1 EXT JOUR
Deux garçonnets torses-nus de 7-8 ans chahutent dans un pré situé au pied des montagnes alpines. Leurs chaussures foulent allégrement l'herbe verte et abondante qui tapisse le sol. Soudain l'un d'eux aperçoit quelque chose à terre. Il se précipite de tout son long sur l'herbe, bientôt rejoint par son camarade. Deux immenses visages angéliques, scrutant avec des yeux écarquillés le spectacle qui s'offre à eux, nous font face.
Le visage de gauche (émerveillé par le spectacle)
Oooooh ! T'as vu !?!
Le visage de droite
Ouah ! Qu'est-ce que c'est ?
Le visage de gauche
On dirait un trou
Les deux garçonnets se regardent en fronçant les sourcils puis scrutent à nouveau l'étrange spectacle.
Le visage de droite (inquiet)
Il est bizarre
Il est tout fin
Y a quoi dedans ?
Le visage de gauche (le garçonnet approche son doigt)
On dirait qu'il y a un petit
bouton rouge !!
Le visage de droite (inquiet, murmurant à peine)
Fais gaffe, on dirait même que c'est rempli de petits boutons rouges
Le doigt de l'enfant se rapproche
Si près de l'objectif que les visages
disparaissent. Au même moment, un bruit d'aspiration aussi court que violent se fait entendre et l'écran devient entièrement noir.
Silence . Bientôt rompu par le bruit de gouttes d'eau qui claquent sur un sol humide.
2 INT SOIR Entrepôt
Ouverture au noir.
Un énorme entrepôt rectangulaire désaffecté laisse à peine traverser quelques rayons de lumière au travers de ses vitres envahies de crasses. Des gouttes d'eau tombent un peu partout, créant ça et là de vastes flaques. Un bruit sourd d'aération rend l'atmosphère encore plus pesante.
Au milieu de ce gigantesque endroit se trouve un grand lit rectangulaire dont le dessus est rouge. A l'opposé, dans un coin de l'entrepôt, trois fillettes coiffées jouent à la corde à sauter dans un parfait silence. Elles portent de longues robes roses en dentelles.
Le lit possède une charpente en bois sculpté qui semble très solide. Un homme très âgé y est paisiblement couché sur le dos, ses bras sont le long de son corps. Il regarde fixement face à lui. Son visage est très ridé. Ses yeux sont noirs.
Le vieil homme (parlant lentement)
Finalement, cette vie aura été bien étrange. J'ai eu trois délicieux enfants, une femme merveilleuse, j'ai vécu des épreuves et des bonheurs, mais j'en suis resté à la même méconnaissance de ce qui m'a été donné
Même aujourd'hui, rien ne semble avoir changé
Mon bilan est-il positif
ou négatif
qu'importe
J'ai été vivant
Les yeux fatigués de l'homme se ferment. A cet instant, une comptine fredonnée par des fillettes brise le silence. D'abord récitée doucement, celle-ci est de plus en plus fortement déclamée. De la même façon, le bruit de l'aération que l'on entendait jusque là devient de plus en plus fort.
3 INT MATIN Chambre
Un adolescent torse-nu se réveille brusquement en se redressant sur son lit. Sa respiration rapide et appuyée semble indiquer qu'il a fait un cauchemar. Ses sourcils se froncent presque instantanément : l'adolescent contrarié baisse la tête vers son entrejambe.
L'adolescent
Et merde
Il prend un mouchoir en papier sur la table de nuit et s'essuie le bas ventre. Puis il jette le mouchoir dans une corbeille à la façon d'un basketteur. La chambre de l'adolescent est parfaitement désordonnée. En un instant, celui-ci sort de son lit, enfile un jean et un T-shirt et en sort.
4 INT MATIN Appartement
L'adolescent traverse un couloir et arrive dans un salon sombre meublé façon IKEA. Au milieu de la pièce se trouve un cercueil vide fixé sur un porteur mécanique à environ un mètre vingt du sol. Le long du cercueil se trouvent, tous habillés en noir, un homme de 45-50 ans, une femme du même âge et une fillette d'une dizaine d'années. Tous baissent les yeux vers le cercueil.
L'homme voyant arriver l'adolescent relève les yeux.
L'homme (d'un ton amical)
On y va, mon grand ?
L'adolescent (souriant, assez confiant)
Ok.
L'adolescent s'installe dans le cercueil. Il est désormais couché les bras le long du corps. Le plafond rose du living apparaît au-dessus de lui. Les mains des trois individus placent le couvercle sur le cercueil, faisant progressivement disparaître le plafond, et plongeant ainsi l'adolescent dans un noir absolu.
Noir.
Plusieurs respirations profondes se font entendre couvertes par quelques rapides coups de marteaux. Puis trois coups beaucoup plus sourds.
5 EXT SOIR Terrain vague
La tête rouillée d'une grosse pelle s'écrase fortement et à plusieurs reprises sur un long tas de terre d'une vingtaine de centimètres de haut. C'est un homme sale d'une soixantaine d'années, une vieille cigarette à la bouche, qui agite l'outil.
L'homme (prenant une bouffée de cigarette)
En v'là un qui nous embêtera p'us !
À côté de lui, une jeune femme au regard vide fixe la motte de terre.
La femme
Tu crois qu'il va mettre longtemps à mourir là-dessous ?
L'homme (regardant la femme avec un air de profond mépris)
Pfff
L'homme (scrutant alors le tas de terre avec un sourire sadique)
Cela va certainement être long et douloureux
La peur va d'abord lui faire perdre son raisonnement logique
Il va multiplier les gestes brusques inutiles
au point de sa blesser un peu partout
Puis, après avoir longuement paniqué, il va ressentir une sorte de découragement résigné
Il va ensuite perdre complètement pieds avec la réalité toujours à cause du manque d'air
Il oubliera peu à peu où il est
Et il succombera alors lentement dans un pénible désespoir
La femme (froide, mâchant grossièrement un chewing-gum)
Ben merde
C'est horrible
L'homme s'approche alors de la femme, l'enlace bestialement.
L'homme
J'ai envie de te sauter, mon petit trou !
La femme (éclatant de rire vulgairement)
Tu réfléchis vraiment avec ta queue !
L'homme (grognant)
Oui, oui, oui !
L'homme lève la courte jupe de la femme et lui baisse sa culotte. Ses formes ne sont pas jolies. Il sort alors son sexe. Dans l'excitation et la violence du geste, les deux amants se déséquilibrent tout en restant debout. La femme éclate de rire. Ils semblent ne pas se rendre compte qu'ils se trouvent désormais sur la motte de terre, puis commencent à faire l'amour bestialement. Leurs pieds nus sont largement enfoncés dans la terre. Des gémissements se font entendre. Puis un gémissement plus fort.
6 INT SOIR Chambre
Dans une chambre spacieuse et richement meublée se trouve un grand lit rouge dont le dossier est arrondi. Un couple entièrement nu d'une trentaine d'années y est allongé. Les courbes des deux corps sont parfaites. La femme enlace de son bras le ventre de son amant, l'homme est sur le côté, il regarde le visage endormi de la femme. Sa tête est couchée sur l'oreiller. Il est paisible mais semble pensif.
L'homme (murmurant)
Ma chérie ?
La femme (ouvrant doucement les yeux vers l'homme)
Oui
L'homme
Tu ne doutes jamais
de nous ?
La femme (confiante)
Si
Tu le sais
Silence.
L'homme passe délicatement sa main dans les cheveux de la femme. Il semble songeur. Une larme coule le long de son visage impassible.
La femme (regardant le visage de l'homme)
chut
Le visage de la femme se rapproche, sa bouche embrasse la joue de l'homme à l'endroit de la larme.
La femme (lui susurrant à l'oreille)
Je t'aime mon cur
L'homme (enlaçant la femme)
Moi aussi ma puce
Les deux amants s'endorment un peu plus proche l'un de l'autre. Dehors, la pluie tombe dans la nuit.
7 EXT JOUR Moyenne montagne
Il fait un grand soleil au cur des montagnes alpines. Un jeune homme d'une vingtaine d'années gravit non sans effort un sentier assez raide. Il est suivi par un couple d'une petite quarantaine d'années, qui est encore plus essoufflé. Les sacs à dos semblent lourds.
Le jeune homme (se tournant vers son ami)
Qu'est ce qui nous sépare à ton avis ?
L'homme du couple (surpris)
Je sais pas
Rien !
Le jeune homme
Rien ? Je suis seul comme un idiot, tu es en couple ! Ce n'est pas rien !
L'homme du couple
Ah, non mon vieux, ça ça nous sépare pas, ça nous différencie !
Le jeune homme
Ouais, toi tu es heureux, moi je suis seul comme un con
L'homme du couple
Je sais pas si tu es moins heureux que moi, mais en tout cas, ta solitude te rend effectivement très bête
Le jeune homme
Pourquoi tu dis ça ?
L'homme du couple (souriant)
Parce que tu crois que nous, en formant un couple, on a instantanément accès au bonheur, comme si c'était un passe droit
? Tu compares l'incomparable, mon vieux
Je trouve ça un peu
simpliste ! Ca se voit que tu n'as pas beaucoup d'expérience
Le jeune homme (sur un ton plaintif)
J'ai même jamais eu de relations sérieuses
L'homme du couple
Oui, je sais, on en a déjà parlé ! Et je t'ai répondu que consacrer une vie entière à un être valait bien qu'on investisse un peu de recherche ! Fais ton chemin
Cultive ton jardin comme dirait l'autre, et j'ajouterai, sois heureux de le cultiver !
Le jeune homme
Et si je me retrouve à la fin de ma vie seul et sans enfant ? Tu imagines la sensation juste avant de mourir ?
La femme du couple (lui souriant affectueusement)
Tu es mignon
Le jeune homme (attristé par la réflexion)
Ouais c'est ça "Je ne voudrais pas dire du mal mais il est gentil
"
Les trois jeunes gens arrivent au bout du sentier qui se trouve être le sommet d'une montagne. Ils découvrent avec émerveillement, mais non sans fatigue, les immenses chaînes de montagnes alpines qui se déroulent sous leurs yeux. Les deux garçons sont côte à côte, le couple se tient la main.
L'homme du couple (s'adressant au jeune homme)
Tu penses à quoi là ?
Le jeune homme (ébailli devant l'horizon de montagnes)
Je trouve ça fabuleux ! Juste
Fabuleux !
L'homme du couple
Tu comprends mieux ?
Le jeune homme (songeur, le regard perdu dans l'immense horizon)
Ouais.
L'homme du couple
Et ouais
!
Le jeune homme
C'est si simple
L'homme du couple (amusé)
La prochaine fois on fera un 4000, on verra si tu trouves ça simple
Le jeune homme (inquiet, regardant son ami)
Les trois individus défont leurs sacs et s'allongent sur le petit terre-plein pour prendre le soleil. L'immense horizon des montagnes se dessine face à eux.
FIN