Je parlais d'ambiguïté concernant mes relations avec la ville. Ce n'est cependant rien en comparaison des relations que j'entretiens avec ma famille... Ah la famille, toujours là quand il faut et, surtout, quand il ne faut pas...
Dernier d'une fraterie de 4 garçons, j'ai donc la chance d'être issu d'une famille nombreuse. Mouais, "chance" n'est peut-être pas le bon terme. J'ai mis du temps à le comprendre, mais force est de constater que derrière ces airs agréables, ma famille -mes trois frères, mon père, et ma mère- n'ont pas toujours été à la hauteur.
Je n'ai pas pour habitude de cracher dans la soupe et je ne le ferais pas ici. Ma famille a toujours été présente. Matériellement. L'argent de poche tombe tous les mois. Et sans doute que si j'intentais un procès à mon père pour "maltraitance sur enfant à charge", je perdrais sans appel mon procès. Et ce ne serait que justice.
C'est davantage dans les relations quotidiennes que j'entretiens avec la cellule familiale qu'il y a définitivement un malaise. On pourrait résumer ces relations par l'expression "entente cordiale", terme diplomatique utilisé lors de la guerre froide qui cachait mal le malaise, mêlé d'une ignorance mutuelle volontaire, qui dominait les deux partis.
Pour se lancer dans des grandes discussions philosophiques à l'heure du dîner, mes parents et mes frères sont toujours les premiers. Je dis "philosophiques" mais je pourrais rajouter "politiques", "religieux", "méta-physiques", "cinématographiques", "zététique" et j'en passe... Bref, pour parler dans le vent, ma famille, et je m'inclus dans le groupe car je prends un certains plaisir à rentrer dans ce jeu intellectuel, est une championne du monde. Et Dieu sait, pendant ces débats, le mal que j'ai longtemps eu à convaincre mes frères que le Front National n'avait pas de "bonnes idées, au fond" et que les homosexuels n'étaient pas "tous des malades".
Car ce qui manque réellement dans cette famille glosophile, c'est bel et bien la communication vraie. Celle qui change le quotidien et qui daigne s'interesser un peu aux problèmatiques individuelles et non plus conceptuelles. Celle qui unit et non qui développent inlassablement les égos de chacun, au détriment de l'intérêt vrai porté à l'autre. Pour cela, Jerôme, le second en partant du haut, est d'ailleurs le champion toute catégorie. Même si je l'apprécie par ailleurs énormément, on ne peut que rester ébéter devant son infinie capacité à refaire l'univers en considérant ses auditeurs comme de vulgaires oies qu'il faut généreusement nourrir.
Les années passent, les discussions sont toujours les mêmes. Cette famille là est très politiquement correcte, diablement intelligente, mais a oublié un concept fondamental dans une famille : la tendresse (la vraie). La tendresse fraternelle, qui n'a jamais existé entre nous, la tendresse parentale, qui se limitent à quelques paroles.
Dans ce contexte, difficile de ne pas se poser des questions. Cela mène en tout cas à un constat très simple : nous vivons ensemble de la même façon que des voisins qui se connaissent vaguement. La diplomatie est le maître mot, la cordialité et le rire s'y insérent parfois. Mais les distances doivent (culture familiale oblige ?) être rigoureusement respéctées. Au risque, peut-être, de ne jamais se connaître réellement...
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