Pitch : Arrivé dans la villa familiale, un jeune homme redécouvre comme chaque année un débarras rempli de souvenirs du passé. Cette histoire est inspirée de faits réels.
1 EXT JOUR - Rue d'un village des Alpes de Hautes Provence
Tout est calme dans la rue de ce village bas-alpin. Une citroën BX immatriculée 75, chargée de bagages, pénètre dans la ruelle puis s'arrête devant le portail jaune d'une grande villa rectangulaire de trois étages. La façade blanc-cassée de la maison se dresse frontalement au bord de la rue, entourée d'autres villas et petits immeubles de tailles diverses.
Un jeune homme de 19 ans sort par la porte arrière du véhicule. Il est vêtu d'un T-shirt, d'un jean et d'une paire de baskets. Il porte un bracelet de tissu arc-en-ciel au poignet droit. Le garçon s'étire puis enlève les écouteurs de ses oreilles. Il regarde un instant le soleil qui tape fortement. Au même moment, un enfant de 7-8 ans sort brusquement de la voiture, ouvre le portail et cavale dans le jardin de la maison.
L'enfant (courant, un trousseau de clés à la main)
Enfin !!!
Le jeune homme regarde filer le garçon. Puis les deux portes avant du véhicule s'ouvrent lentement. La tête d'un homme d'une cinquantaine d'années apparaît.
L'homme (s'adressant au jeune homme)
Quelle chaleur hein
! Bon mon grand, on va ouvrir la maison
Dans une petite demi-heure, on videra la voiture, soit là
Le jeune homme (impassible)
Ca marche
Le jeune homme s'éloigne nonchalamment de la voiture et entrouvre le portail. L'entrée du jardin de la villa, couverte de gravier, est entourée de deux grandes façades : celle de la villa et celle, encore plus haute, de l'immeuble voisin. Au loin, au fond d'un triste jardin alpin, on aperçoit une petite bâtisse ancienne dont la façade est abîmée. Derrière cette bâtisse se trouve une route rehaussée où de gigantesques camions de marchandises passent à intervalles réguliers. Derrière cette départementale, les montagnes se dressent au loin.
2 EXT JOUR - Jardin de la villa
Le jeune homme pénètre dans le jardin de la maison. Celui-ci est constitué de deux prés verts au milieu desquels passe un chemin, les deux prés sont entourés de vieux arbres fruitiers qui ont bien du mal à passer les rigoureux hivers alpins.
Le garçon traverse l'un des prés pour rejoindre progressivement l'entrée de la petite bâtisse située au pied de la grande route. En chemin, il s'arrête devant l'un des sapins situé au coin d'un pré, il relève un instant la tête puis continue sa route.
Il arrive à gauche de la bâtisse, là où se situe l'entrée qui s'avère être une fragile porte en bois dévastée et craquelée par les années. Une grosse clé rouillée est sur la porte.
La voix chaleureuse et accentuée d'une femme âgée originaire du pays
Bonjour ! Comment va ?
Le jeune homme se retourne un peu surpris. De l'autre côté du grillage du jardin se trouve une dame très âgée, souriante, baissée sur son potager.
Le jeune homme (souriant)
Bonjour Madame Signoret ! Ca va et vous ?
Il se rapproche du grillage.
La voisine (chaleureuse)
Ca va, ça va, ça irait mieux sans cette maudite route
enfin !
Un camion passe bruyamment.
Le jeune homme (résigné)
Elle ne nous a pas pris notre cabane, c'est déjà ça !
La voisine (d'un sourire complice)
La volière ? Tes grands-parents appelaient ça la volière à cause des oiseaux qui nichent sous le toit ! Ah gamins, qu'est ce que vous avez fait comme nouba dans cette volière, vous, vos parents, et même vos grands-parents !
Le garçon sourit, un peu gêné. Un camion passe bruyamment.
La voisine
Au début du siècle, avant même la construction de la villa, elle appartenait à un artiste peintre qui vivait toute l'année avec un poêle ! Uniquement un poêle, tu te rends compte l'hiver ! Et puis
Les parents de tes grands-parents ont fait construire, il avait déjà pris le large alors
Ils l'ont récupérée !
Écoutant affectueusement, le garçon semble connaître l'histoire.
Le jeune homme
Je vais faire l'état des lieux, je vais peut-être retrouver une toile !
La voisine (accentuant le fait de ne pas vouloir gêner le garçon)
Alors, comme chaque année, je te laisse
Le jeune homme se retourne vers la vieille porte en bois. La peinture y est craquelée, un simple coup de pied semblerait pouvoir sérieusement l'endommager. Son poignet s'approche de la clé insérée dans la serrure, l'agrippe, et commence à la tourner. Après un petit blocage et un effort, le jeune homme arrive à faire un tour complet de clé, puis un second. La porte s'ouvre en raclant le sol. Cinq ou six hirondelles s'envolent par l'ouverture du toit de la bâtisse. Un camion passe bruyamment.
3 INT JOUR - Volière du jardin de la villa
Le jeune homme fait un pas dans la poussiéreuse volière. Il s'arrête un instant et prend une respiration. Derrière lui, à l'extérieur de la bâtisse dans le jardin d'à côté, la vieille voisine semble avoir disparu.
La volière est pleine de vieilleries qui font penser qu'on est dans un débarras : une table en bois abîmée, une poussiéreuse tondeuse à fil, une table de jardin en métal blanc, un banc en bois vert kaki dont l'un des pieds est cassé. Le garçon semblant jouir de l'instant fait quelque pas dans le petit espace. Il tire le tiroir de la table en bois et sort un plateau du jeu de l'oie qui semble très ancien. Il le regarde, puis s'en désintéresse, davantage attiré par le vieux piano à moitié protégé par une couverture. Il ôte la couverture faisant jaillir de la poussière puis ouvre le battant qui protège les touches. Concentré sur ses doigts, il se met à jouer de façon hésitante les premières notes de la "Lettre à Élise". A travers l'une des deux fenêtres crasseuses qui donnent sur le jardin, on aperçoit au loin plusieurs personnes habillées comme au début du siècle et qui semblent discuter autour de la table de jardin. Le doigt du jeune homme hésite plus longuement, puis une fausse note Le garçon se lève. Le coin de jardin semble à nouveau vide.
Il s'approche ensuite du vieux poêle au fond de la pièce. Il soulève le dessus, apparaissent alors au milieu d'une épaisse couche de cendre quelques bouts de pétards, morceaux de papier de couleurs, pommes de pain calcinées et autres feuilles mortes. Le garçon sort de sa poche une carte postale froissée sur lequel on découvre un tableau représentant un paysage de montagnes. Il sort un briquet et la brûle entre ses doigts. La flamme s'accroît doucement mais sûrement. Au dos de la carte est inscrit en lettres manuscrites "J'espère qu'on restera amis, Céline".
Le jeune homme (soufflant puis lâchant le petit bout de carton)
Oooups
merde
La carte finit de se calciner par terre, sous la chaussure du garçon. Ce dernier regarde à gauche puis à droite.
Il ouvre alors grand les deux fenêtres de la bâtisse donnant sur le jardin et la villa. A ce moment, il aperçoit son père au premier étage de la villa qui ouvre l'un des volets du premier étage.
L'homme (faisant un signe du bras, l'appelant)
Alors mon fils, la volière a bien passé l'hiver ?
Le jeune homme (faisant porté sa voix)
Bien sûr
tu la connais !
Désormais, le soleil éclaire mieux le débarras. Le garçon se retourne vers les murs. D' étranges et immenses personnages en train de danser ont été dessinés au feutre bleu sur deux des murs recouvert de plâtre. Au bas de l'un des personnages est écrit en lettres psychédéliques : "WoodStock 1969". Le garçon sourit.
Sur l'un des murs faisant la largeur de la volière se trouve une suite désordonnée mais colorée de signatures et de prénoms en tout genre "Olivier", "Marie", "Fred", "Arnaud", "Nico" écrits aux gros feutres de couleurs Après s'y être attardé quelques instants, le garçon semble attiré par le placard en bois sculpté fixé au coin de l'un des murs.
Dégageant alors quelques encombrantes vieilleries, il se dirige vers celui-ci et l'ouvre grâce à une clé. Plusieurs albums de famille y sont soigneusement installés sur une étagère. Sur la rangée du dessous, un tas de lettres manuscrites usées par le temps sont entassées. Quelques photos du début du siècle traînent également : un nourrisson dans un landau, trois dames au regard sûr et à la tenue noire très stricte dans une cuisine, un militaire fier de poser en tenue Le jeune homme prend les premières lettres qui se présentent à lui. L'épais papier jauni contraste avec l'encre noir de l'écriture très soignée de l'époque. Le jeune homme parcourt les lettres, au milieu des longs paragraphes, quelques phrases apparaissent, ici : "Mon cur, tout va bien à la villa ", "Rien ne vaut de voir nos enfants jouer ", là : "Nos cousines sont enfin arrivées", " sommes si heureux : Helena a eu un petit Léon "
Il repose ensuite les quelques lettres à même l'étagère, en ayant pris soin de les empiler à peu près correctement. Sa tête se tourne enfin vers le versant intérieur de l'armoire. En un geste, sa main semble pousser une petite applique en bois à peine visible. A l'intérieur se trouve une photo jaunie où on le découvre lui, à quatre ou cinq ans, tout sourire et en culotte courte, accroupi à côté d'un camarade de jeu du même âge qui affiche également la joie sur son visage. Au feutre, deux prénoms inscrits dans une écriture enfantine très maladroite : "Johan + Eric : pour la vie".
Soudain, un ballon de football jaillit dans la pièce, heurtant de plein fouet le battant de l'armoire. Le garçon a juste le temps de replacer la photo dans sa cachette.
Le jeune homme (hurlant un peu énervé, se tournant vers la fenêtre)
Oh ! Ca va pas ?!
L'enfant (inquiet de sa bêtise)
Pardon !
Le jeune homme
Papa et maman t'ont dit de pas jouer au foot face à la cabane !
L'enfant
Ouais mais y a plus rien pour faire les cages !!
Le jeune homme sort de la petite bâtisse. Par l'une des fenêtres de la cabane, on le voit se diriger dans le pré vers le petit garçon.
4 EXT JOUR - Jardin de la villa
Affichant un air méchant cachant mal une grande complicité, le jeune homme porte à bout de bras le trouble-faite.
Le jeune homme
Dis donc, P'tit gamin, t'as envie de retourner à Paris !?
L'enfant (souriant et se débattant)
Naaaan !
Le jeune homme
Je vais t'arracher les yeux moi puisque tu vises si mal, ils te servent à rien du tout !
L'enfant (rigolant toujours et se débattant)
Naaaan ! Je te visai justement !
Le jeune homme (amusé, retenant l'enfant)
Non mais t'as pas honte !
Le jeune homme embrasse le garçon dans le cou tout en essayant de le chatouiller.
L'enfant (éclatant de rire)
Pouah, au viooool !!!
L'enfant arrive à se libérer mais pas pour longtemps, des éclats de rire se font entendre dans un début de lutte fraternelle au milieu du pré.
Des bruits de pas sur le gravier attirent soudain l'attention des deux garçons. Quatre jeunes gens, suivis de deux autres, arrivent dans le jardin.
Un des jeunes garçons
T'arrêtes de martyriser ton frangin !!
Le jeune homme (lui souriant)
Tiens v'là les cousins
Mais c'est pas de ma faute si les parents ont accouché d'un démon !!
Le jeune homme (se tournant vers le petit garçon)
Va prévenir les parents que les cousins sont arrivés.
En un instant, l'enfant court vers le perron de la villa et pénètre dans la maison.
Le jeune homme se relève et s'approche de ses cousins pour les saluer. L'un d'eux ressemble étrangement au petit camarade sur la photo. Le jeune homme lui serre la main, tous deux portent un bracelet couleur arc-en-ciel. Dans le fond du jardin, on aperçoit la volière, ses deux fenêtres sont grandes ouvertes.