)
Kevin !!!! A table !!!
Quelques instants après, un jeune homme sale et mal rasé de 25-30 ans entre dans la pièce, une hache dans une main, une assiette et un verre dans l'autre. S'aidant de son épaule, il arrive malgré l'encombrement à discuter sur le téléphone. Il s'installe à table.
Le garçon (discutant à l'aide son portable)
Oui
Mais oui
Oh arrête tes conneries, c'est deux blaireaux, tu le sais bien !!
Oui
La femme (d'un ton doucereux)
Kevin, enlève cette hache de la table et mets la par terre s'il te plait
Le garçon s'exécute.
La femme et l'homme se regardent à nouveau. L'homme tente de prendre un pain mais est à nouveau vivement réprimé par sa femme.
La femme
Tu n'as rien oublié ?
L'homme (pas très convaincu de ce qu'il va dire)
Damien ?
La femme (le coupant sèchement)
Enfin, le bénédicité !!
Kevin, coupe ton portable !
Le garçon (à son portable)
Nan, mes parents veulent que je coupe mon portable là
C'est l'heure de la messe (rire gras)
Ouais bien sûr, je te reprends dans deux secondes, attends
Le garçon pose son portable à côté de son assiette. L'homme et la femme croisent les mains et ferment les yeux devant le garçon qui les regarde d'un il vide.
L'homme
Seigneur, malgré le pêché originel que tu as commis, nous te glorifions, te sanctifions et t'adorons. Pardonne aux hommes leurs pêchés car visiblement, ils ne savent pas ce qu'ils font. Je bénis également ce repas qui a été mis entre mes mains par toi le très haut
. Amen. (il termine en faisant le signe de croix au dessus de la montagne de pain, puis bénit sa femme et son fils du même signe).
La femme (satisfaite)
Amen.
Le garçon (voûté, d'un ton désinvolte)
Amen.
Le garçon reprend son portable. Les regards des trois individus se croisent tel un western. Dans un geste soudain et violent, la mère enclenche le chronomètre mécanique placé sur la table et les six mains se jettent sur les pains briochés. A peine quelques secondes plus tard, la femme réappuie sur le chronomètre : les trois individus ont leurs bouches pleines à craquer de brioches. Ils mâchent consciencieusement. Le garçon, le portable collé à l'oreille, se contente de grognement pour répondre à son interlocuteur.
Soudain, on sonne. Les trois individus s'arrêtent net et adoptent chacun une expression horrifiée, déglutissant par la même ce qu'ils avaient dans la bouche.
L'homme (fermement)
Kevin, va ouvrir s'il te plait !
Le garçon (amusé)
Ouais c'est ça parle à ma main !
Le garçon se lève soudain, et s'en va d'où il est venu.
L'homme et la femme se regardent à nouveau. L'homme se lève, traverse le séjour, arrive à l'entrée. Par le juda de la porte, on aperçoit une vieille dame toute souriante, le visage rempli de tendresse (c'en est presque trop ).
La vieille dame
C'est Madame Douceur, je vous apporte quelques chocolats à déguster pour les fêtes de fin d'années !
L'homme court vers sa femme.
L'homme (très inquiet)
C'est la vieille du dessous qui veut nous empoisonner ! Va chercher la batte !
La femme (agressive)
Comment tu le sais ?
L'homme
Chérie, une fois dans ta vie, fais moi confiance
Après une courte hésitation durant laquelle les deux regards se croisent, la femme court dans le fond de l'appartement.
2 INT Soir Entrée puis séjour de l'appartement
On re-sonne. L'homme attend consciencieusement derrière la porte.
L'homme (tourné vers la porte, d'un air à la fois dégagé et hésitant)
Voilà voilà ! J'arrive ! Juste une seconde
Le temps de
de ranger un peu !
L'homme voit enfin sa femme arrivée, l'objet à la main. Il lui fait signe de faire silence et de se placer derrière la porte.
L'homme
Je vous ouvre Madame Douceur.
Il ouvre.
La vieille dame (souriante, lui tendant une petite boîte de chocolat)
Tenez, j'ai pensé que cela vous ferait plaisir, je ne vous embête pas plus longtemps (repartant)
L'homme (l'insistant à rentrer)
Mais non entrez Madame Douceur, vous prendrez bien une petite tisane en notre compagnie, ça nous ferait tellement plaisir de connaître nos nouveaux voisins !
La vieille dame (heureuse de pouvoir rentrer)
Bon d'accord, mais alors pas longtemps
Mon mari m'attend
A peine rentrée, la voisine se fait littéralement ruer de coups par la femme hystérique armée de la batte de base-ball. La vieille femme hurlant de terreur est alors violemment projetée au sol. L'homme en profite pour lui assener des coups de pieds au ventre. Tant et si bien que les vêtements du couple sont largement imbibés de sang et que la vieille dame se retrouve à l'agonie.
L'homme (furibond)
Alors, la vieille, tu croyais nous avoir aussi facilement, tu t'es pas fait assez tringler par ton mari, c'est ça qui te rend frustrée !!
L'homme sort un mouchoir en tissu, essuie la sueur sur son front, puis tire la vieille de l'entrée jusqu'au séjour.
L'homme (essoufflé)
Chérie
La perceuse
La femme repart batte à la main au fond de l'appartement, et revient avec une perceuse électrique.
La femme
J'ai pris un embout en acier, c'est plus prudent
La femme s'accroupit vers la vieille consciente mais dans un état semi-comateux. Elle approche la perceuse de la tempe de la vieille dame. Celle-ci est fermement tenue par le mari. Au moment d'appuyer sur le bouton, une sonnerie de portable retentit. Il s'agit de l'air de "Vive le vent".
Le couple se regarde. L'homme prend le portable situé dans la poche du gilet de la vieille et répond.
L'homme (essoufflé mais prenant un air dégagé)
Allo ?
Un vieil homme (inquiet)
Allo ? Qui est à l'appareil ?
L'homme
C'est Monsieur Trépiti, le voisin du dessus.
Un vieil homme
Qu'est ce qui se passe, j'ai entendu du bruit ! Passez-moi immédiatement ma femme !
L'homme
Euh, elle est indisponible pour le moment, puis-je prendre un
message ?
La veille (d'un gémissement d'agonie)
Denis, à l'aide
Bruit sec de perceuse. Hurlement étouffé. Le sang gicle sur le visage du mari. silence.
Un vieil homme (inquiet, entendant un bruit de perceuse au téléphone)
Comment ça prendre un message, vous vous foutez de moi ou quoi ? Je viens de l'entendre ! Je descends !
L'homme raccroche horrifié.
L'homme (à sa femme)
Le vieux descend !
3 INT Soir Salon du vieil homme
Le vieux voisin prend un revolver dans le tiroir de son entrée, ses clés, et sort de son appartement.
4 INT Soir Entrée puis séjour de l'appartement
Par le juda, on aperçoit le vieil homme qui sonne sans s'arrêter à la porte.
La femme (sèchement à l'homme)
Va ouvrir. Je reste là.
Le vieux voisin continue de sonner. Soudain, la porte s'entre-ouvre. Il la pousse précautionneusement muni de son revolver, et entre. L'homme maculé de sang surgit pour l'étrangler violemment à l'aide d'un fine cordelette.
Tentant de se débattre, le voisin appuie une première fois sur la détente du revolver faisant un trou dans un mur. Puis un second coup part et un troisième. L'étrangleur se fige, puis s'effondre.
Après avoir tenté de reprendre sa respiration, le vieil homme titube à pas lents vers sa femme. Elle est allongée inerte, un trou béant dans la tempe, les yeux ouverts. Se rendant compte du drame, il l'enlace fermement et fond en larmes à ses côtés.
Le vieux voisin (désespéré)
Ma chérie, qu'a-t-il fait
Qu'a-t-il osé te faire
Le vieil homme sert le visage tuméfié de la femme contre sa poitrine. La perte de tout espoir se lit dans ses yeux. Il approche alors lentement son pistolet vers son visage, le place doucement dans sa bouche. Il charge le pistolet. Il tire mais au même moment le hurlement d'une femme devit le pistolet de sa trajectoire, créant un trou sanglant dans la joue du vieil homme.
Ce dernier s'effondre sur son épouse, la blessure est si violente qu'il tremble de tout son long en gémissant.
La femme (hystérique)
Tu croyais t'en tirer comme ça, vieux bouc !!
La femme prend le revolver à terre et vise le vieil homme. Elle enclenche à son tour le chargeur, retient sa respiration en regardant l'homme baigné dans son sang.
Mais derrière elle, apparaît soudain Kevin, muni de sa hache. En un geste ample et rapide, il fracasse la tête de sa mère sous l'il agonisant du vieil homme.
Le jeune homme (énervé, le portable en main)
Peut-on avoir le calme dans cette maison bon sang !! (s'adressant à son portable) Qu'est-ce qu'on disait
Ouais exact Christina Ricci
Quelle bombe celle là
Le jeune homme, retire la hache du crâne de la mère puis retourne tranquillement au fond de la maison. Le vieux voisin, lui, continue d'agoniser. Le salon baigne dans une marre de sang. Près de l'entrée, la boite de chocolats gît à terre. Certains d'entre eux sont à même le sol, une étrange substance verte s'en échappe. Le garçon se penche vers la boîte, en avale un, puis disparaît au fond de la maison, après quelques instants, un bruit sourd de quelqu'un qui tombe lourdement se fait entendre.
FIN
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