Depuis que je suis parisien, c'est à dire depuis toujours, je me demande ce que je fais dans cette ville. Non pas que je ne l'apprécie pas, bien au contraire, mais tout de même nous entretenons moi et elle des rapports pour le moins ambiguës.
Je ne l'apprendrai à personne : vivre à Paris engendre du stress. Les transports en commun sont aussi utiles que fatigants, les gens que l'on croise dans la rue sont au mieux placides et au pire te lancent les crocs à la première occasion (mention spéciale à l'ensemble des automobilistes dont le QI égale en générale celui du petit chien qui bouge la tête à l'arrière de leurs voitures).
Pour résumer : Paris, c'est un rythme de vie à la "marche ou crêve" et résumer ce dernier par Métro-Boulot-Dodo n'est pas si éloigné de la vérité que ça malheureusement. Ainsi quand on rentre le soir, si on est heureux de retrouver son petit appartement douillet, on se dit aussi tout bas que l'on ne serait pas si mal à la campagne, à la montagne ou à la mer, là où les fenêtres donnent sur un peu plus loin que la salle de bain du jeune voisin d'en face.
Mais heureusement, et c'est là toute l'ambiguïté de cette ville aux habitants légèrement déphasés, Paris peut aussi se prendre au creux de la main et être sérré de toute ses forces ! Même pour le parisien le plus aguérri, l'emerveillement lors d'une ballade se fait et se fera par exemple toujours sentir. Des ruelles aux milles saveurs gustatives d'Odéon aux grands axes de la cinéphilie (Grands Boulevards, St Michel, Champs Elysées), des rues ancestrales du Marais aux nouveaux quartiers de verre émergents dans le 13ème arrondissement, du Trocadero à la place de l'Opéra, de la Nation ou de la Bastille : tout nous rappelle que nous sommes plus que jamais ici dans la vie. Tout est là, il n'y a qu'à "cueillir".
Comment ai-je personnellement évolué dans cette ville ? Du fin fond de mon quartier douillet du 16ème arrondissement, j'ai en tout cas eu du mal à apprivoiser cette ville. Issu d'une famille 100% alpine, c'est davantage un sentiment de méfiance, voire de crainte, qui m'envahit d'abord à l'évocation de la "colonisation" de cette ville.
Petit, on ne sort pas de l'appartement. Sauf pour les cours de judo. Donc jusqu'à 13-14 ans, pas question de prendre le métro sous peine de se noyer définitivement dans ses innombrables boyaux. Le terrain de jeu reste le quartier proche, en ce qui me concerne principalement le Trocadéro et les quelques rues me séparant de mon collège puis de mon lycée.
A l'adolescence, l'heure a sonné de se retrousser les manches : le métro doit devenir ton ami sous peine de rester cloitrer chez toi devant lé télévision et d'enlever toute vie sociale. C'est une question de vie ou de mort d'aller de temps en temps voir un film dans un des cinémas Gaumont ou UGC que proposent l'avenue des Champs Elysées. Et tant pis si c'est cher, les actes de révolte à l'adolescence n'ont pas de prix !
Encore vierges de toute saleté métropolitaine, on se fait alors progressivement à la grisaille des visages des voyageurs, aux sons désaccordés en boucle des accordéonistes roumains, et surtout, aux panneaux, finalement pas si compliqués, que nous propose la RATP pour ne pas se perdre définitivement dans les couloirs.
A ce stade, le rempart devient alors le RER. Pas question de lire les écrans bizarres qui se situent sur les quais de RER, trop compliqués pour moi. Je raisonne à l'unité de Direction. Et puis de toute façon, je me contente de Paris Intramuros. Je suis libre comme un papillon, je découvre très progressivement tous les quartiers, certains (Montparnasse, 19ème) étant nettement plus laids que d'autres.
Les années étudiants passent, les cinémas (gaumont Ambassade, Marignan, UGC Georges V, Mk2 Odéon ou Bibliothèques, Cinéma du Panthéon), n'ont plus de secret pour moi, je déniche peu à peu mes restaurants et bars préférés (les frog's et autres firkins, le Chicago Pizza Pie, les restaux chinois du 13ème, les grecs de la rue Saint Michel, la petite vertu). Quelques boites de nuit ponctuent certains évènements (l'Aquarium, le Dupleix, le Tango) mais, décidemment, je ne suis pas très boite...
Au fur et à mesure, à force de prendre le métro, de fêter des évènements, de rencontrer les amis, la ville dévoile ainsi lentement l'immense diveristé de ses quartiers. Et l'on se sent peu à peu moins perdus, les repères naissent et l'on finit enfin par se sentir chez soi à l'interieur de ces immenses mûrs.
Puis vient le temps des premières expériences de boulot. Le choc. Déjà car il faut travailler : y a plus le choix. Et surtout parceque la plupart des entreprises se trouvent à l'extérieur de Paris. Le RER devient ton ami. Plus rapide et confortable que le métro, il t'emmène plus loin, vers cet étrange endroit que l'on appelle la banlieue. Mais cette banlieue n'est plus vraiment Paris... Mon premier long trajet ? La ligne B ! Gare du Nord, Saint Denis, Le Bourget, Drancy, Aubervilliers, La Courneuve, Villepinte... Arrivé Parc des Expositions après des kilomètres de HLMs et quelques bidonvilles que l'on nomme avec pédance les "caravanes des gens du voyage". Le nord de Paris est un ratage complet, c'est définitif. Ces paysages me convainc, dans le train, à baisser le regard sur des livres qui, eux, arrivent à m'évader.
Mon histoire avec Paris n'est pas finie, mais ma présentation, elle, l'est. Je terminerai en disant que je n'ai toujours rien compris à la façon de se repérer dans les stations centrales du RER de la ligne C, que je prends également régulièrement. Comme quoi, on n'a jamais fini de découvrir et de se trouver des repères à Paris !
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