Javais limpression de lavoir vécu 1000 fois ce samedi soir. Moi assis sur lun des deux lits jumeaux à lire un article sans grand intérêt de « Têtu », mon meilleur pote sur son lit à jouer à la Game Boy comme si le monde autour de lui avait disparu. Dehors, le cliquetis de la pluie avait le mérite de bercer notre soirée.
- Jai réfléchi hier soir, fis-je lair de rien
Pas de réponse. Je levai les yeux de mon journal et le regardais.
- Je disais : jai réfléchi hier soir ! Répétais-je un ton au-dessus.
- Ah
cool
Silence.
Il avait lair con devant ce minuscule écran Son t-shirt était trop court, on voyait son nombril et son caleçon. Vision typique qui éveille les sens de lhomo de base se retrouvant face à lhétéro innocemment exhibitionniste. Il leva les yeux une seconde.
- Arrête de me mâter, pédophile !
- Tu as cinq mois de plus que moi ! Lui rétorquais-je surpris de m'être fait découvrir.
Il nécoutait déjà plus.
-
Et donc, ben je me disais que jen avais marre dêtre seul !
-
Ouais
moi aussi
Mais bon moi je cherche des filles, désolé, ça va pas être possible.
- Nan mais sérieux
On a 18 ans et on est là comme des vieux célibataires à la retraite un samedi soir
-
Bof, moi ça me plait bien
- Ouais, dodelinais-je de la tête. Bof
On se complait trop dans notre petit univers fermé
Il faudrait que je drague plus les mecs !
- Ouais, moi aussi
- Je suis peut-être moche
- Vu le nombre de coups que tu mas cassé en soirées, je pense pas.
- Y a des fois, je me dis que je passe trop de temps à me faire des films qui ne servent à rien, à matter des sites porno sur Internet, à épuiser mon sperme inutilement
Ca a un côté morbide, non
?
- Quest ce que tu racontes ? Répondit-il étonné de mentendre parler comme ça.
- Quoi ?
- Ben, cest dégueu ce que tu dis !
- Non mais cest vrai
Silence. Il me regarda les yeux dubitatifs comme si jétais devenu sa Game Boy.
- Genre tas toujours été sage devant Internet
- Ben non
me dit-il en souriant.
- Et alors ?
- Et alors
? Cest relaxant, voir ces nanas à poils se faire
- Stop !
-
doigter, souria-t-il dun air crétin.
- Stop !
-
lécher, défoncer !
- Arrêtes ! Jai les mêmes en mecs !
- Ben tu vois, et taimes pas ?
- Mmmm
lui répondis-je en faisant mine de réfléchir. Jai passé des soirées entières à rêver de Jake Gyllenhaal, à le prendre dans toutes les positions, à le baiser dans tous les lieux insolites sur Terre, à lui faire subir les trucs les plus bestiales que tu peux imaginer. Bref, je me suis épuisé à fantasmer
- Et ?
- Et lautre jour, il mest arrivé un truc incroyable
- Il est apparu !
- Non, au contraire, il mest sorti de lesprit ! Lui et tous les fantasmes qui laccompagnaient
En fait, jarrivais pas à dormir. Je réfléchissais à tout ça, au fait quon est trop souvent dans des fantasmes hard-core et que ça finissait par nous couper du monde
Et à un moment, il y a eu une image qui est apparue dans ma tête et qui ma fait comprendre quil fallait que jaille voir ailleurs si le prince charmant y était.
- Quelle image ?
- Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer tendrement mon futur copain.
- Qui ? Jack Gulandal ?
- Non !! Mon futur copain
Que je connais pas encore ! Cétait un inconnu
Mais quelquun que jallais aimer et qui menlacer
Jai senti la peau de son torse contre le mien ... Une seconde ! Et cétait fini !
- Ah
- Cétait exactement la sensation charnelle que tu ressens au moment tu enlaces la personne que tu aimes
Tu vois ce que je veux dire ?
- Ca colle aux doigts
- Quoi ?!?
- Ca colle aux doigts ton romantisme ! Cest du sucre
- Oh va te faire voir
fis-je contrarié de constater quil nen avait rien à faire.
Je me replongeai dans larticle nul de « Têtu », coupant nette la conversation.
- Tes marrant quand tu tu ténerves rétorqua-t-il amusé Tu perds 10 ans dun coup !
Je le regardai à nouveau du coin de lil.
- Enlève ton t-shirt ! Lui demandais-je dun ton déterminé.
- Quoi ?
- Enlève ton t-shirt !
- Pourquoi ?
- Je vais texpliquer ce que jai ressenti pendant cet instant
- Nimporte quoi, tas fumé ce soir, cest pas possible
Sans attendre, je commençais à enlever le mien.
- Tu fais quoi ? Me grommela-t-il.
- Je fais pareil
Met toi debout face à moi !
Il se mit debout mais, bien sûr, sans rien enlever. Pas par pudeur, on se connaissait depuis suffisamment longtemps pour quil sen fiche, mais par flemme.
- Allez !! Fis-je en lui ôtant moi-même le vêtement.
Il était franchement mignon quand il prenait son air renfrogné. Son torse fin était parfois tacheté de rousseurs, et légèrement mate. Il savait que jaimais le mater. Il avait à la fois ce côté ange blond (surnom que je lui donnais) et cette puissance juvénile si caractéristique des garçons de 20 ans.
Jéteignais ensuite la lumière principale de la pièce pour créer une ambiance plus intime. Il me regardait le sourcil droit levé, comme pour montrer son incrédulité face à cette situation.
- Mets tes mains le long du corps et ferme les yeux.
- Les enfants, tout va bien ? Questionna une voie agressive de femme à lextérieure de la pièce.
- Cest ma mère, fit-il en restant faussement stoïque.
- Je sais. Dis lui « oui ».
- Oui !
Elle était déjà partie.
- Vas-y mets tes mains le long du corps et ferme les yeux, luis dis-je en accompagnant son mouvement de mes mains.
- Et
- Chht, tais-toi et oublie moi totalement, cest très important, essaye simplement de ressentir ma présence physique
murmurais-je.
Le silence dura trente secondes. Autant dire une éternité pour deux garçons de 18 ans dans une même pièce. On nentendait que la pluie qui sécoulait doucement dans les gouttières de la cours. Trente secondes pendant lesquels il se remémora ce que je lui avais dis : « Pendant lespace dune seconde, jai imaginé enlacer lêtre aimé ».
Je me suis rapproché de lui. Nos deux torses se sont touchés. Jai simplement mis mes bras autour de son cou. Il ma suivi en mettant les siens autour de mon ventre. Jai posé ma tête. Jimaginais à cet instant que nous pouvions être ensemble et nous aimé physiquement. Il a posé sa tête sur mon épaule. Jai senti sa main parcourir le dos inconnu quil découvrait. Ce nétait pas moi quil enlassait, mais un corps de garçon qui lapprivoisait. Il savait à cet instant ce que javais ressenti. Il me repoussa alors violemment.
- M
Merde, fit-il les yeux remplis de peur.
- Quoi ? Fis-je également un peu apeuré
- Comment tas fait ça ?
- Fais quoi ?
- Je crois que jai ressenti un truc
pour toi
- Je tai juste
montré
- Mais je suis pas homo
Enfin, je crois pas !
Merde
- Cest pas la question, tu as juste ressenti un truc que jai provoqué
- Tu me pousses à être homo ou quoi ?? Maccusa-t-il avec colère.
- Désolé jaurai pas dû
Je pensais pas
- Putain
grommela-t-il en se grattant la tête comme perdu
- Mais
Tas pas aimé
?
- Ben
Si
Mais je veux pas être homo.
- Cest pas un label de toute façon ! Memportais-je. Oublie ce genre de truc, oublie les références sociales, cest pas le sujet
Tu maurais fait la même chose avec une nana, je pense que jaurai réagi pareil
Il mécoutait à moitié. Il était comme perdu dans ses pensées, dépassé par ce quil venait de ressentir. Au contraire, je savais bien ce quil ressentait mais javoue que je navais pas voulu le pousser jusque là.
- Cétait agréable mais super angoissant en fait, on est tous bi.
Il y eut un silence. Cette dernière phrase quil venait de dire, et que beaucoup de gens disent assez naturellement, je naurai jamais pensé quil la pronancerait un jour. Trop « mono-bloc ». Cétait à mon tour de le regarder avec un il étonné. Il renchérit :
- Et moi, comment tu me trouves ?
- Su-per-ban-dant, lui répondis-je en trouvant la solution à cette situation que je ne contrôlais plus vraiment.
- Pouah, éclata-t-il de rire en me repoussant une fois de plus mais plus amicalement. Tu me dégoûtes !
Je me contentais de lui sourire, en ayant la certitude de lui avoir montré un petit bout de lamour, celui quon dit universel. Il allait sans doute rapidement oublier et retrouver sa rassurante Game Boy. Mais quimporte, je lui aurai montré.
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