Dimanche 24 avril 2005

Cette fois-ci, c'était la bonne ! Je refis le lacet de ma basket droite en ne relachant pas du regard l'assistant du prof de gym. Comme à son habitude, il avait attendu que le gymnase soit vidé après le cours pour effectuer quelques sauts sur le grand trampoline. Il voulait être tranquille et se détendre avant de filer aux vestiaires. C'était sans compter ma détermination.


Le regard fixé sur ma proie, je dévalai donc les marches des gradins d'un pas décidé. Tout en continuant de sauter, il me regarda les yeux écarquillés. Qu'importe sa réaction, qu'importe notre différence d'âge. Je grimpai sur le trampoline et commençai à prendre de la hauteur.

 

- Monsieur ! Fis-je alors que nous n'étions pas du tout synchroniser dans nos sauts

- Ou... Oui ?

- Il faut qu'on parle !

- Ca peut peut-être attendre que j'ai terminé ?

- Non !


J'arrivais progressivement à sa hauteur.

 

-Monsieur, vous avez remarqué... les marques que j'ai au visage ?

-Oui... Tu t'es fais ça comment ?

 

- C'est les élèves de Terminal... qui m'ont frappé, répondis-je fièrement.

- Ah bon ?? Pourquoi ? Fit-il surpris de cette réponse.

- Parce que je suis homosexuel, dis-je en arrivant au plus haut de mon saut.

- ...

- ...Et que je vous aime !


Ce furent mes dernier mots. A peine eus-je terminé ma phrase que je manquai le trampoline et arrivai directement sur le sol du gymnase. Je perdis connaissance.


Quelques minutes plus tard, un peu groggy, j'entendais des gouttes d'eau s'écraser au fond d'un lavabo. Tout était noir, ce qui me parut normal à l'instant où je pris conscience que j'avais les deux yeux fermés. Du fait de la conversation qui venait de se produire, j'entrouvis prudemment un oeil. J'étais allongé dans un des vestiaires du lycée. Il n'y avais heureusement rien d'humain dans les parages.


Soudain un visage, le plus charmant de tous, apparut dans mon champ de vision.

 

- Ca va ? Me demanda-t-il.

- Oui... murmurais-je après un petit sursaut.

- Tu veux pas ouvrir l'autre oeil ?

- Si si... Fis-je en ouvrant l'autre oeil. Qu'est ce qui c'est passé ?

- Tu as loupé le trampoline... Je t'ai amené ici car tu avais perdu connaissance.

- Ah... Désolé...


J'imaginais cette superbe scène qui consistait à être porté par ce que l'on pouvait désormais considérer comme un héros.

 

- Tu as mal nulle part ?

- Non non...

- C'est sûr ?

- Ben... oui...


C'était faux bien sûr.

 

- Suis mon doigt sans bouger la tête...


Il alla lentement de droite à gauche et de gauche à droite.

 

- OK... Et tu es amoureux de moi alors ?


On ne se rend pas compte à quel point les six mots apparemment anodin d'une phrase peuvent avoir des conséquences énormes sur le battement d'un coeur. Je me suis assis sur le rebord du banc sur lequelle il m'avait allonger.


- Ben... Oui ! Fis-je en découvrant une bosse sur ma tête.


Il sourit amusé.

 

- T'es mignon...

- C'est vrai ? Enfin je veux dire... Vous me trouvez mignon ?

- Oui, mais je ne suis pas amoureux de toi ..

- ...

- Je ne suis pas homo...

- J'ai perdu mon pari alors...

- Quel pari ?

- J'avais parié avec mon meilleur ami que vous êtiez homosexuel...


Il me regardait avec l'air d'un homme faussement atteint dans son amour propre.

 

- Non mais j'ai l'air d'un homo ?

- Ben... Vous êtes plutôt fin...

- Je te ferai dire que j'ai une copine ! Haussa-t-il le ton...

- Désolé... Je voulais pas dire que vous n'êtiez pas viril... au contraire même... Vous êtes...

- Je ne suis rien du tout... Et certainement pas homo... Et... Et pour être franc, je trouve ce qu'ils font assez dégoutants...

- Ben vous êtes pas obligé de faire comme eux... Et puis il font bien ce qu'ils veulent ! Deux garçons qui s'embrassent, ça ne me gêne pas...


A cette réponse, il écarquilla les yeux pour je ne sais quelles raisons.

 

- Mais... Tu es bien sûr d'être homo du haut de tes 15 ans ?

- Mais je suis pas homo moi !!


Il me regarda à nouveau étonné, se demandant sans doute à quel phénomène il avait à faire.

 

- Je veux dire... A part vous, il y a aucun garçon qui m'attire... Je pense que c'est spécifique à vous...

- Spécifique à moi ?

- Oui... Et en plus, ma mère n'acceptera jamais que je sois homo... Et d'ailleurs moi non plus, ca pose beaucoup trop de problèmes...

- On ne choisit pas par qui l'on est attiré de toute façon. Ca s'impose à nous. On choisit simplement d'assumer cette attirance.


Je ne voyais pas trop la différence.

 

- Dis donc, tu saignes beaucoup du genou... répondit-il en détournant la conversation.

- Oui je sais...

- Tu es plutôt du genre à cacher ta douleur non ?

- ...

- Remonte ton jogging, je vais... je suis obligé de nettoyer ta plaie.


Il semblait très pro dans ses gestes. Je le regardais avec admiration et confiance me soigner. Je profitais de cet instant.

 

- Aïe....

- Je croyais que tu étais du genre à pas montrer ta douleur.

- Sauf quand ca pique...

- Ecoute, ce que je peux te conseiller, c'est de prendre du recul...

- Non, fis-je en le regardant d'un air renfrogné.

- Si...

- Non. Aïe... gromelais-je en tenant machinalement mon bras.

- Chut... Contente toi de ravaler ta douleur...

- Je vous aime... lui murmurais-je une dernière fois le plus bas possible.


Nos regards se croisèrent une dernière fois. Soudain entra en trombe le professeur de sport, prêt à rentrer chez lui.

 

- Qu'est ce que vous foutez encore là tout les deux ?


J'appréciais beaucoup le personnage, mélange perpétuelle de colère et de gentillesse. Il s'approcha vers moi, tourna mon menton vers lui et ferma un oeil pour mieux regarder.

 

- Qu'est-ce que c'est que ces marques ?

- Il est tombé du trampoline.

- Non, je ne parle pas de son genou, je parle de son visage jeune homme. Il faudrait apprendre à parer les coups mon vieux.

- C'est les élèves de Terminal à cause de...

- Je m'en fous ! Tu diras à la bande de bras cassés de Maxime que si je te revois avec des marques, je les prends un par un par les couilles et je les fous dehors.


Comment savait-il que c'était Max ?

 

- Et la semaine prochaine, tu feras dix tours de gymnase pour apprendre à ne pas faire de trampoline sans mon autorisation, dit-il d'un ton sec en tâtant mon genou.


Il ressortit en claquant la porte. Nous nous regardâmes interloqués avec l'assistant qui finit par le suivre.

publié dans : UNIVERS
recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

Adresse de trackback pour cet article :

http://ann.over-blog.com/trackback.php?ref=55365&ref_article=295903
ajouter un commentaire créer un trackback  

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Newsletter

Inscription à la newsletter

Recherche

 
depot nom de domaine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus