"La lecture est un coît entre deux cerveaux : le mien et le tien".
Voila ce qu'avait retenu et affiché l'énorme machine publique à traiter la lecture. Autrement dit, une phrase sur les quatre mille qu'elle avait ingurgitée. Face à elle, l'auteur, dégoulinant de transpiration et mal rasé, attendait le verdict les yeux exhorbités. Il savait que ses chances étaient minces, comme toutes celles des auteurs débutants qui devaient se soumettre à l'examinateur automatique.
Après un long silence, la machine commenca à s'emballer. La réponse était proche. De la fumée sortit de ses tubes et envahit le grand hangar industriel qui acceuillait les auteurs. Les cinq gros boutons du panneau avant (bleu, vert, jaune, orange, rouge, noir) clignotèrent à tout rompre. Les vibrations émises par le moteur du monstre d'acier devinrent de plus en plus fortes. Apeuré par ces réactions, l'auteur fit un pas en arrière, solidement agrippé à son unique manuscrit.
Soudain, une énorme sirène retentit. Un bras articulé sortit d'une petite ouverture prévue à cet effet. Il brandit violemment un panneau inscrit "LIVRE INVENDABLE, MERCI DE RECOMMENCER". L'auteur en tomba à la renverse, éparpillant maladroitement toutes les pages de son unique exemplaire.
Après avoir tenté de rassembler les feuilles, l'homme s'écarta de la machine, se dirigeant bouleversé vers l'immense porte du hangar. Au-dessus de celle-ci, une bâche mal entretenue indiquait "EXAMINATEURS AUTOMATIQUES D'OEUVRE LITTERAIRE, TOUS LES AUTEURS D'OEUVRE S'OPPOSANT AUX INTERETS DU GOUVERNEMENT SERA PUNI".