Dimanche 24 avril 2005

Un jour, vous vous rendez compte que vous êtes là, en culotte courte, sentant le vent dans vos cheveux et le goudron irrégulier sous vos pieds. Des personnes beaucoup plus grandes que vous vous entourent et vous les aimez comme le centre du monde.

Vous réfléchissez. Il y a ce rythme sur lequel vous vous câlez et auquel vous ne ne pouvez vous opposer. Il y a ces questions qui reviennent, ces mystères qui restent des mystères et ces découvertes qui vous mènent à l'instant suivant : un peu de terre sur les genoux et les jambes s'allongent. Les frères hurlent, les vêtements, eux, sont trop petits.

La tête est suffisamment vide pour ne pas avoir de souci. Mais le corps est suffisamment fragile pour être écorchés. Comme l'esprit. Vous découvrez la honte scolaire. En grandissant, la souffrance devient votre incontournable compagnon de vie et vous forge, vous dégoûte et vous remplit. Le bonheur, lui,  écoule ses instants sans que vous vous en aperceviez.

Un peu plus grand, les désirs naissent. Et votre première peau, si tendre, disparaît à jamais au fond du placard à peluches. Le regard se fait noir, vous avez vécu suffisamment longtemps pour savoir qu'il est de votre devoir que vous sachiez. Vos amis deviennent votre famille, votre famille devient une entité négligeable. Le sexe arrive, les corps et les pensées s'enlassent avec volupté. Chaque mot est une arme et la guerre est déclarée à tout ennemi qui s'interpose. Le désir, lui, transpire par tous vos pores.L'être aimé éxiste et vous le trouverez.

Puis la tempête s'apaise. Votre cadre est fixé et votre messe est dite. Le bonheur se trouve dans la voiture qu'il faut chaque semaine laver, l'appartement dont il faut payer le loyer et les meubles qu'il faut collectionner. Le dimanche vous permet de mettre vos pantoufles après une semaine à penser aux bases de données du réseau du bureau.

Un jour, vos enfants arrivent à vos pieds. Il regardent le bitume mais sont des explorateurs. Chair de votre chair qui vous poussent à penser aux bases de données du réseau et qui, un jour, se mettent à vous haïr comme vous même avez haï.

Vos rides creusent votre foi. Le vin rouge prend de la vigueur avec le temps. Vous fructifiez enfin vos découvertes passées. Vous vous amusez de voir que la mouche qui vous survole en été a les mêmes ailes qu'"au début", et vous chérissez cette période où tout n'était que haine et révolte.

Les soirées s'allongent et les hivers se font de plus en plus froids. La présence des êtres aimés vous rassurent : vous oubliez que votre présence sur Terre n'est finalement rien qu'un peu de vent qui passe dans les cheveux d'un enfant.

Votre verre de vin se fait de plus en plus lourd, vous qui avez tant de fois porter sans peine. Votre moitié vous regarde partir, le visage rempli de tendresse un peu triste. Et voila ce plafond blanc qui ne vous a pas quitté...

 

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